Asie - Philippines : un nouvel espoir
Joseph Estrada, brillamment élu président des Philippines, le 11 mai 1998, et en fonction depuis le 30 juin suivant, a dû quitter le pouvoir sous la pression de la rue et des militaires, le 20 janvier 2001, après deux mois et demi de manifestations. Gloria Macapagal-Arroyo, la vice-présidente, qui avait pris la direction de la campagne pour la destitution, va assurer la présidence le temps restant de son mandat, soit jusqu’en juin 2004. Après l’élection d’Estrada, nous écrivions dans ces colonnes qu’il n’était pas l’homme qu’il fallait pour les Philippines et que le président sortant, Fidel Ramos, aurait mieux fait de soutenir la candidature de Gloria Arroyo, au lieu de celle du très pâlot Jose de Venicia (1). Si le renversement de ce président corrompu a été salutaire, il pose cependant la question du fonctionnement des institutions aux Philippines, pays qui, après cet intermède de plus de deux ans, se retrouve avec toutes ses difficultés.
En dehors du fait que Joseph Estrada est tombé après que fut dévoilé que le chef de l’État était lui-même à la tête d’une organisation maffieuse de salles de jeux clandestins, sa courte présidence fut une catastrophe pour le pays. Il s’était entouré de conseillers qui étaient souvent ses anciens compagnons de jeu et de beuverie, avec lesquels il poursuivit ces activités au palais présidentiel. Ces conseillers étaient eux-mêmes divisés en coteries rivales préconisant des solutions contradictoires à cet homme incapable, d’où une politique brouillonne dont un des meilleurs exemples est la gestion des insurrections, islamiste et communiste (2). Tout naturellement, celui qui s’était fait élire comme le candidat des pauvres, s’était acoquiné avec les hommes d’affaires les plus douteux qui avaient entouré l’ancien dictateur F. Marcos. Dans l’attribution des marchés et des charges, le copinage était roi.
La crise a éclaté le 5 octobre 2000, quand Luis Singson, gouverneur de la province d’Ilocos Sur, déclara devant le Sénat qu’il avait fait remettre au président des millions de pesos représentant sa part sur les bénéfices d’un jeu de cartes interdit pratiqué dans des salles clandestines. Luis Singson, ancien ami d’Estrada, n’a agi que par rancœur, le président ayant accordé la licence d’un nouveau jeu clandestin à l’un de ses rivaux politiques. Le 12 octobre, la vice-présidente, Gloria Macapagal-Arroyo, qui bien qu’appartenant à l’opposition avait accepté d’entrer dans le gouvernement, démissionna de ses fonctions de secrétaire aux Affaires sociales (3). Le 18 octobre, à la Chambre basse, l’opposition déposa une motion en destitution qui entra en discussion le 23 octobre. La situation s’aggrava pour Estrada le 3 novembre, lorsque le président de la Chambre basse et 40 députés de la majorité firent défection et rejoignirent l’opposition pour envoyer le président devant le Sénat transformé en tribunal ; une majorité des deux tiers des 21 sénateurs étant nécessaire pour voter la destitution. Le procès commença le 7 décembre au Sénat, largement dominé par les amis politiques du président. Les témoignages accablants s’accumulèrent. Des cadres d’une banque déclarèrent qu’en deux ans, le président avait déposé 3,3 milliards de pesos (66 millions de dollars) sur un compte ouvert sous un faux nom et qu’il avait procédé, toujours sous un faux nom à des investissements totalisant 10 millions de dollars. Les procureurs demandèrent que les relevés bancaires soient joints au dossier. C’est le refus du Sénat, par 11 voix contre 10, le 16 janvier qui mit le feu aux poudres. Tous les magistrats démissionnèrent, ainsi que M. Pimentel, le président du Sénat, un modéré de la majorité présidentielle.
Il reste 74 % de l'article à lire