Alors que la guerre entre États est de retour en Europe, l’Indo-Pacifique peut sembler loin de nos préoccupations. Les deux océans qu’il désigne forment pourtant une artère devenue vitale avec un Orient dont la stabilité est aujourd’hui fragilisée par les jeux de puissances qui s’y déploient. Une simple étincelle pourrait embraser la région et porter un coup sévère à nos approvisionnements commerciaux et à nos liens avec l’Asie, devenue le nouveau centre de gravité du monde. Les armées contribuent à la stratégie de la France dans la région, centrée sur nos territoires d’outre-mer. Elles peuvent encore progresser pour comprendre, stabiliser, rassurer et se préparer aux scénarios possibles, notamment dans le domaine aérien.
Loin des yeux, pourtant… notre avenir se joue aussi en Indo-Pacifique
Mai 2024. Après son élection à la présidence taïwanaise en janvier, l’indépendantiste Lai Ching-te gouverne au destin de l’île.
Mai 2027. À l’approche du prochain scrutin, poussé par un électorat excédé par la pression diplomatique, économique et militaire que la Chine exerce depuis son élection, Lai fixe au cours d’un grand meeting politique l’objectif de la « reconnaissance internationale de l’indépendance de la République de Taïwan avant 2040 ». La pression monte. La Chine mène depuis 12 jours des exercices aériens d’ampleur dans l’Air Defense Identification Zone (ADIZ) taïwanaise. En état d’alerte maximale, la défense aérienne de l’île est sur la brèche, exténuée. Dans les cockpits, les esprits s’échauffent. Un Mirage 2000 taïwanais finit par descendre un J20 chinois qui s’était risqué à le frôler au cours d’une interception d’identification. Le J20, dont le pilote a été tué sur le coup, s’écrase à près de 70 km des côtes, du côté taïwanais de la ligne médiane qui sépare les Flight Information Region (FIR) de Taïwan et de la Chine. Le président Xi Jinping déploie sa marine au large de Taïwan, convoque le Conseil de sécurité des Nations unies et y dénonce une violation inacceptable du droit international.
Il a raison. Le monde entier retient son souffle…
France, Indo-Pacifique : destins liés
L’« Indo-Pacifique » désigne une réalité si énorme et si éloignée aux yeux d’un Français de métropole qu’elle en perd finalement toute signification. Toute action de la France dans une géopolitique régionale désormais dominée par la Chine et les États-Unis, et dans une moindre mesure par l’Inde en pleine expansion, y apparaîtrait par ailleurs bien vaine. Notion stratégique découlant d’une volonté de containment américain vis-à-vis d’une Chine prise dans l’étau de deux océans gigantesques, l’« Indo-Pacifique » revêt pour la France une réalité et des enjeux différents. Ils n’en sont pas moins bien réels.
Le nouveau centre de gravité mondial
À la fois immense et vague, l’Indo-Pacifique peut recouvrir des réalités hétérogènes selon les conceptions stratégiques et les intérêts des puissances qui s’y intéressent. Les États-Unis la définissent de leur côte Ouest à l’océan Indien. Nous l’envisageons un peu plus à l’ouest, entre la côte Est-africaine et les îles pacifiques les plus éloignées, de même que l’Union européenne et le Japon. Si les périmètres géographiques peuvent varier suivant les intérêts, les ordres de grandeur demeurent : l’Indo-Pacifique abrite 60 % de la population mondiale, génère 60 % du PIB mondial et représente les 2/3 de la croissance économique de la planète. Que nos intérêts convergent ou non avec ceux des États-Unis dans la zone et que nous accompagnons, ou non, leur pivot stratégique, on ne peut qu’admettre que l’Indo-Pacifique est devenue le « centre de gravité mondial » tel que présenté successivement par les administrations Trump et Biden (1). Nous ne pouvons en détourner les yeux, et devons bien admettre avec l’historien Pierre Grosser qu’« une guerre entre l’aigle américain et le dragon chinois produirait d’immenses bouleversements, partout dans le monde » (2).
Une artère maritime vitale pour la France et l’Europe
Le premier enjeu de la France en Indo-Pacifique est d’y protéger ses citoyens et son territoire. La présence de 1,6 million de nos compatriotes dans la région, l’étendue de notre Zone économique exclusive (les 3/4 de notre ZEE totale) et les risques que les changements climatiques annoncés font peser sur l’un et l’autre, obligent la métropole malgré la distance. Si la menace reste pour l’instant contenue, pêche illégale, brigandage et piraterie sévissent dans la région (3).
Dans une économie désormais mondialisée et interdépendante dont le cœur battant est devenu l’Asie, garantir les flux commerciaux dans toute la région indo-pacifique revêt une dimension capitale. Le transit maritime représente 90 % des échanges commerciaux mondiaux. L’axe Shangaï-Singapour-Dubaï-Suez en est la principale artère. Il traverse les détroits de Taïwan, Malacca, Ormuz, Bab-el-Mandeb, ainsi que le canal de Suez, points de vulnérabilité majeurs de nos économies et de nos modes de vie. Ils sont tous situés dans cette gigantesque région indo-pacifique. Échoué dans le canal fin mars 2021, le porte-conteneurs Ever-Given aura immobilisé 400 navires, soit 10 % du commerce mondial, pendant une semaine (selon l’assureur Allianz, chaque jour d’immobilisation a coûté entre 6 et 10 milliards de dollars au commerce mondial (4)). Plus récemment, les attaques de rebelles houthis en mer Rouge ont entraîné d’importants délais de transit et une augmentation inédite de 199 % du prix du transport d’un conteneur entre l’Asie et l’Europe du Nord, selon les données de Freightos, une société internationale d’analyse du marché et du fret (5).
