L'auteur avait dressé un inventaire des « défenses alternatives » dans deux articles parus dans cette revue en août et octobre 1984. En deux ans, les conceptions se sont affinées, des prises de position se sont exprimées, tandis que les technologies et les doctrines officielles évoluaient. Il est temps de faire le point et de réfléchir sur le changement. En comparant, intentionnellement, des alternatives officielles à d'autres qui sont plus originales, sinon marginales, l'auteur ne prétend pas énoncer des vérités définitives, à une époque où tout change, mais susciter la discussion et rechercher des points de convergence.
Débat sur les défenses alternatives
Solution de remplacement, telle est l’acception, contestée par les dictionnaires, du terme franglais « alternative ». En ce qui concerne la défense, il s’agit de remplacer des doctrines, voire des stratégies, jugées inefficaces, inadaptées ou dangereuses : à savoir celle de l’OTAN (riposte graduée et bataille de l’avant) ou de la France (dissuasion anticités, avertissement préstratégique, solidarité dans l’Alliance). Cette volonté de changement n’est pas réservée à quelques cercles intellectuels ou militaires, elle s’exprime parfois au niveau des responsables civils et militaires. Les médias se sont emparés du sujet, au point que l’on peut se demander si l’opinion, surinformée, n’est pas en fait, malicieusement ou inconsciemment, désorientée. La dissuasion étant une bataille d’idées, cela fait partie de la règle du jeu. En Occident, suivant les excellentes formules de Cl. Le Borgne et L. Poirier, la violence agit davantage par sa force expressive et médiatique — terrorisme, otages, pacifisme — ou virtuelle — l’hiver nucléaire, la frappe désarmante, le rouleau compresseur, les percées technologiques — que par ses effets physiques.
Les critiques des systèmes existants alimentent toute une littérature, de Brossolet à Dubroca, mais comme l’a montré J. Laurent à propos de « la menace soviétique » de Cockburn (1), l’addition des faiblesses ou des retards conduit à occulter les facteurs de force des systèmes en présence. Aucune organisation humaine n’est sans failles. À partir de quel niveau de dépérissement les arbres malades détruisent-ils la forêt ? L’évaluation objective des menaces et des parades est un exercice difficile.
Interrogations sur le nucléaire
Le rôle des armes nucléaires, stratégiques et tactiques, est au centre des discussions des nouveaux théoriciens, qu’ils se prononcent pour leur rejet, qu’ils hésitent sur l’éventualité de leur emploi, ou qu’ils affichent une détermination « inflexible ». Le fait nucléaire est tellement incontournable, selon le mot de l’amiral Lacoste, que les sentiments les plus contradictoires s’expriment à son sujet : peur du nucléaire militaire et civil, peur du conflit limité mais destructeur, doute sur la détermination américaine (ou française), incompréhension du « Maginot atomique », crainte que l’équilibre des arsenaux ne « dissuade de dissuader » et n’encourage le blitzkrieg, non-perception d’une menace directe, condamnation des deux impérialismes ; doute sur l’efficacité des systèmes d’armes, rejet du militarisme et des tensions provocatrices, toutes ces attitudes ne traduisent-elles pas, dans l’esprit du public, une usure de la dissuasion nucléaire ? Elles expliquent en partie l’attention plus grande portée aux moyens de défense classique, aussi bien du côté américain que soviétique. Elles encouragent les conceptions novatrices que l’on peut ranger dans trois familles : la résistance sans armes (non-violence) ; la défense profonde sans bataille (techno-guérilla) ; la dissuasion par la bataille neutronique (« Euroshima »).
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