Revue Défense Nationale - Mars 2026 - n° 888
Marine nationale, 400 ans après : des défis multiples
En 1626, le cardinal de Richelieu organisait et structurait la marine du Roi, donnant ainsi sa première cohérence à l’outil naval indispensable à la protection du Royaume dont les façades maritimes exigeaient plus de protection. 400 ans après, la Marine nationale, forte de cet héritage, est plus que jamais l’un des instruments garantissant la souveraineté et l’indépendance de la France. Du Sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) assurant en permanence la dissuasion à la mer au Patrouilleur outre-mer (POM) préservant notre Zone économique exclusive (ZEE), de la frégate en lutte anti-sous-marine à nos nouvelles escouades de réserve le long de notre littoral, nos marins sont sur toutes les mers du globe afin de participer, avec les autres armées, à défendre nos intérêts.
400 ans, cela compte et même si les évolutions technologiques et doctrinales ont été nombreuses, de la voile au nucléaire, du ciel aux fonds abyssaux, du morse au numérique, la maîtrise de la mer est une exigence absolue. Et ce d’autant plus, à l’heure où les océans voient passer 90 % du trafic commercial d’une mondialisation qui n’est plus heureuse et où les tensions géopolitiques peuvent dégénérer à tout moment comme en mer Rouge, au large du détroit d’Ormuz ou encore en Atlantique Nord. Cette réalité où le rapport de force est devenu la norme pour des empires aux nouvelles ambitions expansionnistes, s’impose à notre Marine, ainsi qu’à l’ensemble de nos forces. Cela oblige d’une part à savoir évoluer en permanence tout en s’appuyant sur la valeur individuelle et collective des marins – l’esprit d’équipage – mais aussi à savoir anticiper les menaces de demain. D’une part, il nous faut préparer le temps long des programmes qui peuvent s’étaler sur plus d’un demi-siècle comme pour les SNLE ou le Porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) sur lequel nous aurons l’occasion de revenir dans un prochain numéro. D’autre part, il nous faut pouvoir réagir dans des délais de l’ordre de la minute face à des situations opérationnelles complexes tant en surface que sous l’eau.
C’est également, hélas, le début d’une cinquième année de guerre imposée par la Russie à l’Ukraine. Guerre de haute intensité, et simultanément guerre hybride menée contre l’Europe. Une guerre sans fin, où Moscou veut toujours la capitulation du peuple ukrainien qui se bat pour défendre sa souveraineté, et surtout pour notre sécurité. Guerre rendue encore plus compliquée avec la politique de l’Administration Trump qui vient de publier deux documents à vocation stratégique, soulignant clairement que les intérêts américains priment avant tout. Cela oblige les Européens à sortir du doux confort des « dividendes de la paix ». Réveil difficile et indispensable que la France a toujours souhaité et encouragé. Cela exige des moyens supplémentaires pour notre défense, avec une volonté politique exemplaire, durable et crédible. ♦
Jérôme Pellistrandi
Revue Défense Nationale - Mars 2026 - n° 888
Marine nationale, 400 ans après : des défis multiples
La RDN vous invite dans cet espace à contribuer au « débat stratégique », vocation de la Revue. Cette contribution doit être constructive et doit viser à enrichir le débat abordé dans le dossier. C’est l’occasion d’apporter votre vision, complémentaire ou contradictoire. Vos réponses argumentées seront publiées sous votre nom après validation par la rédaction.
Aucune contribution n'a encore été apportée.
136 pages