La mondialisation telle que nous l’observons aujourd’hui constitue un défi plutôt que des opportunités pour les puissances occidentales. L’arrivée programmée des nouvelles économies va fondamentalement modifier les équilibres stratégiques. Quelles stratégies de puissances, les États-Unis et l’Europe peuvent-elles mettre en œuvre pour limiter l’impact de la Chine ? Cet article pose un regard sur les affrontements économiques et financiers des quinze prochaines années et sur les conséquences sociétales qui en découlent.
Géopolitique et mondialisation - Mondialisation, la main visible des puissances
Geopolitics and globalisation: globalisation as a visible sign of power
Globalisation as we see it today constitutes a challenge rather than an opportunity for Western powers. The arrival on the scene of new economies is going to modify the strategic balance fundamentally. What strategies could the United States and Europe use to limit the impact of China? This article takes a look at the economic and financial confrontations we can expect in the next 15 years, and their consequences for society.
« Les grands peuples ayant l’initiative de leur misère, peuvent les varier à leur volonté ; les petits sont réduits à celles qu’on leur impose. » Cioran
La fin des cadres traditionnels d’analyse
Les quinze dernières années ont accouché d’un nouvel ordre international où l’accélération du processus de mondialisation a durablement redessiné les équilibres géopolitiques classiques. Dès 1992, Edward Luttwak professait l’avènement d’une ère dite « géoéconomique » (1). Celle-ci est marquée par la constance des affrontements entre nations pour la conquête des marchés en forte croissance et la maîtrise des technologies critiques. L’élan récent de l’école réaliste (2) a redonné une impulsion aux politiques de puissance des nations.
Historiquement, le réalisme postule que l’analyse politique et la compréhension du système international réside dans l’étude des stratégies de puissance des États. Le renouveau de cette école au début de la décennie écoulée a coïncidé avec l’élaboration de la doctrine de sécurité économique américaine incluse dans la doctrine de sécurité nationale. Le second point fondamental de cette théorie porte sur l’affirmation des dynamiques politiques auxquelles sont subordonnées les problématiques économiques. Ainsi, les États seraient strictement motivés par la poursuite et la protection de leurs intérêts nationaux. Or, les interrogations stratégiques du XXIe siècle (montée des nouvelles puissances, défi de la gouvernance, persuasion collective et grandissante des phénomènes d’insécurité) bouleversent les cadres traditionnels d’analyse de la puissance (3). La globalisation pensée et voulue par les nations occidentales semble échapper à ses géniteurs et témoigne d’une érosion de l’occidentalisation du monde. Ainsi, la métamorphose des conditions d’exercice de la puissance a radicalement modifié les règles des interactions entre acteurs. La prospective stratégique relative aux deux prochaines décennies pose une complexité inédite d’un monde multipolaire que ni les États-Unis, ni l’Europe ne paraissent capables de comprendre. Le XIXe siècle a été celui de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, le siècle écoulé fut américain. Celui en cours verra l’affirmation des nouvelles machines de guerre économique que sont la Chine et l’Inde. Tenter de dessiner les reliefs et d’évaluer les futurs rapports de force géoéconomiques, tel est l’objet de cet article.
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