Défense à travers la presse
L’accord annoncé entre Washington et Moscou soulage les uns et en inquiète bien d’autres. Nous y viendrons. Auparavant, Hérille a jugé quelque peu étrange l’attitude de ses confrères au sujet du Tchad : la France est happée dans l’engrenage guerrier alors qu’elle plaidait pour une solution diplomatique. Ce simple titre de Libération, du 8 septembre 1987, en dit long sur les craintes que peut susciter à l’occasion notre engagement auprès de pays comptant sur nous. Et pourquoi cet affolement ? Parce qu’un Tupolev libyen venait d’être abattu au-dessus de N’Djamena et que le colonel Kadhafi nous menaçait de ses habituelles clameurs. Que la France n’ait été aucunement happée, les limites de son engagement avec le dispositif Épervier ayant été strictement cernées, est apparu à l’évidence, mais quelle crédibilité de tels effrois donnent-ils à ceux qui prônent un engagement direct de la France aux côtés de l’Allemagne fédérale comme substitut au parapluie américain ? L’héroïsme sur les bords de l’Elbe ou du Danube nous conviendrait-il mieux que la vaillance dans les sables du Tchad ?
Bref, nous fûmes un instant apeurés à l’idée que les victoires d’Hassan Djamouss, le « com’chef » des troupes tchadiennes, risquaient de nous obliger à plus de vigilance. Pierre Haski, dans le numéro de Libération précité, lève les bras :
« La France est entraînée dans l’escalade. Alors qu’elle a tout fait depuis 1983 pour éviter de se retrouver en confrontation directe avec les Libyens, l’incident d’hier a mis les deux armées en situation de guerre. Pour la première fois, des soldats français ont tué des soldats libyens, avec une arme américaine de surcroît. D’où Hissène Habré tire-t-il une telle assurance, au risque de se mettre à dos plus de monde encore à Paris ? Outre sa personnalité, intransigeante et fière, son jeu à trois avec Paris et Washington explique sans doute beaucoup de choses. La France et les États-Unis n’ont pas, au Tchad, les mêmes objectifs : bloquer la Libye en Afrique francophone et rassurer la zone d’influence française pour la première, déstabiliser le régime libyen par le sud pour les seconds. Leurs stratégies sont, dès lors, différentes ».
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