Politique et diplomatie - Le droit à sécession : jusqu'où ?
Les divorces entre peuples pourraient devenir une pratique normale de la politique internationale. Déjà, au début des années 90, survint une première vague de séparations : en 1991, éclatement de la Yougoslavie puis de l’Union soviétique ; en 1993, rupture entre Tchèques et Slovaques. Cette même année 1993, l’Érythrée, qui ne s’était jamais résignée à être annexée par l’Éthiopie, obtint son indépendance. D’autres divorces ne sont pas à exclure : le dossier tchétchène en Russie demeure ouvert ; le souverainisme québécois, en dépit de ses défaites en 1980 et 1995, ne renonce pas à son rêve d’un destin propre pour la Belle Province ; au Royaume-Uni même, l’indépendance de l’Écosse donne lieu à débat (toutefois le Parti national écossais, SNP, accomplit une performance décevante lors de la première élection du nouveau Parlement en mai 1999). Et puis, que d’unités nationales secouées : Belgique entre Flamands et Wallons ; Turquie avec les Kurdes…
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes triomphe. Après la victoire des nationalités dans l’Europe du XXe siècle, après la décolonisation émancipant les peuples dans les frontières tracées par les colonisateurs, voici l’avènement des « micronationalités » brisant les corsets étatiques, dans une dynamique sans fin, chaque indépendance en appelant d’autres : ainsi la décomposition de la Yougoslavie conduit-elle à la fragmentation — au moins de fait — de la Bosnie-Herzégovine, mais aussi de la nouvelle Fédération, le Kosovo et le Monténégro cherchant à se soustraire à l’emprise serbe.
Devant ce défi, les États centraux oscillent entre deux démarches, l’une et l’autre terriblement décevantes. Pour la première, il faut maintenir à tout prix l’unité de l’État. Ainsi la Turquie avec les Kurdes, la Serbie de Milosevic avec le Kosovo ; mais la répression, loin d’éteindre les revendications identitaires, les excite, terrorisme et contre-terrorisme s’entretenant l’un l’autre. La seconde démarche opte pour la souplesse et la négociation : ainsi, depuis les années 80, le Canada avec la question québécoise. Cependant, les concessions d’Ottawa, au lieu d’apaiser les frustrations du Québec, semblent les stimuler, les souverainistes se disant qu’ils pourraient obtenir un peu plus. Que faire, si ni la force ni la douceur n’ont de résultat ? Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne risque-t-il pas d’entraîner des explosions à répétition ?
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