À l’heure où toutes les armées occidentales s’interrogent sur l’impact prévisible des nouvelles technologies sur leurs manoeuvres futures respectives, il importe de faire preuve d’imagination et de ne rejeter a priori aucune hypothèse. Dès lors qu’il s’agit de se projeter vingt ans en avant, dans un avenir par définition inconnu, le risque existe de passer « à côté » des révolutions en cours. Un nouveau mode d’action offensif s’appuyant sur la capacité de connaître à coup sûr la position instantanée de toutes les unités sera demain hautement envisageable. D’autres modes d’action sont possibles et doivent être pris en compte.
Quels modes d'action pour les forces terrestres en 2025 ?
Modes of action for land forces in 2025
At a time when all Western armies are pondering the impact of new technologies on their respective future operations, what matters is to show imagination and not to reject a priori any hypothesis. Once we have to think twenty years ahead, into a future that is by definition unknown, there is a risk of overlooking the revolutions currently under way. A new mode of offensive action based on the ability to know the location of all units instantaneously is highly likely. Other modes of action are possible and must be taken into account.
Déjà, au début du XIXe siècle, Napoléon affirmait que « la tactique change tous les dix ans ». Pour l’Empereur, la capacité d’adaptation l’emporte toujours et l’esprit du chef ne saurait se contenter de règles fixées d’éternité, ni de règlements d’emploi étriqués et immuables. À l’heure de l’accélération vertigineuse des progrès techniques où près de cinq millions de scientifiques et d’ingénieurs sont engagés à travers le monde dans la recherche et le développement expérimental, la remarque de Napoléon prend encore plus d’ampleur. Chacun le constate dans sa vie de tous les jours : les innovations sont quasi quotidiennes. Dans ces conditions de bouleversement technologique continu, la capacité d’adaptation est plus que jamais vitale : dans le domaine économique, afin de rester compétitif, mais aussi dans le domaine militaire, où il importe d’avoir un temps d’avance sur l’adversaire pour garantir la victoire.
La crainte de manquer la révolution en cours, de ne pas savoir distinguer l’innovation majeure de l’invention superflue, et de mener « une guerre de retard » face à l’ennemi de demain, est aujourd’hui perceptible dans tous les états-majors occidentaux. Depuis 1995, les Américains ont développé le concept de Revolution in Military Affairs (RMA), les Britanniques élaborent des concepts d’emploi pour leur armée en 2020 (1), quand l’armée française planche sur un modèle 2025. La volonté de comprendre et d’exploiter le passage de « l’armée du pétrole à celle du silicium » (2) est ici évidente.
Pour la France, la peur de ne pas saisir le train en marche est sans doute plus forte qu’ailleurs à cause d’une histoire militaire récente traumatisante. Depuis 1870, il semble que l’armée française ne se soit jamais adaptée rapidement aux révolutions en cours : en 1870, elle utilise la mitrailleuse comme artillerie de campagne ; en 1914, elle privilégie l’offensive à outrance de son infanterie alors que la puissance de feu de l’adversaire interdit toute attaque à découvert et sans préparation d’artillerie ; en 1940, ses chars ne sont pas appuyés par l’aviation et sont dispersés, pour la plupart, dans les unités d’infanterie. À chaque fois les désillusions furent autant de traumatismes pour notre armée. Ainsi, notre histoire nous commande, à nous plus encore peut-être qu’aux autres, de sentir et d’anticiper les révolutions en cours.
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