Défense en France - Une impasse qui risque de coûter cher : l'insuffisance de la défense antiaérienne de nos forces - Présentation des armées à Paris et en Province
Une impasse qui risque de coûter cher : l’insuffisance de la défense antiaérienne de nos forces
En 1940, malgré les efforts fournis par l’Armée de l’air française et, le sait-on ?, malgré les résultats obtenus, les armées françaises, sans protection aérienne valable, furent rapidement disloquées. Il y eut plusieurs raisons à cela mais, de l’avis des survivants, il semble que l’absence de matériels antiaériens modernes ait été déterminante. En 1967, les armées égyptienne et syrienne affectées de la même tare furent détruites rapidement. Là aussi, il y avait d’autres raisons, mais en comparant cette défaite avec le succès relatif des mêmes armées en 1973, on peut saisir toute l’importance d’une défense antiaérienne sérieuse que les forces arabes avaient enfin acquise grâce aux SAM soviétiques.
Ces exemples semblaient pourtant oubliés ou même ignorés par de nombreux responsables il n’y a pas si longtemps. Dans les exercices d’état-major, la défense antiaérienne se réduisait à deux mots : pour mémoire. Dans les exercices spécialisés, le plus souvent le thème et ses éléments étaient adaptés aux moyens existants ; et les cris d’alarme répétés de quelques spécialistes étaient considérés comme des critiques déplacées. Il a fallu attendre la guerre d’octobre 1973 pour qu’on commence à reconnaître en France que la défense antiaérienne avait eu une très grande importance dans les conflits récents au Moyen-Orient et au Vietnam.
La maîtrise de l’air ne résout pas tous les problèmes. On admettra sans peine que l’ennemi est capable de l’acquérir, au moins momentanément et localement. Il lui restera cependant à attaquer avec succès les objectifs au sol. Deux cas sont alors possibles :
– l’objectif n’est pas défendu contre les attaques aériennes : il sera détruit sans rémission avec le minimum de moyens :
– l’objectif est défendu : les aéronefs d’attaque courront un risque important, et le coût de destruction assurée de l’objectif pourra devenir prohibitif. L’ennemi devra alors neutraliser ou détruire la défense antiaérienne, ce qui implique rengagement de nombreux appareils équipés de matériels coûteux (1). De plus, les opérations de l’assaillant en seront compliquées et ralenties. Les expériences faites par les Américains de 1970 à 1972 et les Israéliens en 1973 le prouvent.
On en revient donc à un problème de coût/efficacité ; sans parler du prix de combattants entraînés, le matériel de combat au sol est coûteux, mais le matériel volant l’est bien davantage. Le matériel de défense antiaérienne coûte cher également, mais moins que le matériel aéronautique ; cependant, sans défense antiaérienne, le matériel de combat au sol est voué à la destruction sans avoir pu servir. La conclusion s’impose : si nous avons peu – et c’est notre cas – de matériel terrestre, il faut d’autant plus le protéger. Le coût supplémentaire de la défense antiaérienne évitera le gaspillage complet de la dépense initiale.
Si nous avions des milliers de chars, le facteur de saturation pourrait être pris en compte, mais comme ce n’est malheureusement pas le cas, il vaut mieux avoir une unité de combat cohérente et capable de survivre en combattant que deux unités très vulnérables dans un domaine particulier et vouées à la destruction sans pouvoir riposter.
Illustrons notre raisonnement par quelques chiffres tirés de sources officielles (les rapports de l’Assemblée nationale et du Sénat à l’occasion du budget de 1976). En 1976, nos forces armées devraient compter :
– 1 060 chars AMX-30 à 3 700 000 F l’unité (2),
– 328 blindés légers AMX-10,
– quelques dizaines de Véhicules de l’avant blindé (VAB) à 780 000 F l’unité,
– 4 régiments d’artillerie nucléaire Pluton.
Pour la Marine nationale, une corvette revient à 508 000 000 F, sans le personnel et les munitions. En face, le coût du matériel aéronautique est plus élevé comparativement :
– le prix unitaire d’un Jaguar, avion d’appui tactique, est d’environ 33 500 000 F ;
– un Mirage F1 coûte 41 300 000 F, toujours sans le personnel, le soutien logistique et les munitions.