C’est donc cet axe majeur et celui qui nous relie aux communautés d’outre-mer, employant en partie ces mêmes détroits, qui incarnent la vision française de ce qu’est réellement l’Indo-Pacifique : pas un étau contre la Chine, mais une double artère vitale à préserver. Au-delà de nos intérêts propres, cette artère commerciale est capitale pour l’UE et pour nos partenaires en Asie et au Moyen-Orient. Préserver sa sécurité et son libre accès sont des enjeux de premier ordre.
Le trafic aérien, un système nerveux reliant l’Asie à l’Europe
Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), bien que le secteur du transport aérien de passagers et de marchandises ne représente qu’une faible proportion de la valeur ajoutée créée par les pays membres, ses liens étroits avec d’autres secteurs lui confèrent un rôle important dans l’économie. S’il est loin d’avoir le même poids que le trafic maritime dans le commerce de marchandises entre l’Europe et l’Asie, le trafic aérien est, en effet, le premier contributeur de la libre circulation des personnes. L’effondrement du trafic aérien lors de la crise COVID a ainsi compromis la viabilité de nombreuses entreprises et mis en péril une multitude d’emplois (6). Le secrétaire général de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), le Brunéien Dato Lim Jock Hoi, soulignait en octobre 2022 lors de la signature du premier accord jamais conclu entre deux régions (7) dans le domaine du transport aérien (UE-ASEAN), que ce dernier « relie les peuples, les cultures et les entreprises de nos deux continents ».
Ces caractéristiques du trafic aérien, certes plus symboliques que l’économie générée par le commerce maritime, n’en sont pas moins importantes. Si ce dernier est l’artère vitale reliant l’Europe à l’Asie, le trafic aérien en constitue le système nerveux.
Menaces
La pérennité des flux repose sur une coopération économique raisonnable et sur le respect du droit international, maritime et aérien par les différents acteurs. Or l’attitude de plus en plus inamicale de la Chine dans ces deux milieux fait peser une menace bien réelle sur un équilibre devenu fragile. Elle a débridé les différentes revendications territoriales des pays de la région, notamment en mer de Chine, et fait peser de sérieux doutes sur la stabilité du détroit de Taïwan. Début août 2022, la visite à Formose de Nancy Pelosi, alors « Speaker of the House », a été saluée par des manœuvres militaires chinoises d’envergure dans le détroit. Celles-ci ont associé forces maritimes, aériennes et balistiques, et simulé un blocus coordonné. D’autres exercices de ce genre ont suivi, notamment lors de la visite de la présidente Tsai-Ing Wen aux États-Unis en mars 2023, impliquant des appareils modernes (avions de 4e génération, bombardiers nucléaires, avions d’alerte avancée, de guerre électronique et de lutte anti-sous-marine) en plus grand nombre (8).
Si, jusqu’à présent, elles n’ont directement visé que les pays de la région et les États-Unis, ces intimidations chinoises de plus en plus fréquentes doivent nous alerter. S’intégrant dans une contestation globale de l’ordre issu de la Seconde Guerre mondiale, et fragilisant les règles internationales en exploitant leurs ambiguïtés, elles s’adressent finalement à tous les pays qui ont fait du respect de ces règles un objectif stratégique essentiel pour la préservation de la paix et de la prospérité collective ; au premier rang desquels, la France.
Menaces sur le trafic maritime et le commerce mondial
Les intentions stratégiques chinoises sont claires. Le président Xi Jinping a annoncé en octobre 2021 que « la réunification de [la Chine] peut être réalisée et le sera » (9). Reste à savoir quand, et par quels moyens. La montée en puissance très rapide des armées chinoises et les exercices conduits ces dernières années laissent peu de doute quant à l’une des méthodes envisagées : l’hypothèse d’un blocus du détroit de Taïwan, qui selon l’agence Bloomberg réduirait de 5 % le PIB mondial (10), est loin d’être fantaisiste bien que sa probabilité soit sujette à débat compte tenu du coût politique et économique qu’il impliquerait pour la Chine. Il convient de l’envisager. Un contrôle du détroit par la Chine toucherait très durement notre économie et contraindrait l’Europe à la mise en œuvre de sanctions d’envergure pour soutenir l’opposition américaine à ce fait accompli (probablement plus mortifères pour nous que pour la Chine…). Pékin étendrait alors logiquement son blocus à l’ensemble de « l’artère indo-pacifique » qui irrigue l’Europe de Shangaï à Suez. Elle pourrait verrouiller les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, profitant de sa position à Djibouti et d’un appui opportuniste de l’Iran et des Houthis qu’ils contrôlent. Un tel scénario isolerait très significativement la métropole des territoires ultramarins. Il imposerait un engagement majeur des marines européennes face à une marine chinoise qui possède désormais plus de bâtiments que les États-Unis.
