Politique et diplomatie - Union européenne : l'élargissement à reculons
Dix ans déjà depuis l’effondrement du bloc soviétique en Europe orientale ! D’un côté, le Vieux Continent a été radicalement redessiné : plus de rideau de fer ; ralliement de tous les États européens — ou presque — à l’économie de marché et à la démocratie ; inclusion de tous ces États — à l’exception de l’espace ex-soviétique, pays Baltes exclus — à un même système de sécurité, autour des États-Unis. De l’autre côté, la coupure Est-Ouest, si elle n’est plus une ligne absolue et nette entre deux idéologies, semble renaître, non plus au cœur de l’Europe, mais plus à l’est, séparant une Europe occidentale et centrale (États baltes, Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovénie) ancrée dans la mondialisation et une Europe balkanique et orientale, enlisée dans ses vieux démons (développement médiocre, haines ethniques…). À cet égard, les événements du Kosovo confirment la division de l’Europe entre un Ouest, où l’État est acquis au pluralisme et à la négociation, et un Est encore dominé par les exclusivismes nationaux. En même temps, l’opération du Kosovo exprime bien la volonté de la communauté occidentale (États-Unis et Europe occidentale) d’assurer l’unité du continent.
L’élargissement de l’Union européenne est l’une des composantes essentielles de cette unification. Il s’agit d’y faire entrer les pays d’Europe centrale et orientale (Peco), avec une triple préoccupation : insérer pleinement ceux-ci dans les circuits économiques mondiaux ; consolider leur démocratie ; enfin, effacer définitivement la fracture séculaire entre Europe occidentale, celle du progrès, de la richesse, de la liberté, et Europe orientale, celle de la pauvreté et de l’intolérance.
La vraie question
Dans cette affaire d’élargissement, l’Union européenne, fidèle à elle-même, traîne les pieds. D’un côté, il lui paraît d’emblée impossible de repousser les Peco. Ceux-ci ont été abandonnés, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, à l’URSS. Dans une certaine mesure, l’Europe occidentale, sous la protection américaine, a eu la paix et la prospérité au grand dam d’une Europe orientale laissée à l’ours russe. De plus, le défi est exaltant : mettre fin aux vieilles cassures — religieuses, nationales… —, édifier une Europe réconciliée.
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