Par ailleurs, on peut estimer que :
– une section de Crotale revient à 41 000 000 F,
– un système d’arme antiaérien Roland « tout temps » (1 char + électronique + missiles) revient à 14 000 000 F. Le modèle « temps clair » commandé par la France coûte un peu moins cher, mais est beaucoup moins efficace que celui retenu par la Bundeswehr.
Maintenant, comparons ces chiffres avec les résultats escomptés.
Un appareil de type Jaguar peut détruire dans sa « vie tactique » plusieurs chars et autres engins ; sans même parler du matériel humain et des résultats du combat, un Jaguar est remboursé quand il a détruit 9 chars de bataille (en fait, le rapport est même de 1 à 6 lorsqu’il est construit en grande série).
Un hélicoptère de combat, moins cher mais plus vulnérable, sera remboursé plus vite si l’adversaire n’a pas de défense antiaérienne.
Or, une batterie de 4 Roland peut couvrir un régiment Pluton ou un régiment de chars : pour le tiers du prix de l’unité de base, on peut assurer, relativement certes, sa protection antiaérienne, mais surtout on force l’adversaire à augmenter sa mise d’une manière considérable s’il veut obtenir un résultat significatif.
En schématisant, on peut estimer qu’un régiment de chars est détruit, au moyen d’armes classiques, en 26 à 30 sorties d’avions, soit avec une mise initiale de 7 à 8 appareils récupérés intacts à la fin de chacune des trois premières missions.
La protection antiaérienne demandée plus haut obligerait l’ennemi à consentir :
– soit un investissement initial double (14 à 16 appareils munis d’équipement de guerre électronique) avec un temps d’attaque plus long (ceci permettrait au régiment de chars considéré de remplir au moins une partie de sa mission pendant que les aéronefs assaillants devraient d’abord neutraliser la protection antiaérienne) ;
– soit une perte d’appareils (environ 3) qui rembourserait largement le prix de la protection antiaérienne et ferait gagner du temps de combat à l’unité attaquée avant sa destruction.
Sans même parler ici de l’incidence psychologique, capitale, jouant en sens contraire sur les équipages des chars attaqués et sur ceux des avions assaillants, et donc des résultats des manœuvres respectives, on constate que la mise sur pied de 4 régiments de chars sans protection antiaérienne aboutirait à la perte rapide de ces régiments sur un théâtre d’opérations européen, alors que pour la même dépense, 3 régiments de chars plus 3 batteries de Roland (surtout en ambiance nucléaire) permettraient de manœuvrer et de combattre un certain temps, donc de faire dépenser à l’ennemi du temps et de l’argent. C’est alors, et alors seulement, qu’il y aurait avant le combat effet dissuasif, et pendant le combat espérance raisonnable de succès.
Le même genre de raisonnement peut s’appliquer au problème de la protection d’une base aérienne.
Construire des avions pour les laisser détruire au sol serait une opération pour le moins discutable. On évitera cette inconséquence si l’on veut bien considérer qu’une section de Crotale, dont le prix est équivalent à celui d’un seul Mirage F1, peut défendre contre une attaque classique une base supportant 18 à 36 appareils équivalents et un escadron de Mirage IV.
Ce qui est vrai pour l’Armée de terre et l’Armée de l’air l’est également pour la Marine où une section de Crotale représente environ 8 % du prix d’une corvette ; sa protection contre les attaques aériennes vaut donc largement cette dépense.
Pour faire la guerre (ou plutôt l’éviter ou alors la gagner), il faut, entre autres, des chars en état de combattre (telle est la leçon des conflits du Vietnam et du Moyen-Orient). Des combattants à pied, même équipés d’armes antichars, sont voués à la destruction méthodique ou à la débandade s’ils ne sont pas soutenus. Une marine qui ne serait constituée que de vedettes légères ne pourrait pas remplir ses missions. À quoi serviront les matériels que nous possédons s’ils ne sont pas protégés ? À rien. Et pourtant leur nombre est déjà insuffisant.
Les responsables (3) des principales armées du monde sont, quant à eux, bien conscients de ces impératifs :
– les États-Unis développent ou achètent des matériels nombreux et modernes, dont précisément le Roland ;
– l’URSS a équipé chacune de ses divisions d’un véritable « casque antiaérien » dont l’efficacité a déjà été démontrée et dont on peut se demander au prix de combien d’aéronefs il pourrait être percé (cf. Revue internationale de défense, août 1974, p. 450).