La Chine exploite par ailleurs pleinement, à des fins déstabilisatrices, les ambiguïtés et les insuffisances de la Convention du droit de la mer, dite de Montego Bay. La construction d’îlots artificiels sur des terres auparavant submergées (îles de l’archipel des Spratleys) (11) sert sa stratégie d’expansion dans une mer de Chine sur laquelle elle estime avoir des droits historiques. Outre les positions militaires possibles qu’ils lui permettent par la construction de bases aériennes, de ports et d’autres infrastructures logistiques, ces îlots sortis des fonds marins lui offrent, au regard du droit international, l’opportunité d’étendre sa ZEE dans une zone riche en ressources et en biodiversité, au détriment du Vietnam, de la Malaisie, de Brunei et des Philippines. Une telle contestation est évidemment porteuse de tensions interétatiques dans la région. Elle crée, en outre, un précédent dangereux qui pourrait séduire d’autres pays revendicatifs, et essaimer.
Menaces sur le trafic aérien et la libre circulation des personnes
Les nouvelles positions stratégiques offertes par ces îlots en mer de Chine permettraient de compléter un éventuel blocus maritime du détroit de Taïwan par un blocus aérien. L’installation de moyens de défense sol/air longue portée sur des territoires lui appartenant, lui permettrait de contraindre la circulation aérienne dans la région. Un espace aérien interdit ou restreint est contournable, mais ferait augmenter le prix de certaines lignes aériennes et pourrait, in fine, conduire à leur suppression en les rendant non rentables. Son impact économique est donc non négligeable.
L’extension brutale d’un espace aérien national est inamicale en soi. Elle pourrait de surcroît permettre au pays qui en est à l’origine de revendiquer davantage de responsabilités dans la gestion de l’espace aérien international, en sollicitant l’extension de la FIR qui lui est confiée par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Sans constituer formellement une zone aérienne, une FIR confère au pays qui en a la charge des responsabilités de contrôle, de régulation et d’assistance aérienne, mais pas de droits.
Une redéfinition régionale des FIR ne paraît pas problématique en soi ; elle ouvre néanmoins la porte à d’autres revendications. L’une d’elles est porteuse de risques : la création d’ADIZ. Il est important de ne pas se tromper sur la nature de ces zones. L’OACI en reconnaît le principe (créé par les États-Unis durant la guerre froide et désormais utilisé par la Chine depuis 2013 et par une vingtaine de pays dont le Canada, l’Inde, le Pakistan, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, la Suède, l’Islande et l’Iran) sans toutefois l’endosser. Elle définit une ADIZ comme « un espace aérien désigné spécial […] à l’intérieur duquel les aéronefs doivent se soumettre à des procédures spéciales d’identification et/ou de compte rendu en plus de suivre les procédures des services de la circulation aérienne » (12). Une telle zone est établie unilatéralement par un État pour des raisons de sécurité nationale, mais empiète sur l’espace aérien international. L’OACI ne fournit aucune procédure qui en décrirait le fonctionnement et les modalités d’établissement. Elle exige simplement que les informations les concernant soient publiées dans les documentations aéronautiques. Au titre du droit international, et bien que de nombreux articles de presse le laissent souvent implicitement entendre, il ne peut donc exister aucune notion de « violation » d’ADIZ. Si un appareil commercial est tenu d’en respecter les procédures lorsqu’elles sont publiées, tout appareil d’État (dont les aéronefs militaires), peut s’en affranchir. Ces derniers ne sont en effet pas soumis aux règles de l’OACI dans le cadre de la Convention de Chicago (13).
Situées en grande partie en dehors des espaces aériens nationaux, ces ADIZ sont un moyen pour les organismes de défense aérienne d’identifier avec suffisamment de préavis les trafics inamicaux. Elles sont aussi devenues un moyen de faire monter les tensions entre compétiteurs. Les risques d’un dérapage sont d’autant plus aigus que la Chine a réalisé, depuis 2018, plus de 1 500 vols d’avions militaires au-delà de la « ligne médiane » séparant les FIR chinoise et taïwanaise, chauffant à blanc les opinions publiques. Imposée par la Chine en 2013, l’éviction de Taïwan de l’OACI (14) a supprimé tout forum de discussion sur ce dossier entre les deux États. Aucune violation d’espace aérien souverain n’a cependant été officiellement constatée.
Il convient de rappeler à chacun la réalité de ses droits en matière aérienne, et de garder la tête froide.
Menaces sur l’ordre international : la Russie de plus en plus présente
La Russie et la Chine n’ont cessé de se rapprocher ces dernières années. De nombreux observateurs estiment que la guerre russo-ukrainienne permet à Pékin de tester les réactions occidentales pour mieux les anticiper dans l’hypothèse où elle déciderait de prendre pied par la force à Taïwan : sanctions économiques, soutien en munitions et en armements, évolution des postures nucléaires, etc. La Chine soutient officiellement l’effort de guerre russe (15) et lui permet de contourner les sanctions internationales (16). Par ailleurs, la marine et l’aviation russes sont de plus en plus présentes en mer du Japon, parfois aux côtés de la marine chinoise. La Russie contribue à la déstabilisation de la région.
