Afrique - Arrimage euro-franc CFA : plus de peur que de mal
La plupart des hommes politiques, des opérateurs économiques et des intellectuels africains craignaient que le passage à l’euro ne serve de prétexte à une nouvelle dévaluation du franc CFA, au motif que l’euro se traduirait par un renforcement des contraintes économiques pour les pays africains de la zone franc. Il n’en a rien été. Les fondamentaux économiques de la majorité de ces pays — en amélioration constante — ne justifiaient pas un réajustement de la parité euro-franc CFA à court terme.
La dévaluation du 12 janvier 1994 avait été menée dans un environnement économique sensiblement différent. Les économies africaines avaient ainsi fait face à la forte dépréciation du dollar américain en 1985 et à l’effondrement des cours mondiaux des matières premières durant la décennie 80 ; les efforts d’ajustement entrepris dans les pays africains de la zone franc au milieu des années 80 n’avaient pas été suffisants pour rétablir les grands équilibres macro-économiques et relancer la croissance. De plus, les dévaluations concurrentielles et protectionnistes pratiquées par les pays voisins, notamment le Nigeria, avaient contribué à la dégradation de la compétitivité des pays africains de la zone franc. Sous la pression des « institutions de Bretton Woods » (1), les États des Unions monétaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale avaient donc décidé, à l’unanimité, de réajuster la parité à 100 francs CFA pour 1 franc français, condition de la reprise des financements des institutions financières multilatérales et de la mise en œuvre des programmes de stabilisation macro-économique et d’ajustement structurel.
Des indicateurs économiques favorables au maintien de la parité
Un peu moins de dix ans après, le bilan est globalement positif, même s’il existe des disparités selon les pays. La demande intérieure s’est réorientée en faveur des productions locales, en particulier pour les produits vivriers. L’offre a su répondre aux incitations des prix et dans ce sens, les exportations ont retrouvé leur dynamisme. Pour l’ensemble des pays de la zone franc, la croissance a repris. Elle est de l’ordre de 5 % depuis plus de cinq ans, alors qu’elle était négative les années précédant la dévaluation. Le taux d’investissement a atteint 20 % du PIB en 1997, contre 15 % en moyenne sur la période 1986-1993, tandis que le déficit budgétaire a été ramené à 1,6 % du PIB en 1996, contre 6,5 % en moyenne sur la période 1986-1993, le solde budgétaire primaire devenant excédentaire. L’inflation a été ramenée à moins de 5 % en 1997 contre 27 % en 1994, l’année de la dévaluation. Le surcroît d’inflation dû à la dévaluation a ainsi été maîtrisé, ce qui a permis de préserver des gains substantiels de compétitivité (le taux de change effectif réel s’est déprécié de 30 % pour la Côte d’Ivoire et de 25 % pour la Cameroun, depuis décembre 1993).
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