En France, qu’avons-nous ? D’après les données officielles, nous possédons :
– 450 canons Bofors, pièces vieilles de plus de trente ans. En dépit d’une amélioration subie il y a quinze ans, c’est un matériel dépassé ;
– 70 bitubes de 30 sur châssis AMX-13, meilleurs que les précédents mais tout de même vieux d’une quinzaine d’années et dont le volume d’action est trop limité ;
– 10 batteries de missiles sol-air Hawk enfin, datant également de la fin des années 1950 mais faisant actuellement l’objet de modifications en vue de leur amélioration. Elles sont hypothéquées pour la défense des bases des forces aériennes stratégiques.
Autrement dit, nos unités des forces de manœuvre sont pour l’instant démunies de matériels efficaces. Le seul mérite de celui que nous avons est de servir à la formation des personnels susceptibles d’utiliser du matériel moderne, le jour où ils en recevront. Nos forces armées ne possèdent donc pas la protection antiaérienne indispensable et, malgré nos 400 avions de combat, elles sont exposées aux coups de l’adversaire éventuel. C’est là une impasse dangereuse qui ne doit pas se prolonger.
Que pouvons-nous espérer ? La France, seule ou en coopération, a mis au point des armes antiaériennes dont l’efficacité est reconnue puisqu’elle les vend à l’étranger et jusqu’aux États-Unis : Roland, Crotale, canon de 20 et bientôt Javelot. L’éloge de ces matériels n’est plus à faire, mais nous-mêmes combien en avons-nous ?
Le Crotale devait être commandé par l’Armée de l’air pour protéger en priorité ses bases de la Force aérienne stratégique (FAS), et la Marine pour équiper ses navires, soit dans un premier temps 9 sections pour l’Armée de l’air et 5 pour la flotte. La commande initiale, réduite à 4 sections pour l’Armée de l’air, a été rayée du budget 1976, Or, rappelons ce qui a été écrit plus haut : une section de Crotale revient à 8 % du prix d’une corvette ou au même prix qu’un Mirage F1 et peut en défendre au sol 18 à 36. Il faudrait 200 Roland pour nos forces terrestres actuelles ; 20 avaient été programmés pour 1976. En réalité nous n’en aurons que 10, juste de quoi commencer l’instruction. Nos divisions devront donc attendre pour voir leur protection assurée.
Ces réflexions sur notre défense antiaérienne n’ont d’autre objet que de rappeler que, faute d’un effort relativement modeste, nous risquons de voir nos forces armées vouées à l’anéantissement sans avoir pu remplir leur mission. Les chars français de 1976 subiront-ils le sort de leurs aînés de 1940 ? (4)
Alain Joël Roux
Présentation des armées à Paris et en province
Une vaste opération de relations publiques intitulée « Présentation des armées » et destinée à mieux faire connaître aux Français ce que sont et ce que font concrètement leurs armées se déroulera du 19 juin au 14 juillet tant en province qu’à Paris. Le général de brigade Bouyx qui a été chargé par le ministre de la Défense, M. Yvon Bourges, d’organiser ces manifestations avec l’aide d’un comité ad hoc, a donné au cours d’une conférence de presse, le 18 mars, les grandes lignes du programme de ces manifestations. Nous reproduisons ci-dessous le calendrier des diverses opérations prévues auxquelles participeront, on le remarquera, non seulement l’Armée de terre, la Marine et l’Armée de l’air, mais aussi la Gendarmerie et la Délégation ministérielle pour l’armement (DMA).
Présentation spécifique de chaque armée en province
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Date |
Lieu |
Armée |
Nature de la présentation |
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19 juin |
Province |
Gendarmerie |
Opération : |
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20 juin |
Dinard |
Gendarmerie |
Opération : |
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27 juin |
Évreux |
Armée de l’Air |
Opération : |
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10 juillet |
Biscarosse |
DMA |
Opération : |
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4 juillet |
Cazaux |
Armée de l’Air |
Opération : |
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11 juillet |
Côte méditerranéenne |
Marine |
Opération : |
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10 au 14 juillet |
Lille Grenoble |
Terre |
Opération : Opération : |
Les présentations qui auront lieu à Paris du 2 au 10 juillet comprendront deux sortes d’opérations : aux Tuileries, dans la journée, des stands d’exposition seront ouverts le long de la rue de Rivoli et du quai du Louvre. Le public pourra y voir les armes et les matériels en service, y compris le système d’arme Pluton, ainsi qu’un modèle réduit aux 6/10e du bloc passerelle et de la plage avant de la frégate Suffren. Sur la Seine, entre le pont de la Concorde et le pont Alexandre III, auront lieu des évolutions d’engins amphibies, des démonstrations de sauvetage par les Sapeurs-pompiers de Paris et des opérations exécutées par les plongeurs et les commandos héliportés de la Marine.
