Janvier 2026 - n° 886

L’informationnel et l’IA à l’heure de la guerre cognitive

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Revue Défense Nationale - Janvier 2026 - n° 886

L’informationnel et l’IA à l’heure de la guerre cognitive

Chères lectrices et chers lecteurs de la Revue Défense Nationale, français et étrangers, en France et en dehors de nos frontières, toute l’équipe de la RDN vous souhaite une très bonne année 2026.

Après sept années comme président du Comité d’études de défense nationale et directeur de publication de la RDN, je cède la place au général d’armée aérienne (2S) Luc de Rancourt et je lui souhaite autant de bonheur que j’en ai eu. Durant toutes ces années, avec l’équipe de la RDN, le comité de rédaction et le conseil d’administration, nous avons essayé de décrypter l’évolution du monde pour éclairer nos lecteurs et tenter, bien humblement, d’esquisser des pistes de réflexion pour les décideurs de la Défense. Plus que jamais, la Revue doit être celle du débat stratégique pour éclairer un monde qui a de moins en moins de stratèges. Si l’autre n’était pas autre, nous n’aurions pas besoin de stratégie. Si nos compétiteurs, nos contestateurs ou nos ennemis potentiels n’avaient pas leurs propres objectifs, nous n’aurions pas besoin de faire de la stratégie.

Chaque année, dans mon éditorial je constatais que le monde s’était un peu plus complexifié. En 2025, les tendances constatées se sont confirmées. La présidence de Donald Trump a démarré sur les chapeaux de roues et l’Union européenne a de plus en plus de difficultés à réellement compter. La volonté de D. Trump de mettre fin à la guerre en Ukraine est louable, mais nous pouvons légitimement craindre que la paix imposée ne soit pas durable.

Au moment où les jeunes générations qui arrivent aux commandes s’inquiètent, à juste titre, pour l’avenir de la planète, ils entendent leurs dirigeants leur prédire « du sang et des larmes » pour faire face aux menaces russes, chinoises et autres détracteurs du monde occidental. Plus de trente ans après la chute du mur de Berlin, ils entendent les dirigeants du monde libre parler de nouveaux murs : mur de drones, mur entre le Mexique et les États-Unis, entre Israël et ses voisins. En Europe, nous ne pouvons pas nous contenter de penser le futur de nos enfants dans l’édification d’un nouveau mur à l’est de l’Europe. Certes, il est nécessaire que les pays européens réarment pour être forts et dissuader Vladimir Poutine de continuer à les défier mais en même temps, il est urgent de penser une nouvelle architecture de sécurité européenne et d’achever ce que nous aurions dû mettre en place après la fin de l’URSS : tenir compte des aspirations des uns et des autres pour construire une paix durable.

Les premières visites de Léon XIV en Turquie et au Liban visent à faire tomber des murs, là où d’autres voudraient en édifier. Je vois dans l’élection de ce pape comme un espoir pour éclairer le monde sur les excès du capitalisme non régulé, dans tous les domaines. Il y a presque 40 ans, le pape Jean-Paul II, dont on ne peut nier le rôle dans la fin de l’URSS, nous invitait à ne pas considérer la chute du communisme comme le triomphe du capitalisme et incitait les dirigeants à imaginer une troisième voie. Léon XIV est un pape américain qui a passé une partie de sa vie sur le sous-continent sud-américain. Il y a vu tant les méfaits du communisme que du capitalisme.

Je ne conçois pas le débat stratégique animé par la Revue sans que la vision de l’autre puisse être exposée. Ce fut notre défi durant ces dernières années. En passant le flambeau, je formule le souhait que la Revue, plus que jamais, soit le lieu du débat contradictoire.

Général d’armée aérienne (2S) Thierry Caspar-Fille-Lambie
Directeur de la Revue Défense Nationale (2018-2025)

* * *

En reprenant la présidence du conseil d’administration du CEDN, c’est avec un profond sentiment de continuité, de responsabilité et d’humilité que je m’inscris dans une histoire intellectuelle prestigieuse qui dépasse les générations. Il s’agit d’embrasser un héritage qui, de longue date, accompagne les mutations du monde et les met en perspective tout en s’engageant dans cette histoire qui reste fidèle à sa vocation : permettre à la réflexion stratégique de précéder et d’éclairer l’action.

