Défense dans le monde - Argentine et Brésil, deux puissances nucléaires
Quelques années avant que n’éclate la crise pétrolière de 1974, le Brésil et l’Argentine se sont engagés dans différents programmes nucléaires à la mesure de leur potentialité économique, de leurs ressources minières, et de leurs ambitions régionales. Plus de quinze ans après les premières réalisations, il n’est pas inintéressant de faire le point sur les projets déjà achevés et les perspectives envisageables compte tenu de l’importance des moyens mis en œuvre et de la détermination des dirigeants des deux pays dans ce domaine.
Programmes et réalisations
Le Brésil et l’Argentine possèdent de très importantes ressources en uranium. Le premier dispose ainsi de réserves estimées à 300 000 tonnes et détient, à Itataia, le gisement dont la teneur en uranium est la plus riche au monde. Les ressources de l’Argentine sont, elles, d’environ 30 000 t. Son plus grand gisement est situé dans la Sierra Pintada.
Toutefois, ne dominant pas tous les aspects de la technologie de l’atome, ces deux pays ont été amenés à chercher ailleurs le savoir-faire qui permettrait d’exploiter leurs ressources naturelles. Ils ont, ainsi, été conduits à signer d’importants accords de coopération scientifique et technique avec des pays tels que la France, les États-Unis, la RFA (République fédérale d'Allemagne), l’Italie ou le Canada.
La première centrale brésilienne (Angra I) a été construite dans la région de Rio de Janeiro avec les États-Unis (filière Westinghouse), tandis que l’Argentine s’associait à la RFA pour la construction près de Buenos Aires, d’Atucha I, réacteur à eau lourde et pressurisée fonctionnant avec de l’uranium d’origine nationale.
Depuis la mise en service de ces deux premières centrales au début des années 1970, d’autres installations ont vu le jour. Le Brésil a, pour sa part, construit en collaboration avec la France une usine de concentration d’uranium à Poços de Caldas qui fonctionne depuis 1982, ainsi qu’un centre de fluoration de forte capacité.
L’Argentine dispose, elle, dans la province de Cordoba d’un deuxième réacteur de puissance (de type CANDU, Canada Deuterium Uranium), construit avec l’aide de l’Italie et du Canada. Par ailleurs, elle possède à Pilcaniyeu une installation d’enrichissement d’uranium, active depuis le début de l’année 1984. Cette unité qui ne peut produire de combustible enrichi à plus de 20 % n’est, en principe, destinée qu’à l’alimentation de réacteurs de recherche ou de sous-marins.
Ce bond technologique s’est produit après que les États-Unis aient arrêté la vente d’uranium enrichi à l’Argentine.
Après une brève coopération avec l’Union soviétique, les Argentins, très soucieux de leur autonomie, et afin d’éviter toute rupture d’approvisionnement en combustible enrichi, ont alors décidé de développer une technologie d’enrichissement nationale. Toutefois, pour accéder à cette indépendance, il apparaît qu’ils ont dû faire appel à un pays maîtrisant déjà bien le processus et acceptant surtout de divulguer une technologie, en général, très protégée.
Les ambitions des deux géants latino-américains ne s’arrêtent pas là. Le Brésil a entrepris la construction de deux nouvelles centrales électronucléaires de 1 245 mégawatts (MW) de puissance chacune (Angra II et Angra III), d’une usine d’enrichissement d’uranium et d’un réacteur de recherche de 15 MW près de Sao Paulo.
Dans un avenir plus lointain, il espère pouvoir compter sur un surgénérateur qui serait construit avec l’Argentine. Ce pays, qui a aujourd’hui atteint un stade quasi industriel, veut obtenir, en l’an 2000, une puissance installée de près de 2 500 MW.
À terme, il est probable que le rapprochement entre le Brésil et l’Argentine dans le domaine nucléaire pourra permettre à ces deux pays de dominer le marché latino-américain et, peut-être, celui du Tiers-Monde.
Dans le domaine militaire
Les applications militaires des deux pays ont évolué au rythme des progrès des programmes civils.
Fort de son avance dans le domaine de l’enrichissement de l’uranium, l’Argentine a donné la priorité absolue à la réalisation d’un sous-marin à propulsion nucléaire qui pourrait être opérationnel au cours de la prochaine décennie.
L’existence d’un programme nucléaire militaire brésilien appelé « programme parallèle » a été récemment rendue publique. Décidé en 1979, celui-ci comporte un volet armement et un volet propulsion navale, qui ont tous les deux reçus un début d’application. Ainsi, il est connu que les forces armées ont construit, à Cachimbo en Amazonie, un centre d’expérimentation destiné à des essais nucléaires réels.
En ce qui concerne le programme naval, l’amiral Saboia, ministre de la Marine, a déclaré, il y a un an, que les forces navales possédaient à Ipero une base secrète (!) destinée à produire l’uranium devant servir de combustible aux futurs sous-marins à propulsion nucléaire.
Le développement des programmes nucléaires civil et militaire dans les deux plus grands pays d’Amérique du Sud pose le problème de leur contrôle par des instances internationales. Or, ni le Brésil, ni l’Argentine n’ont signé le Traité de non-prolifération nucléaire, et tous les deux refusent de placer la totalité de leurs installations sous contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Quant au Traité de Tlatelolco (1967), qui prévoit l’interdiction pour les pays membres de tester, fabriquer, acquérir, ainsi que de stocker ou déployer toute forme d’arme nucléaire dans la région, il n’a jamais été ratifié par l’Argentine, et le Brésil a déclaré qu’il ne le mettrait en application que lorsque tous les États concernés l’auraient ratifié…