Il existe donc un certain continuum entre le théâtre ukrainien et la zone Indo-Pacifique. Une compétition de puissances se joue désormais à l’échelle mondiale entre démocraties libérales et autocraties. Elle vise à modifier l’équilibre des relations internationales. Certes imparfait, cet équilibre a néanmoins permis un développement économique mondial sans précédent, essentiellement dans la zone asiatique où il est aujourd’hui de plus en plus contesté. On peut se prendre à rêver de lui substituer un ordre plus juste, prenant en compte les sensibilités politiques et économiques de tous. En resterait-il seulement quelque chose ? Face à ce qui relève probablement de l’utopie, il apparaît préférable d’assumer et de préserver le modèle du droit international que nous connaissons. Cela demande d’être réaliste, et de ne pas détourner les yeux d’une région où se joue son avenir. Elle concentre aujourd’hui 7 des 10 plus importants budgets de défense du monde ; les déséquilibres stratégiques s’y accentuent (17).
Contribution des armées à la stratégie nationale en Indo-Pacifique
Face aux enjeux pour notre pays dans cette vaste partie du monde, l’État a établi et met à jour une stratégie nationale globale à laquelle les armées contribuent déjà et pour laquelle elles doivent maintenir, et probablement développer, leur effort. Une région indo-pacifique stable, prospère, ouverte et où le droit international est respecté, est une nécessité et un défi pour la France et pour l’Europe. Certains de nos intérêts recouvrent ceux de nos principaux partenaires, au premier rang desquels les États-Unis. Ce recouvrement n’est cependant que partiel. Il convient que la France dose et adapte son action, notamment dans le domaine militaire qui est l’objet de cet article, sans isolationnisme stérile ni suivisme excessif et escalatoire de la position américaine.
Stratégie française en Indo-Pacifique
Sur le constat que « [la France est] un pays de l’Indo-Pacifique à part entière » (18), le MEAE a publié en février 2022 une stratégie pour la région. Il y décrit la vision et les ambitions de la France. L’Indo-Pacifique doit être un « espace ouvert et inclusif dans lequel il est fondamental d’assurer la liberté de navigation et de survol, libéré de toute forme de coercition et fondé sur le respect du droit international et du multilatéralisme » (19). La position française est claire. Il s’agit de préserver l’artère vitale et le réseau nerveux qui relient la société européenne au continent le plus dynamique de la planète. Stabilité et sécurité y sont donc essentielles. C’est également la position de l’UE, à laquelle les territoires français d’outre-mer (La Réunion et Mayotte, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, Wallis-et-Futuna, les Terres australes et antarctiques françaises [TAAF]) donnent une dimension indo-pacifique.
Une dominante de notre stratégie est le refus de la logique de blocs dont on observe la progression et dont l’épicentre se trouve dans le détroit de Taïwan. La France se veut une puissance stabilisatrice, favorisant le dialogue pour contenir les tensions, défenseuse des souverainetés (20). C’est d’ailleurs ce qu’attendent nombre de pays de la région pour lesquels la relation avec la Chine est tout aussi essentielle que celle avec Taïwan ou les États-Unis (Singapour, Vietnam) (21). La France doit être présente, témoigner de son attachement au respect du droit international, multiplier les partenariats sans toutefois prendre parti de façon injustifiée pour l’un ou l’autre des protagonistes d’une « nouvelle guerre froide » (22). Refuser cette logique de blocs impose de porter un regard juste sur ce qui se déroule en Indo-Pacifique. Cela nécessite trois choses : disposer d’une appréciation autonome de situation, dénoncer les violations aux règles internationales lorsqu’elles sont avérées, et contribuer à rétablir un dialogue raisonné entre protagonistes quand elles ne le sont pas.
À quelques nuances près et sans fermer les yeux sur les intentions des États-Unis qui jouent leur place de première puissance mondiale, nos principaux partenaires en Indo-Pacifique reconnaissent l’importance vitale de préserver la stabilité d’une région devenue le centre de gravité mondial. Ils se retrouvent à peu près tous sur les mêmes objectifs : préserver un espace Indo-Pacifique libre et ouvert, fondé sur le respect du droit, notamment dans les domaines de la navigation aérienne et maritime, dans lequel coopération et solidarité seront indispensables pour faire face aux enjeux stratégiques et climatiques de demain (23).
La contribution militaire à notre stratégie Indo-Pacifique repose sur des forces pré-positionnées, capables d’intégrer des unités complémentaires en fonction des missions qu’elles sont amenées à conduire. Nos forces armées sont réparties dans 5 commandements régionaux couvrant la zone Indo-Pacifique : Forces françaises à Djibouti (FFDJ), Forces armées dans la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI), Forces françaises aux Émirats arabes unis (FFEAU), Forces armées de la Nouvelle-Calédonie (FANC) et Forces armées en Polynésie française (FAPF).
La zone Indo-Pacifique est immense et, bien que nos forces n’y soient pas négligeables, leur empreinte réelle est limitée. Leur action doit s’envisager en trois cercles concentriques, centrés sur nos territoires et sur les pays avec lesquels nous avons des accords de défense (Émirats arabes unis, Djibouti) : au cœur, en périphérie, et au large.
