À l’instar de la géostratégie, qui privilégie les aspects géographiques, la chronostratégie redonne toute sa place au temps dans cette réflexion stratégique ; pas seulement au temps qui court, celui de la réduction de la boucle OODA et de l’accélération du tempo, chères à la RMA ; mais aussi au temps long du politique, qui suppose réflexion prospective, projet, planification.
« On est dessus dans combien de temps ? » Quelques réflexions sur la chronostratégie
‘How long have we got?’ Some thoughts on chronostrategy
As with geostrategy, based on geographic considerations, chronostrategy restores the time factor to its place in this strategic study–not simply the time that flies, the question of reducing the OODA (observation, orientation, decision, action) loop and the acceleration of the tempo, dear to the Revolution in Military Affairs, but also long-term political time, which assumes forward analysis, project definition and planning.
L’évolution de la stratégie théorique, ces dernières années, laisse plus souvent place aux discours révolutionnaires et aux bombes rhétoriques qu’à une prise de recul et ce, tant par rapport aux événements qu’aux évolutions de la stratégie. De la sorte, de nombreux auteurs, aux États-Unis comme en Europe, ont été prompts à critiquer la Révolution dans les affaires militaires (RAM ou RMA), mais sans nécessairement en démontrer les réelles évolutions qu’elle pouvait faire connaître aux systèmes de force. C’est, en particulier, le cas de la question de la gestion du temps dans la stratégie.
Quelques remarques s’imposent ici. Plusieurs contributions théoriques tendent à opposer la « dimension temps » et la « dimension géographie », sans doute mal à propos. Si les aspects géographiques bénéficient d’une attention toute particulière — en témoignent la profusion de publications concernant la géopolitique et la géostratégie — peu ont été dits du temps dans la stratégie. Constatons néanmoins que les dimensions d’espace et de temps sont naturellement coextensives, l’une ne pouvant prendre le pas sur l’autre. Toutefois, et c’est l’objet de cet article, les paramètres de cette relation pourraient bien évoluer.
Vers une chronostratégie ?
En effet, le facteur temps pourrait, sous la pression d’une considération peu critique des apports de la technologie, en venir à être surestimé, générant une chronostratégie que l’on pourrait alors considérer comme déviante, en ce qu’une trop grande focalisation sur elle dans nos productions doctrinales pourrait nous conduire à commettre des erreurs d’appréciation. Revenons néanmoins sur la notion de chronostratégie. C’est Christophe Prazuck qui semble avoir introduit le terme (1) avant Paul Virilio. L’auteur montrait ainsi qu’il existe : un temps des moyens dans l’acquisition de leur maîtrise, dans leur déploiement et dans l’appréhension de ce qu’ils peuvent politiquement représenter ; un temps des tactiques dans leurs conceptions, leurs mises en œuvre et leurs éventuelles adaptations ; un temps des doctrines, montrant leur évolution dans l’histoire ; un temps des stratégies, qu’il rattache aux stratégies indirectes, impossibles à concevoir sans entraîner l’adversaire dans des opérations misant sur l’usure ; un temps dans la stratégie où il se trouve exploité politiquement, à l’instar de l’endiguement de l’Union soviétique par les États-Unis durant la guerre froide.
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