L'administration Biden est satisfaite des récents efforts de l'Arabie saoudite sur le Yémen, ses relations avec l'Iran et ses réformes intérieures, mais Riyad se sent sous-estimé par les États-Unis, percevant un manque de reconnaissance pour les réformes économiques et sociales du prince héritier Mohammed ben Salmane. Malgré ces tensions, les deux nations sont motivées à maintenir leur partenariat stratégique. Les États-Unis apprécient le rôle de l'Arabie saoudite au Moyen-Orient, son influence sur le marché pétrolier et son marché d'armement, tandis que l'Arabie saoudite dépend de la sécurité américaine face à l'Iran. Cette interdépendance suggère une coopération continue, bien que moins exclusive, basée sur des intérêts communs.
Point sur la relation américano-saoudienne (T 1327)
Drapeaux des États-Unis et de l'Arabie saoudite (© Klenger, Adobe Stock)
Update on the U.S.-Saudi Relationship (T 1327)
The Biden administration is pleased with Saudi Arabia's recent efforts on Yemen, relations with Iran, and domestic reforms, but Riyadh feels undervalued by the U.S., perceiving a lack of recognition for Crown Prince Mohammed bin Salman's economic and social reforms. Despite these tensions, both nations are motivated to maintain their strategic partnership. The U.S. values Saudi Arabia's role in the Middle East, its oil market influence, and its arms market, while Saudi Arabia relies on U.S. security against Iran. This mutual dependence suggests a continued, though less exclusive, cooperation based on shared interests.
L’administration Biden paraît satisfaite des résultats de sa politique à l’égard de l’Arabie saoudite : Riyad a accru ses efforts pour parvenir à une solution du conflit au Yémen, est resté discret sur les négociations 5+1 avec l’Iran – et a même entamé des discussions pour apaiser les tensions avec Téhéran –, a libéré plusieurs activistes des droits de la femme en Arabie saoudite et a tempéré les pressions sur ses opposants à l’extérieur.
En revanche, les Saoudiens sont moins satisfaits, car ils ont le sentiment que les États-Unis ont empoché leurs gestes sans donner grand-chose en retour. Ils estiment que leur principal partenaire stratégique paraît ne pas voir – et encore moins se féliciter – des changements rapides que Mohammed ben Salmane (MBS), le prince héritier, a engagé pour réformer l’économie et la société saoudienne.
La déception est certes une donnée fréquente dans les relations bilatérales entre pays, mais la question se pose si l’Arabie saoudite va interpréter ce « désintérêt » américain comme une nouvelle donne et agir en conséquence. Riyad est, en effet, conscient des réserves américaines sur la gestion du royaume par MBS (affaire Khashoggi, droits de l’homme, guerre au Yémen, autoritarisme et impulsivité…) et, en conséquence, sur l’absence de soutien de l’administration Biden à sa personne.
Le royaume a d’ailleurs pris certaines mesures pour signifier à Washington qu’il pouvait avoir d’autres options : signature d’un accord de coopération militaire avec la Russie, discussion avec la Chine pour une nouvelle phase de privatisation de l’ARAMCO, souhait de rehausser la relation avec des partenaires traditionnels comme le Royaume-Uni et la France, etc.
Toutefois, tant les États-Unis que l’Arabie saoudite tiennent à préserver leur partenariat stratégique pour les principales raisons suivantes : le lobby militaro-industriel américain ne veut pas perdre le juteux marché saoudien ; les Saoudiens ont toujours besoin – face à l’Iran – d’une protection sécuritaire américaine ; les États-Unis ont encore besoin du rôle modérateur saoudien sur le marché pétrolier ; l’Arabie saoudite est un acteur majeur au Moyen-Orient et au-delà ; sa déstabilisation éventuelle serait dangereuse pour tout le monde, y compris pour les intérêts américains ; et le prince héritier est sérieux dans sa volonté de moderniser le royaume – d’où sa popularité incontestable au sein de la jeunesse saoudienne.
Tous ces différents facteurs prêchent donc pour une coopération renouvelée – sans doute moins exclusive – entre les deux partenaires, sur la base d’intérêts réciproques bien compris. ♦