Au cœur
Dans nos outre-mer, les forces armées françaises ont pour principale mission la protection de nos concitoyens, la défense de notre souveraineté et l’exercice de nos droits dans les ZEE attribuées. Si aucune menace directe ne s’exerce pour l’instant sur nos territoires, il s’agit de rester prudents et préparés. Rejouer la bataille des Malouines dans le Pacifique serait un défi logistique sans précédent…
L’exercice de la souveraineté de la France sur ses territoires s’exprime par des actions continues ou ponctuelles. Les FANC, les FAPF et les FAZSOI mènent des missions de surveillance maritime, de lutte contre la pollution, de police des pêches, de sauvetage en mer, de lutte contre les trafics illicites, et d’évacuation sanitaire. En 2021, l’Armée de l’air et de l’Espace (AAE) a projeté, en moins de 48 heures, depuis la métropole jusqu’en Polynésie, un dispositif aérien composé d’avions de combat Rafale, d’avions ravitailleurs et de transport. Cette mission baptisée Heifarah, particulièrement exigeante dans les domaines logistique et opérationnel, a permis de démontrer la capacité d’intervention de l’État sur nos territoires les plus éloignés. Un dispositif équivalent a été déployé en Nouvelle-Calédonie en 2022 (mission Henri Brown (24)). D’autres suivront, contribuant ainsi très directement à la mise en œuvre de la Stratégie française en Indo-Pacifique. La Marine nationale inscrit son action dans le même élan. Elle devrait déployer le Groupe aéronaval (GAN) dans la région en 2024-2025.
Nos moyens militaires soutiennent par ailleurs les efforts de défense des EAU et de Djibouti, pays abritant des contingents militaires français et envers lesquels nous avons des engagements au travers d’accords de défense.
En périphérie
L’immensité des zones géographiques à couvrir, le besoin de connaître et de maîtriser les approches de nos territoires ultramarins, rendent les coopérations militaires tout à fait essentielles dans les zones périphériques. Appuyées par des moyens maritimes et aériens venus ponctuellement de métropole, les forces de présence et de souveraineté y entretiennent et y développent un vaste réseau de partenariats, comme avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande dans le cadre des accords FRANZ ou avec l’Inde en océan Indien. Compte tenu de la faible densité de population autour de nos territoires, des difficultés d’accès (infrastructures portuaires et aéroportuaires limitées) et de la vulnérabilité d’une grande partie de la zone Indo-Pacifique aux phénomènes météorologiques dangereux, ces coopérations s’avèrent essentielles pour nous-mêmes et pour nos partenaires, et portent bien souvent dans le domaine HADR (Humanitarian Assistance and Disaster Relief). Elles n’en sont pas moins opérationnellement fructueuses, permettant à la fois une meilleure connaissance mutuelle, l’interopérabilité entre nos moyens maritimes et aériens, et le partage d’information. Ainsi, les FANC organisent tous les deux ans des exercices d’aide humanitaire et d’évacuation de ressortissants dénommés Croix du Sud. L’AAE déploie régulièrement des moyens aériens conséquents en Australie pour participer à l’exercice Pitch Black.
Au large
Le large, c’est essentiellement le Pacifique Nord. Compte tenu de la dégradation rapide des relations entre la Chine et ses voisins, entre la Chine et les États-Unis, et entre la Russie et le Japon, les armées doivent porter un effort renouvelé dans cette partie du monde qui concentre les logiques de blocs issues de la rivalité sino-américaine. Le Pacifique Nord est une région de tectonique géopolitique particulièrement instable, dont la surveillance maritime est une prérogative d’Alpaci (Amiral commandant les forces maritimes de l’océan Pacifique). Bien que nous y déployions épisodiquement des moyens (escale des frégates Prairial et Lorraine en 2023, exercice aérien Cope North à Guam en 2024), elle ne constitue pas une zone de responsabilité permanente, faute d’abriter des territoires français. L’action des armées y est donc à la fois moins dense et moins visible. Elle pourrait être réévaluée compte tenu des enjeux évoqués.
Dans le Pacifique Nord, il faut viser 4 objectifs :
• Comprendre : l’acquisition et la multiplication des partenariats dans le domaine du partage de renseignement doivent nous permettre d’y élaborer une appréciation nationale de situation.
• Stabiliser : les armées doivent soutenir la stratégie nationale dans la région, mener des missions de signalement stratégique, comme lors de la mission Pégase 2023 et des missions maritimes de type FONOPS (Freedom of Navigation Operations).
• Rassurer : les logiques de blocs se nourrissent de l’absence d’alternative. Nos partenaires appellent de leurs vœux une plus grande implication européenne (25), et singulièrement française, dans la région. Il ne s’agit pas de monter une coalition des « non alignés », ni de s’inscrire aveuglément dans les pas américains malgré les tensions aiguillonnées par Pékin (la Chine restant le premier partenaire de bon nombre de pays : France, Europe, Philippines, Vietnam, etc.). Il s’agit d’investir davantage pour devenir un acteur avisé et écouté dans la région.
• Se préparer : si rien n’est inéluctable, les objectifs fixés par le président Xi Jinping invitent à la prudence. Et en termes militaires, être prudent c’est être prêt ! Nous devons poursuivre les efforts déjà entrepris dans le domaine de l’interopérabilité, comme lors de l’exercice aérien majeur mené sur l’île de Guam par 10 Rafale et un important dispositif aérien en août 2023, établir des contacts réguliers avec les structures de Commandement et contrôle (C2) de nos partenaires de la région, développer le réseau de nos points d’appui potentiels, maritimes et aériens.
