La conception soviétique de la « coopération socialiste » (I) Avant 1956 : l’exploitation anarchique des satellites
Depuis quelques mois la presse et la radio des pays de l’Est font une propagande soutenue pour mettre en valeur les « bienfaits » de la « coopération socialiste » à l’intérieur du bloc soviétique. Prônant la vertu d’une coordination bien comprise des plans d’expansion et d’une spécialisation rationnelle des économies satellites, cette propagande met en vedette l’action « bénéfique » de la division socialiste du travail et insiste sur l’aide fraternelle apportée par l’Union soviétique aux jeunes démocraties populaires. Que les pays de l’Est se livrent à une telle campagne destinée à faire miroiter aux yeux des nations pauvres non engagées les merveilles à attendre de la collaboration économique socialiste, cela n’a rien de surprenant. Ce qui l’est par contre, c’est l’inconscience avec laquelle la presse occidentale — et il n’est pas question ici des publications d’obédience communiste — reprend à son compte ces panégyriques et, sans aller au fond des choses, faisant simplement une synthèse des déclarations enthousiastes des dirigeants des républiques populaires, présente la coopération socialiste sous un jour propre à faire rêver les anti-communistes les plus convaincus.
Aussi semble-t-il utile de rappeler l’évolution de cette « coopération socialiste » et de la montrer sous son vrai jour afin de dévoiler le « désintéressement » de l’Union soviétique et le prix payé par les satellites pour pouvoir annoncer chaque année un nouvel accroissement de l’indice de production industrielle.
À la fin du dernier conflit mondial, en exécution des accords de Yalta, l’Europe orientale fut laissée dans la sphère d’influence soviétique. Très rapidement une intense activité politique s’y manifesta et les partis communistes locaux, par un jeu subtilement mené, réussirent à prendre les rênes du pouvoir. Successivement les pays de l’Est basculèrent alors dans le camp soviétique et s’érigèrent en démocraties populaires. Dès lors l’Union soviétique n’était plus disposée à les laisser sortir de son orbite et lorsque les U.S.A. proposèrent leur aide économique sous la forme du plan Marshall, l’U.R.S.S. imposa à ses nouveaux satellites le rejet de cette offre qui menaçait, prétendit-elle, la souveraineté de leurs économies nationales.
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