Le crime organisé est devenu un mal planétaire dont les effets de déstabilisation touchent les domaines sociaux, politiques et économiques. La lutte contre cette menace souvent insaisissable s'avère extrêmement délicate en raison de l'organisation occulte des réseaux mafieux et surtout de leur puissance financière colossale. Au tournant du siècle, ce péril majeur a pris une ampleur alarmante qui nécessite une sérieuse prise de conscience et une connaissance approfondie des dédales de toutes les « économies parallèles ».
Les coulisses du crime organisé
L’effondrement de l’Union soviétique a mis fin à l’affrontement de deux blocs antagonistes. Cette rupture historique n’a pas engendré le nouvel ordre mondial que maints commentateurs appelaient de leurs vœux. Au contraire, la multiplication des conflits régionaux a créé un grand désordre international. Par ailleurs, des phénomènes diffus ont perturbé des pans entiers de notre cadre de vie. La corruption s’est notamment développée d’une façon préoccupante par le truchement de filières bien structurées. Les activités illicites de ces réseaux ont été favorisées d’un côté par la mondialisation des échanges, de l’autre par le foisonnement des zones de guerre particulièrement propices aux trafics de toutes sortes. Le monde a perdu son caractère de stabilité qui a prévalu pendant la guerre froide. La société mondiale est devenue plus mobile et de plus en plus attirée par le gain facile et rapide. Les secteurs économiques de pointe n’ont pas été les seuls bénéficiaires de cette mutation. Les organisations criminelles transnationales (OCT) ont aussi tiré profit de cette évolution marquée par une cupidité beaucoup plus pernicieuse.
Criminalité sans frontières
Les ravages de l’argent noir
Le crime organisé se réfère à un réseau de groupes aux fins d’activités criminelles. L’Union européenne a caractérisé cette entité nébuleuse par une série de critères : recours à la violence ou à d’autres moyens d’intimidation, agissements au niveau international, utilisation d’une myriade d’intermédiaires aux ramifications planétaires, blanchiment de l’argent, manœuvres subtiles pour exercer une influence sur les milieux politiques, l’administration publique, l’économie ou le pouvoir judiciaire. Tous ces procédés visent à la fructification d’un commerce juteux. Ce type de délinquance ne concerne pas seulement les trafics de marchandises (stupéfiants, armes, pierres précieuses, véhicules volés, objets d’art) et d’êtres humains (prostitution, immigration clandestine), mais aussi une multitude de forfaits (extorsion de fonds, enlèvements d’individus, contrefaçon de marques, manipulation frauduleuse de cartes de crédit, etc.).
Des spécialistes du Gafi (Groupe d’action financière internationale) et du FMI ont évalué les revenus annuels du crime organisé à plus de 3 000 milliards de francs en 1998. La moitié de ce capital criminel a été « blanchi », c’est-à-dire recyclé dans l’économie mondiale légale, au profit des grands barons des OCT. De telles masses d’argent alimentent une dynamique d’économies parallèles qui faussent les statistiques officielles. Ces dérives prédatrices peuvent provoquer des crises financières graves. Les actions du crime organisé ont ainsi joué un rôle important dans le déclenchement des convulsions économiques qui ont ébranlé le Mexique, la Thaïlande et le Japon.
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