Augmenter l’effort des armées dans le Pacifique Nord, c’est finalement contribuer à la stratégie nationale en Indo-Pacifique là où elle semble la plus faible. C’est permettre à la France d’apparaître, non pas comme une « puissance d’équilibre », terme pompeux face aux États-Unis et à la Chine, mais comme un partenaire alternatif et de confiance, au fait de la situation régionale et des enjeux complexes qui s’y jouent. Un partenaire crédible, dont la présence complique les calculs stratégiques de ceux qui fragilisent le droit international. Un partenaire interopérable dès le premier jour, s’il décidait de s’engager.
Moyens aériens, leviers politiques
La compétition entre les États-Unis et la Chine pour la place de première puissance mondiale semble nous pousser doucement sur la pente d’un conflit d’envergure dans le détroit de Taïwan. Toutefois, rien n’est joué. Au cours des prochaines années, les actions militaires à mener doivent préparer aux décideurs politiques les leviers qui leur seront nécessaires pour assurer la préservation des intérêts de la France et de ses partenaires s’ils venaient à être menacés. D’ampleur nécessairement limitée, ces actions doivent s’attacher à mieux observer ce qui se joue dans la région, à y démontrer l’intérêt que nous portons à sa stabilité et au respect du droit international. Leur nature essentiellement maritime est évidente dans une région indo-pacifique qui tient son nom de deux océans. Néanmoins, un grand bénéfice peut également être tiré de l’emploi des moyens aériens.
Faire voler l’Europe au cœur de son espace indo-pacifique
Les missions de projection de puissance aérienne permettent de conserver ténus les liens entre la métropole et nos outremers, et d’affirmer la France comme une puissance de l’Indo-Pacifique dont la voix doit compter dans la région. Elles témoignent de l’importance que nous portons à la défense de nos territoires et de nos compatriotes les plus éloignés, et méritent à ce titre d’être poursuivies et accompagnées d’importants efforts de communication.
Cependant, nos territoires de l’Indo-Pacifique ne concernent pas que la métropole. Ils obligent également l’UE. Alors que le Traité de l’Atlantique Nord exclut très explicitement dans son article 6 ces horizons lointains du champ d’application de la clause de défense collective (article 5), le Traité sur l’Union européenne (article 42.7) stipule qu’« au cas où un État-membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États-membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir ». Les territoires français d’outre-mer sont également des territoires européens : les menacer reviendrait à menacer l’Union. De prochaines missions de projection aérienne de type Heifarah ou Henri Brown pourraient prendre une dimension européenne pour en attester très ouvertement. Outre le bénéfice politique et stratégique d’un tel affichage, nul doute que certains de nos partenaires européens pourraient souhaiter partager l’expertise acquise par l’AAE dans le domaine de la projection longue distance.
Conserver une capacité d’intervention aérienne rapide pour préserver l’artère vitale
Préserver les artères vitales du commerce international, en particulier celle qui relie la métropole à nos territoires ultramarins, nécessite de disposer de points d’appui aux carrefours stratégiques maritimes. Pour ce qui concerne la sécurité des détroits de Bab-el-Mandeb et d’Ormuz, les bases aériennes et navales de Djibouti et d’Abu Dhabi constituent des atouts de premier plan. Il importe d’y conserver des moyens d’intervention aériens pour intercepter, comme l’ont fait en mars 2024 des Mirage 2000 contre des drones houthis, toute menace aérienne contre les navires de commerce.
Bien qu’elle semble pour l’instant préservée étant donné la dépendance chinoise aux approvisionnements en gaz et en pétrole transitant par ce goulet (26), la liberté de circulation dans le détroit de Malacca s’avère également essentielle. Les relations entretenues avec les armées de l’air de la Malaisie et de Singapour doivent donc être poursuivies et amplifiées pour peser sur la sécurité du détroit, et pouvoir, si elle s’avérait un jour nécessaire, envisager une capacité d’intervention aérienne commune. À cet effet, nos forces aériennes doivent réinvestir les domaines SEAD/DEAD (Supression/Destruction of Enemy Air Defense) pour être en mesure d’agir contre la mise en place de défenses sol/air qui viseraient à interdire ou contraindre la libre circulation aérienne dans les espaces aériens internationaux.
Densifier par les airs le réseau des partenariats dans nos périphéries
Autour de nos territoires, il faut densifier nos réseaux de coopération et fournir aux FANC, FAPF et aux FAZSOI les moyens de coopérer et de rayonner davantage. Les missions Pégase y contribuent. Nos moyens aériens sont cependant aujourd’hui limités. Leur faible nombre impose la recherche permanente d’optimisation et le partage entre différentes priorités à l’échelle du globe. Le parc grandissant d’A400M Atlas permet néanmoins d’envisager dès à présent davantage de missions éloignées de la métropole pour des déploiements ponctuels. Cependant, cela ne satisfait que partiellement le besoin compte tenu des enjeux. Le développement et l’acquisition d’un nombre significatif d’avions de transport tactiques de taille intermédiaire doivent pouvoir réarmer nos commandements d’outre-mer. Les CASA CN235 dont ils sont aujourd’hui dotés disposent d’une élongation trop faible pour rayonner efficacement à l’échelle régionale. Le projet Futur Cargo Transport Médian (FCTM) compenserait ces lacunes. Il doit être résolument poursuivi et prendre en compte des exigences de rayon d’action, de rusticité, de simplicité de maintenance et de mise en œuvre pour s’adapter au terrain Indo-Pacifique. Un tel appareil s’avérerait précieux pour des missions HADR. Leur fréquence ne fera qu’augmenter avec les changements climatiques. Si la France veut rayonner et s’inscrire dans un réseau de solidarités régionales, dont pourraient être amenés à profiter ses territoires d’outre-mer, elle doit s’en donner les moyens.
