Politique et diplomatie - 1957-1980
Dans son discours sur l’état de l’union prononcé devant le Congrès à Washington le 23 janvier, le Président Carter a exposé la politique qu’il entend mener, dans le court terme au moins, c’est-à-dire jusqu’à l’élection présidentielle de novembre prochain. Cette politique ayant recueilli le soutien du Congrès et de l’opinion, et la candidature du président se trouvant ainsi confortée, on peut penser que, sauf incident imprévu, Jimmy Carter sera, en janvier 1981, le nouveau président des États-Unis. D’où l’intérêt d’une lecture attentive de ce message et de son analyse comparée au message adressé au Congrès par D. Eisenhower, président des États-Unis, le 5 janvier 1957.
À cette date en effet, Eisenhower, comme Carter en 1980, exposait une doctrine qui s’appliquait au Moyen-Orient, comme avant lui l’avait déjà fait Truman en 1947. Faut-il en conclure que le cours des relations Est-Ouest est périodiquement orienté par les événements qui se déroulent dans cette région ?
En octobre 1956, la France, la Grande-Bretagne et Israël, en concertation plus ou moins étroite, avaient lancé sur la zone du canal de Suez une opération qui, militairement réussie, s’était terminée par un fiasco politique. L’Union Soviétique avait profité de la situation créée d’abord par le refus américain d’aider l’Égypte à financer la construction du barrage d’Assouan, puis par l’agression de Suez. La crise avait eu pour effet, non pas la chute de Nasser et la fin de la guerre d’Algérie, comme l’espéraient innocemment nos gouvernements d’alors, mais la consolidation de Nasser, l’amplification sur le plan international de la propagande du FLN, le ralentissement des livraisons de pétrole indispensables à l’économie de l’Europe occidentale. Bel exemple, en vérité, d’analyse et de prévision politiques, qui s’explique dans une large mesure, en ce qui concerne la France, par la pression exercée sur le gouvernement, à travers la presse et les sondages, par une opinion publique mal informée. Tant il est vrai que l’opinion est, une fois sur deux, dans l’incapacité de connaître les données d’un problème international et par conséquent d’en concevoir la solution. À la fin de 1956, un peu plus d’un an après la conférence de Bandoeng qui marquait l’intention des pays d’Afrique et d’Asie de définir une politique commune, les positions occidentales apparaissaient ainsi compromises dans tout le Proche-Orient, aussi bien celle de Washington qui avait, en infligeant un camouflet à Nasser, embrayé le processus qui menait à la nationalisation du canal, que celles de Londres et de Paris. Il fallait reprendre les choses en main. Seuls les États-Unis étaient en mesure de le faire. Ce fut l’objet du message d’Eisenhower. « Le Moyen-Orient – y lit-on – est entré brusquement dans une phase critique de son histoire… L’instabilité (de la région) a été accrue et parfois manipulée par le communisme international… Les dirigeants russes ont toujours cherché à dominer le Moyen-Orient ; de même les Bolcheviks… C’est en fonction de leur intention de communiser le monde que la Russie (soviétique) veut dominer le Moyen-Orient en étranglant les économies des nations libres ». En conséquence, le chef de l’Exécutif américain demandait au Congrès de l’autoriser à aider le développement économique et l’effort militaire des pays de la région. Et le message précise que cette assistance peut comporter « l’utilisation des forces armées des États-Unis pour garantir et protéger l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des nations qui demanderaient cette aide contre une agression armée ouverte de toute nation contrôlée par le communisme international ». « Ces mesures, selon le texte du message, devront se conformer aux obligations des États-Unis qui sont inscrites dans la charte de l’ONU, ainsi qu’avec toute action ou recommandation des Nations Unies ».
Il reste 70 % de l'article à lire