À mesure que se développe entre les superpuissances une compétition pour se doter d'armements de plus en plus performants, les prix des matériels militaires, partout dans le inonde, grimpent en flèche. Faute d'avoir pu maîtriser ce phénomène, les états-majors ont vu leurs prévisions, inscrites dans des lois de programme antérieures, mises en défaut. Cette croissance démesurée des coûts fait peser sur l'équipement de nos forces une menace qui risque de nous conduire à des impasses dangereuses. Un groupe d'officiers du Centre des hautes études militaires (Chem), au cours de l'année 1977, s'est appliqué à l'étude de ce problème. L'analyse mathématique à laquelle ils se sont livrés n'est pas reproduite ici afin de ne pas lasser le lecteur par des calculs fastidieux, mais l'un des participants nous résume les points essentiels de cette étude. Ses conclusions l'amènent à remettre en question certaines pratiques usuelles des états-majors en matière de planification.
Progrès matériel et politique militaire
Dans leurs interventions à la tribune de l’Assemblée Nationale ou du Sénat, lors du débat sur la programmation militaire, nombre d’orateurs ont pris acte de l’échec des lois de programme antérieures. Aucune, constataient-ils, n’avait pratiquement été menée à bien, c’est-à-dire réalisée dans le temps imparti.
Diverses explications de cette insuffisance ont été alors tentées. Pour certains, une ambition irréaliste des états-majors en était la cause. Pour d’autres, l’augmentation des coûts liée à une évaluation erronée des difficultés techniques à surmonter en portail la responsabilité. D’autres encore faisaient appel aux répercussions inflationnistes d’événements nationaux ou internationaux. D’autres enfin, accommodant à leur façon les réflexions déjà anciennes du Président Eisenhower sur la puissance du complexe militaro-industriel, stigmatisaient les profits d’un appareil industriel avec lequel les états-majors seraient de connivence. Pour appuyer leurs dires, les orateurs citaient tel ou tel cas caractéristique qui leur paraissait propre à illustrer leur démonstration.
Exemples parfois pertinents d’ailleurs et que personne ne songe à contester sérieusement aujourd’hui. Ainsi est-il vrai que la marine, pour ne citer qu’elle, embarquée dans un programme de six frégates lance-engins type Suffren, devait rapidement en rabattre et se contenter d’une série réduite à deux exemplaires. Débats parlementaires et conversations ont été, à l’époque, à ce point émaillés de rappels de ce genre qu’il paraît inutile d’y revenir aujourd’hui.
Il reste 93 % de l'article à lire