Gendarmerie - La gendarmerie et la sécurité de la Coupe du monde de football 1998 : retour sur un événement
Le 9 mai dernier s’est ouvert devant la Cour d’assises du Pas-de-Calais le procès de Markus Warnecke, agresseur présumé du maréchal des logis chef Daniel Nivel durant la dernière coupe de monde de football. Plongé dans le coma pendant six semaines, le gendarme reste atteint aujourd’hui de graves séquelles neurologiques, sensorielles et aphasiques. Quatre autres hooligans, André Zawacki, Franck Renger, Tobias Reifschlager et Christopher Rauch, ont déjà écopé, pour leur part, en Allemagne, de peines allant de trois ans et demi à dix ans de prison. Cette actualité judiciaire conduit à revenir sur cet événement marquant à plus d’un titre, dont il est possible, avec un certain recul, de dégager aujourd’hui nombre d’enseignements, notamment dans la perspective des manifestations d’ampleur que notre pays entend organiser dans les années à venir (comme les JO de 2008 à Paris).
Il y a trois ans, en effet, du 10 juin au 12 juillet 1998, la France a accueilli la 16e coupe du monde de football, une compétition sportive et un rassemblement humain sans précédent : 32 équipes et délégations ; 704 joueurs ; 64 matchs disputés sur 10 stades répartis sur l’ensemble du territoire ; 2,5 millions de spectateurs ; une couverture médiatique assurée par plus de 10 000 journalistes ; une audience cumulée dépassant les 37 milliards de téléspectateurs… Bien sûr, il y eut l’incommensurable passion du ballon rond, le terrible suspense et la délivrance, la victoire de l’équipe de France et la liesse populaire. Dans ces inoubliables moments d’enthousiasme, de joie et de fraternité encore présents dans nos esprits subsiste malgré tout une tache sombre. Personne ne pourra oublier la vision de cauchemar de cette rue de Lens ce 21 juin 1998 : l’image du maréchal des logis chef Nivel gisant dans son sang, lâchement agressé par un groupe de hooligans allemands, alors qu’avec deux autres gendarmes mobiles il assurait la garde des véhicules de son unité. Nombreux et sincères ont été les hommages officiels, les messages d’indignation et de tristesse, les témoignages de solidarité et de sympathie en direction du gendarme mobile grièvement blessé. Ainsi l’entraîneur de l’équipe de Croatie, Miroslav Blazevic, a-t-il fièrement arboré tout au long de la compétition un képi de gendarme pour exprimer son soutien à la famille du sous-officier.
Alors qu’avant le début de la coupe du monde les responsables de la sécurité redoutaient la perspective d’attentats terroristes, venant frapper aveuglement les délégations étrangères et les spectateurs, c’est bien le fléau du hooliganisme, mélange nauséabond de fanatisme et de beuverie, de racisme et de bestialité, qui est venu provoquer, agresser et tenter de mettre en défaut — à travers les représentants de la force publique — notre système démocratique. Face à la menace d’attentats, le ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement avait, en effet, annoncé, le 27 mai, le renforcement du plan « Vigipirate », ce qui s’est traduit par la participation d’un nombre important de militaires à l’action des services de police et de gendarmerie mobilisés, notamment dans les gares, les aéroports et les principaux lieux publics, afin d’empêcher qu’à l’image des sombres événements de Munich de 1972, la fête sportive ne se transforme en péripétie politique et en tragédie humaine. Pour ce qui promettait d’être, et qui fut sans conteste, le dernier événement sportif d’ampleur de ce siècle, la sécurité a constitué une des principales préoccupations des organisateurs.
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