Amérique - Quel avenir pour le processus de paix colombien ?
La Colombie connaît depuis quarante ans un conflit interne qui a coûté la vie à 130 000 personnes, créé un million de réfugiés, provoqué des pertes matérielles qui se comptent en milliards de dollars. Comme pour toute guérilla latino-américaine née dans les années 60, la mauvaise répartition des richesses et la vie politique réduite à un éternel face-à-face entre les conservateurs et les libéraux ont pu constituer un terreau politique, alimenter une justification sociale d’un combat qui, au fil des décennies, a perdu ses repères révolutionnaires au sein d’un environnement national marqué par une aggravation de la violence. Cette dernière est alimentée par diverses structures armées : les paramilitaires, avec les Autodéfenses unies de Colombie (AUC) ; les guérillas, Forces armées révolutionnaires colombiennes (Farc) et Armée de libération nationale (ELN) ; enfin les trafiquants de drogues.
Toute la difficulté de recherche de sortie dans la crise politique de la Colombie réside dans l’existence croisée de structures insurrectionnelles fondées sur des bases politiques ou criminelles, aux objectifs antinomiques mais avec un intérêt commun : parvenir à affaiblir un État qui maintient la fiction d’une présence sur l’ensemble du territoire national. Cette stratégie permet de gagner un espace d’existence et d’influence qui peut apparaître à terme source de légitimité. Cette logique est, bien entendu, pervertie par les retombées financières d’un trafic de drogue qui fait douter à la fois de la probité de la structure étatique colombienne, de l’idéal révolutionnaire des guérillas et permet de s’interroger sur l’origine des ressources des paramilitaires.
L’espoir doit-il pour autant être abandonné ? Les efforts du président Pastrana, la participation active pour sortir de la crise une société civile fatiguée de la violence plaident en faveur de la poursuite d’un processus de paix si difficile à ancrer dans la pratique politique colombienne. À moins d’un an de l’élection présidentielle, il est possible d’établir un premier bilan de l’état d’avancement du dialogue de paix et des défis que ce pays essaie de relever. La vie politique et sociale de la Colombie a été marquée, ces dernières années par trois axes essentiels.
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