Poser le problème de la paix et de la guerre au XXIe siècle, c'est poser celui des nouvelles formes de régulation et de violence. Les aborder ensemble c'est chercher leurs liens profonds. Les approfondir, c'est se demander si lutte contre la prolifération et hyperterrorisme n'ont pas maille à partir. Une relecture des efforts faits pour barrer l'accès des armes de supériorité stratégique à tout nouvel acteur révèle le caractère potentiellement déstabilisant de cette entreprise. La thèse qui suit met en évidence un processus vicieux qui a sa part de responsabilité dans le recours au terrorisme comme instrument de la guerre au XXIe siècle.
Le cercle vicieux stratégique (réflexions sur la paix et la guerre au tournant du XXe siècle)
Rien ne permet d’affirmer que la paix serait un état normal, certes difficile à établir durablement ; rien ne prouve qu’elle serait beaucoup plus qu’une belle conjecture pour rêveur, fût-il aussi pertinent qu’Emmanuel Kant ; ou qu’elle vaudrait mieux qu’un vaste concept pour philosophe, fût-il aussi talentueux que Paul Ricoeur (1).
Après l’attaque surprise réussie des symboles de la puissance américaine le 11 septembre 2001, il faut se demander si l’hyperterrorisme n’est pas le fruit amer d’un dispositif de paix imposé avec des repères inadaptés, le résultat pervers d’une structure de vertus forcées, d’une batterie de contraintes dictées sans considération suffisante pour le système du monde, pour sa diversité, ses équilibres, ses dépendances. La philosophie du contrôle des armements ne se serait-elle pas, en particulier, pervertie au point d’enclencher un cercle vicieux stratégique qui a nourri le terrorisme stratégique que nous devons désormais affronter ?
Après la difficile paix de Bagdad, qui conclût la campagne irakienne 2003, n’en va-t-il pas de même avec le modèle démocratique et libéral occidental qu’on veut installer dans le berceau sémite de l’humanité ? Est-on sûr de maîtriser ainsi la conflictualité au XXIe siècle ? Quel autre cercle vicieux esquisse-t-on ? Voici, en guise de contribution au défrichage de l’avenir, une relecture critique des approximations stratégiques des temps modernes, une analyse génétique des mutations de la guerre.
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