Être en mesure de participer à une démonstration de force aérienne
Bien que la France se positionne en dehors de toute logique de blocs, elle pourrait vouloir faire le choix de s’associer à une intervention américaine si la Chine commettait un jour l’irréparable. Permettre à nos décideurs politiques de prendre cette voie le moment venu implique de rechercher dès aujourd’hui une forte interopérabilité entre nos moyens aériens. Si l’Otan la garantit plutôt efficacement en Europe, il en va tout autrement en Indo-Pacifique où AUKUS (27) et la communauté 5-Eyes (28) dominent. Dans la continuité des exercices aériens récemment menés à Guam, c’est donc dans le domaine de l’interopérabilité franco-américaine qu’il est nécessaire de poursuivre les efforts. Sur le plan technique, continuer de démontrer l’intérêt opérationnel que l’US Air Force (USAF) peut avoir à coopérer avec nos moyens aériens finira de la convaincre de sortir d’une logique propriétaire trop exclusive et aujourd’hui pénalisante pour la coopération entre nos Rafale et les F-35. La mise en place à Hawaï d’un officier de liaison français auprès de la Pacific Air Force (PACAF) faciliterait par ailleurs les échanges sur ce sujet de l’interopérabilité et l’intégration rapide de moyens aériens français à un dispositif US.
Faire de l’AAE un observateur permanent, avisé et influent d’un espace aérien indo-pacifique sous forte tension
Être en mesure de promouvoir le respect du droit international dans le Pacifique Nord nécessite d’en devenir un utilisateur averti, régulier et influent. Dans le domaine aérien, les missions Pégase conduites depuis 2018 ne permettent d’atteindre que très imparfaitement cet objectif. Elles ont consolidé des liens avec un certain nombre de nos partenaires de la région et amélioré notre connaissance des points d’appui utilisables pour déployer nos appareils. Ces remarqués mais courts passages n’apportent pas une connaissance suffisamment profonde de l’espace aérien régional, des tensions et des stratégies qui s’y déploient. Investir seuls et pour un temps limité un espace aérien plus grand que l’Europe trouve rapidement ses limites. Il faut un projet à cette échelle.
Créé par l’European Air Group (EAG), l’European Air Transport Command (EATC) d’Eindhoven est source de grande satisfaction de la part de ses membres (France, Allemagne, Benelux, Espagne, Italie) et séduit de potentiels futurs entrants (Autriche, Norvège, Pologne, Portugal, Suède). Il optimise des moyens de transport comptés, consolide les partenariats entre les armées de l’air des pays membres et permet le développement de l’interopérabilité par une mise en commun des procédures de travail.
Moyennant la contribution initiale d’un A400M, bâtir et prendre la responsabilité d’un partenariat similaire dans le Pacifique Nord pourrait positionner la France comme un utilisateur influent de l’espace aérien indo-pacifique. Un tel effort paraît raisonnable compte tenu des enjeux, et devra être considéré comme un nouveau besoin d’un point de vue budgétaire. Il pourrait s’appliquer en Malaisie, récent acquéreur de l’A400M, pour bénéficier d’une logistique commune et consolider nos liens avec ce pays stratégique du détroit de Malacca.
Créer et prendre la tête d’un EATC asiatique, c’est faire profiter nos partenaires stratégiques de l’expertise européenne, développer une communauté d’utilisateurs de l’espace aérien indo-pacifique, tester, défendre et stimuler le respect du droit international dans un espace aérien où les tensions s’accroissent, disposer d’un observatoire privilégié sur la région, affirmer la position de la France comme pays riverain du Pacifique, et disposer d’un levier de premier plan pour contribuer aux missions de type HADR dans une géographie particulièrement sensible. Un Asia Air Transport Command pourrait être lancé avec la Malaisie et Singapour puis ouvert aux pays de l’ASEAN, association avec laquelle l’Union européenne entretient un partenariat fort. Ce pourrait être un vecteur d’engagement d’autres pays européens dans la région.
Un Asia Air Transport Command ferait entendre la voix française à moindre coût. Placer à sa tête un général de division français permettrait de disposer d’une autorité air dans la région, complétant dans le milieu aérien l’action d’influence menée par Alpaci dans le milieu maritime. Il disposerait de la légitimité pour mener un dialogue régional sur le sujet des ADIZ, et peut-être éviter ainsi qu’un simple malentendu sur un sujet mal compris ne conduise finalement à l’irréparable.
