Sécurité et défense en Europe - Bosnie-Herzégovine : la SFOR aux limites de l'action internationale ?
Plus de six ans après la signature et le début de la mise en œuvre des accords de Dayton-Paris, la situation en Bosnie-Herzégovine présente des traits contrastés. Les violences ont cessé et les potentiels militaires désormais sous contrôle sont en forte décroissance. La plupart des réfugiés et personnes déplacées sont revenus et leur réimplantation s’effectue de plus en plus souvent dans des zones où leur communauté ethnique est minoritaire, soulignant ainsi la validité des garanties de sécurité offertes par la présence internationale. Certaines institutions (appareil d’État, Parlement, Constitution) et symboles (drapeau, hymne national, passeport) ont été mis en place. L’État bosniaque est désormais un partenaire reconnu par ses voisins et par la communauté internationale et participe peu à peu au jeu régional.
Toutefois, de nombreux défis persistent, dont il faut rappeler les principaux. Il n’existe toujours pas le sentiment d’une identité nationale partagée et les tentations irrédentistes, ou au minimum de vie séparée dans le cadre des dispositions de Dayton, subsistent. L’autorité centrale pèse peu devant les pouvoirs locaux, dominés par les partis nationalistes. Le règne de la loi et de l’ordre demeure une notion abstraite et la corruption gangrène la totalité des structures politiques et administratives. Le naufrage économique menace et la situation sociale va s’aggravant, mettant en cause l’avenir même du pays et de sa population (1). Enfin, les séquelles physiques (destructions, présence de mines) et morales (cas des criminels de guerre recherchés par le Tribunal pénal international de La Haye) de la guerre sont loin d’avoir été éliminées et pèsent toujours lourdement sur la vie quotidienne des populations.
C’est dans cette situation très particulière que la force de stabilisation (Stabilisation Force, Sfor) vient de faire l’objet d’un huitième audit semestriel (Six Months Review, SMR 8). Menée pour la première fois dans le cadre d’une étude régionale confiée par le Shape à Afsouth (2) (Joint Operation Area Review, JOA Review) (3), cette procédure a débouché sur la formulation d’une série de propositions sur lesquelles les autorités politiques de l’Alliance vont devoir se prononcer en juin prochain. Il est trop tôt pour juger sans risque d’erreur de l’issue des débats, mais il est clair que la réflexion en cours a fait apparaître dans toute son acuité le paradoxe auquel l’Otan est confrontée depuis plusieurs années déjà : victime en quelque sorte de son succès, la Sfor a été peu à peu entraînée dans une dérive des missions (Mission Creep) et conduite à prendre à sa charge des domaines de responsabilité qui lui sont naturellement étrangers. Les décisions à venir sur l’évolution des structures et des missions de la force devraient clarifier cette situation.
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