Créée à la veille de la Seconde Guerre mondiale, interrompue par la tourmente de 1940 puis relancée au lendemain du conflit, la Revue a suivi pas à pas les grandes transformations de notre histoire contemporaine et accompagné les débats qu’elles provoquaient. Au fil des décennies, elle a accueilli les analyses de grandes figures de la pensée stratégique française qu’elles soient politiques, militaires, diplomatiques, économiques ou encore intellectuelles. Des signatures comme celles de Raymond Aron y ont côtoyé celles de généraux comme Beaufre, Ailleret, Gallois ou Poirier dont les travaux ont contribué à structurer la doctrine de dissuasion et, plus largement, la culture de défense de notre pays.

Je tiens à saluer ici l’action de mon prédécesseur, le général d’armée aérienne (2S) Thierry Caspar-Fille-Lambie, dont l’énergie, la capacité à fédérer et le leadership persévérant ont profondément marqué la vie de notre Comité. Il a su articuler sa culture stratégique à une approche économique, parfois disruptive, découlant de son esprit entrepreneurial, irriguant ainsi le comité d’une nouvelle sensibilité. Par son engagement, il a renforcé l’ancrage de la Revue, des Cahiers ou autres tribunes dans les réalités géopolitiques, industrielles, technologiques ou financières de la puissance et de la conflictualité contemporaine, tout en maintenant l’exigence intellectuelle qui fait sa singularité.

Un numéro de la RDN est toujours une œuvre collective, et il importe d’insister sur l’action de tous ceux, femmes et hommes, qui la rendent possible numéro après numéro. Au-delà des signatures, l’exigence éditoriale de la Revue repose sur le professionnalisme, la créativité et le sens du service de son rédacteur en chef, le général (2S) Jérôme Pellistrandi, de ses collaborateurs, de son comité de rédaction et de son comité de lecture, qui tiennent le cap malgré des moyens comptés. Leur capacité à conjuguer rigueur intellectuelle, réactivité et fidélité au projet de la revue constitue un atout décisif dans une période où l’esprit de défense a plus que jamais besoin de repères exigeants.

La génération qui est la mienne a connu les paradoxes des « dividendes de la paix » et n’a pourtant jamais cessé d’être engagée. Loin d’une parenthèse d’apaisement après un demi-siècle de guerre froide, ces décennies ont été marquées par une succession d’opérations extérieures et de crises qui ont mis à l’épreuve doctrines, concepts d’emploi, matériels, soldats, marins et aviateurs : de l’Afrique au Golfe, des Balkans au Cambodge, de l’Afghanistan au Levant, et dans la lutte contre le terrorisme. Ces expériences, conduites bien au-delà du « Sanctuaire », ont poli notre outil de défense au contact du réel et nourrissent aujourd’hui la réflexion stratégique que la Revue a vocation à accueillir, approfondir et transmettre.

À l’heure où des failles profondes se dessinent dans l’ordre géopolitique et où les rivalités s’aiguisent, notre pays sait ainsi pouvoir compter sur la qualité opérationnelle de ses forces armées et sur une faculté d’adaptation éprouvée dans la durée et héritée de ces trois dernières décennies. Les jeunes générations, je le sais, vont y apporter un supplément décisif, d’une part en incarnant au quotidien des valeurs d’engagement fortes et, d’autre part, par leur écot à cette réflexion d’autant plus nécessaire que les temps sont incertains.

Plus qu’avant, la période qui s’ouvre impose de penser la défense dans toutes ses dimensions, au sens d’une approche globale de la défense et de la sécurité nationale. Celle-ci associe la posture militaire et la préparation opérationnelle de nos forces armées, mais aussi la résilience des institutions, la solidité de notre Base industrielle et technologique de défense (BITD), la sécurité de nos infrastructures critiques, la maîtrise de l’information et du cyberespace, la vivacité de nos partenariats et alliances stratégiques ainsi que la mobilisation de notre économie et de la société civile autour des enjeux de souveraineté. La Revue nationale stratégique 2025 rappelle, à cet égard, que la France doit désormais se préparer à un continuum de menaces, de la compétition stratégique quotidienne jusqu’à la possibilité d’un conflit de haute intensité en Europe, en mobilisant l’ensemble de ses leviers de puissance militaires, diplomatiques, économiques, technologiques et sociétaux.