Conclusion
L’Europe figure toujours au centre de nos cartes, mais elle n’est plus le cœur battant du monde. L’Asie l’a détrônée. La France doit contribuer à rendre toujours moins probable une guerre qui reste néanmoins possible (29). Elle aurait des conséquences catastrophiques sur l’économie mondiale. S’inscrivant dans la stratégie nationale en Indo-Pacifique, nos armées doivent être des leviers dans les mains de nos décideurs politiques pour mieux appréhender ce qui se joue dans la région, pour promouvoir le respect et la bonne appréhension du droit international, et donc éviter qu’un simple « caporal pilote stratégique », ne déclenche la troisième guerre mondiale (30). Prendre la tête d’un organisme régional de type EATC conférerait influence et connaissance.
Sans minimiser le danger que représente la Russie aux frontières de l’Europe, il faut bien admettre que notre avenir ne se joue pas qu’en Ukraine.
(1) The White House, Indo-Pacific Strategy of the United States, février 2022 (https://www.whitehouse.gov/).
(2) Grosser Pierre, L’autre guerre froide : La confrontation États-Unis/Chine, CNRS Éditions, 2023, 392 pages.
(3) Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, La stratégie de la France dans l’Indopacifique, février 2022 (https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/fr_a4_indopacifique_022022_dcp_v1-10-web_cle017d22.pdf).
(4) Ménage Gaelle, « Blocage du Canal de Suez : quelles conséquences sur le monde ? », Forbes, 5 avril 2021 (www.forbes.fr/business/blocage-du-canal-de-suez-quelles-consequences-sur-le-monde).
(5) Barria Cécila, « Les effets de la crise sécuritaire de la mer Rouge sur le commerce mondial », BBC News, 12 janvier 2024 (www.bbc.com/afrique/articles/c6p1187pwp0o).
(6) OCDE, « Le COVID-19 et le secteur de l’aviation : Impact et mesures adoptées par les pouvoirs publics », 15 octobre 2020 (www.oecd.org/).
(7) Conseil européen, « L’ASEAN et l’UE signent le premier accord mondial de bloc à bloc dans le domaine du transport aérien - communiqué de presse conjoint », 17 octobre 2022 (https://www.consilium.europa.eu/).
(8) Niquet Valérie, Taïwan face à la Chine – Vers la guerre ? Les clés pour comprendre, Tallandier, 2022, 240 pages.
(9) Avec AFP, « Le président chinois Xi Jinping promet une “réunification” pacifique avec Taïwan », Le Monde, 9 octobre 2021 (https://www.lemonde.fr/).
(10) Soit un impact économique proche de celui de la pandémie de Covid-19.
(11) Larter Mark, « Mer de Chine méridionale : enjeux, menaces et choix stratégiques pour l’Australie et la communauté internationale », Cahier de la RDN « Idées de la guerre et guerre des idées - Regards du CHEM », 2022, p. 220 (https://www.defnat.com/e-RDN/vue-article-cahier.php?carticle=493&cidcahier=1291).
(12) Annexe 15 des règlements de l’OACI (https://www.bazl.admin.ch/).
(13) Convention de Chicago, article 3, 7 décembre 1944 (https://www.mcgill.ca/iasl/files/iasl/chicago1944a-fr.pdf).
(14) Niquet V., op. cit.
(15) Jun Dong, ministre de la Défense chinois, 31 janvier 2024.
(16) Four Jean-Marc, « Un monde d’avance – Russie : quelles sont les routes du contournement des sanctions occidentales ? », France Info, 23 mai 2023 (https://www.francetvinfo.fr/).
(17) La stratégie de la France dans l’Indo-Pacifique, op. cit., p. 9.
(18) Macron Emmanuel, « Avant-propos du président de la République », La stratégie de la France dans l’Indopacifique, op. cit., p. 3.
(19) La stratégie de la France dans l’Indopacifique, op. cit., p. 8.
(20) Macron E., « Déclaration du président de la République, sur la stratégie de la France dans la zone indopacifique », Port-Vila, 27 juillet 2023 (https://www.vie-publique.fr/discours/290557-emmanuel-macron-27072023-indopacifique).
(21) Niquet V., op. cit.
(22) Grosser Pierre, op. cit.
(23) European Union External Action, EU Indopacific Strategy, janvier 2024 (https://www.eeas.europa.eu/). Political Committee, Sub-Committee NATO Partnerships, NATO and the Indo-Pacific Region, 7 octobre 2022 (https://www.nato-pa.int/). The White House, Pacific Partnership Strategy of the United States, septembre 2022 (https://www.whitehouse.gov/). Indo-Pacific Strategy of the United States, op. cit. Pacific Island Forum, 2050 Strategy for the Blue Pacific Continent, 2022 (https://forumsec.org/).
(24) Projection en Nouvelle-Calédonie (https://air.defense.gouv.fr/) ; du nom d’un Kanak engagé dans les Forces françaises libres et intégré aux SAS pendant la Seconde Guerre mondiale.
(25) La stratégie de la France dans l’Indopacifique, op. cit.
(26) Encel Frédéric, Les voies de la puissance : Penser la géopolitique au XXIe siècle, Odile Jacob, 2023, 336 pages.
(27) Australia-United Kingdom-United States.
(28) Alliance des services de renseignement de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis.
(29) Grosser P., op. cit.
(30) Dos Gringos, « World War III » (https://genius.com/Dos-gringos-world-war-iii-lyrics).