Présentation interarmées de jour à Paris
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Lieux |
Armée |
Nature de la présentation |
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Tuileries |
Terre Air Mer Gendarmerie DMA |
Exposition dynamique et attractive de matériels modernes des trois armées et de la gendarmerie * |
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Sirpa |
Stand information type « syndicat d’initiative de la fête » - tour de saut - mur d’escalade |
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Animation de la Seine entre Pont Concorde et Pont Alexandre III |
Terre |
1 - Évolution de matériels amphibies 2 - Démonstration de sauvetage d’épaves en Seine par les Pompiers de Paris |
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Marine |
1 - 2 dragueurs côtiers à quai 2 - Démonstration de plongeurs, commandos avec hélicoptères |
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* Chaque armée disposera alternativement du podium de l’allée centrale pour créer une animation dynamique |
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De nuit, sur un podium de 1 600 m2 installé au-dessus du bassin des Tuileries du côté de la place de la Concorde (5) se dérouleront des présentations dynamiques effectuées par des unités de la valeur d’une section ou d’un peloton de toutes les armes et services. On assistera même, et ce sera l’un des « clous » de ces nocturnes, au largage à partir de 1 500 m de parachutistes qui atterriront sur le podium.
Pour spectaculaires que soient effectivement ces manifestations, il faut répéter qu’elles ne visent pas à « faire du cinéma » mais essentiellement à présenter les armées telles qu’elles sont, dans leurs activités normales.
On notera également l’ampleur de l’effort accompli par les armées pour se faire connaître sous leur vrai jour, avec leurs matériels en action. Les unités qui « dégageront » aux Tuileries par exemple comprennent 1 500 militaires et 200 véhicules. L’Armée de l’air, de son côté, mettra en œuvre 60 appareils de tous genres et la revue navale – dont le général Bouyx n’a pas précisé si elle aurait lieu à Nice ou à Toulon – 35 bateaux et 40 appareils de l’aéronavale.
Le coût de l’opération n’a pas été révélé, mais quel qu’il soit, il représentera un investissement psychologique rentable qui concourra en même temps à l’activité des armées, élément essentiel de leur moral. ♦
(1) Faute de documents officiels accessibles permettant de chiffrer leurs coûts, nous ne parlons pas ici de l’emploi dans les opérations aériennes des nouvelles Munitions guidées avec précision (PGM) – Cf. colonel Chevignard : « Des bombes agiles et intelligentes : les Smart bombs », RDN, octobre 1973, et W. Schütze : « Les nouvelles armes guidées avec précision et leurs conséquences militaires et politiques », RDN, mars 1976 – ni de celui des contre-mesures électroniques (cf. capitaine de vaisseau de Queylard : « La guerre électronique, une réalité majeure », RDN, janvier et février 1975, et les articles parus dans la Revue internationale de défense de février 1976). Mais la défense antiaérienne n’aurait-elle d’autre effet que de compliquer ainsi la tâche de l’ennemi en l’obligeant à recourir largement à des moyens sophistiqués et coûteux qu’elle aurait déjà en partie rempli son but et aux moindres frais.
(2) Les documents consultés ne précisent pas s’il s’agit de prix hors taxes ou taxes incluses : il semble pourtant que ce soit TVA comprise, car les forces armées acquittent la TVA sur le matériel qu’elles achètent, contrairement à nos clients étrangers. Ce point est à préciser mais, avec ou sans TVA, les rapports de prix restent valables.
(3) Les véritables responsables sont ceux qui attribuent les crédits.
(4) Cet article était écrit lorsqu’est paru dans le numéro de mars 1976 d’Armées d’Aujourd’hui un article du général Merglen sur les enseignements de la guerre du Kippour. Les idées qui y sont exprimées confirment l’opinion ci-dessus. On pourra se reporter utilement aussi aux articles du général de Boissieu dans les numéros d’octobre 1974 et juillet 1975 de la RDN.
(5) Cette installation nécessitera certains travaux, notamment la mise en place de 6 ponts Bailey par le 5e Régiment de génie de Versailles.