Dans ce cadre, la Revue Défense Nationale doit continuer d’unir, au-delà des institutions et des générations, ceux qui considèrent que la réflexion stratégique est à la fois instrument de souveraineté et un vecteur d’unité nationale. Au seuil de cette nouvelle année, pour laquelle je formule à chacun de nos lecteurs et de leurs proches mes meilleurs vœux, l’ambition est claire : faire de la Revue un lieu de rencontre entre les expériences du terrain, les exigences de la décision, les dynamiques du monde économique et les apports de la recherche. Servir la RDN, c’est prolonger une œuvre commencée en 1939 ; c’est maintenir vivant un dialogue exigeant entre pensée et action, entre passé et avenir, au service des intérêts de la Nation et de sa défense.

Général d’armée aérienne (2S) Luc de Rancourt
Directeur de la Revue Défense Nationale

Thierry Caspar-Fille-Lambie, Luc Rancourt (de)

Revue Défense Nationale - Janvier 2026 - n° 886

L’informationnel et l’IA à l’heure de la guerre cognitive

La RDN vous invite dans cet espace à contribuer au « débat stratégique », vocation de la Revue. Cette contribution doit être constructive et doit viser à enrichir le débat abordé dans le dossier. C’est l’occasion d’apporter votre vision, complémentaire ou contradictoire. Vos réponses argumentées seront publiées sous votre nom après validation par la rédaction.

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Tribune

29 décembre 2025

Éditorial – Guerre et paix, un choix cornélien pour 2026 (T 1784)

Jérôme Pellistrandi

En 2026, l’Europe sera face à un choix cornélien entre guerre et paix. Après quatre ans de conflit, une paix fragile en Ukraine ne signera pas la fin des tensions : la Russie de Vladimir Poutine poursuivra sa guerre hybride (cyberattaques, désinformation), tandis que l’Europe devra se réarmer, s’unir et affirmer sa souveraineté face aux pressions américaines de Donald Trump, chinoises de Xi Jinping et russes de Vladimir Poutine. L’urgence, pour 2026, sera d’agir, non de subir.

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Article gratuit jusqu'au 29 décembre 2125

Florilège historique

« Problèmes actuels de l’approvisionnement en énergie - La révolution d’octobre 1973 et ses conséquences » (février 1974) par Pierre Desprairies

À la suite de la guerre du Kippour déclenchée le 6 octobre 1973, les pays arabes membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) décidèrent d’augmenter massivement le prix du pétrole, en réaction au soutien américain à Israël. En l’espace d’un semestre, les prix sont multipliés par 4, entraînant de fait une crise économique dans les pays occidentaux, obligeant ceux-ci à revoir complètement leur politique énergétique. Pour la France, c’est le début de la fin des Trente glorieuses, avec une hausse du chômage. C’est à cette occasion qu’est lancé le plan massif de construction de centrales nucléaires par EDF.  Lire la suite

e-Recensions

Havard Gilles : Les Natchez. Une histoire coloniale de la violence  ; Flammarion, 2024, 608 pages

Les massacres en Amérique du Nord pendant la période coloniale ne sont pas à sens unique. Ce n’est pas toujours l’Amérindien la victime, et la violence qui pouvait l’animer avant sa rencontre avec les Européens n’a pas miraculeusement disparu, ni après 1492, ni après 1700. Événement retentissant à l’échelle de la colonie française établie dans le bassin du Mississippi, le massacre du poste des Natchez, le 28 novembre 1729, en est un bon exemple. À celui-ci sont associés non seulement une réaction d’ampleur conduisant à un remodelage en profondeur du paysage ethnique local, mais aussi toute une série d’écrits mémoriels dans les décennies qui suivent, avant que la littérature ne s’empare du sujet avec rien de moins que François-René de Chateaubriand (1768-1848) qui publie un roman Les Natchez en 1827. Lire la suite

Jean-Daniel Fischer

Les cahiers de la RDN

Cahier - Décembre 2025 - 256 pages

Cahier numérique - novembre 2025 - 64 pages

Les Repères de la RDN

Lettre mensuelle d'informations tirées de sources ouvertes, réservée aux membres cotisants du CEDN

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