Politique et diplomatie - Washington et les questions d'Orient
Le raid américain sur l’Iran du 24 avril pose de nombreuses questions auxquelles n’ont pas répondu les brèves explications officielles. Questions techniques, qui ne sont pas de ma compétence et que je n’évoquerai pas, mais également questions politiques que l’on peut formuler ainsi : quelles conséquences politiques aura l’opération manquée de Washington et quelles auraient été les conséquences de l’opération si elle avait réussi ?
Une première observation : après avoir vainement tenté d’obtenir par la négociation la libération des otages détenus en violation des lois internationales universellement admises, le gouvernement des États-Unis était en droit d’essayer de les libérer par la force. Le président Carter avait à maintes reprises averti que tous les moyens seraient utilisés pour libérer les cinquante détenus de l’Ambassade. Justifiée en droit, l’entreprise, dont la concentration de « marines » à Tabas constituait la première phase, impliquait l’utilisation des forces armées américaines sur le territoire iranien.
Supposons l’opération réussie : l’exploit aurait été sans égal pour Jimmy Carter. Les opinions publiques aux États-Unis, en Occident, comme bon nombre de gouvernements dans le monde islamique, se seraient félicitées de cette preuve de décision et d’efficacité, mais comment auraient réagi les opinions arabes et musulmanes ? La question mérite d’être posée dans la mesure où ces opinions peuvent influer sur les décisions des gouvernements. Sans doute, il est exclu que les États-Unis, comme leurs alliés, arrêtent leur choix politique en fonction des réactions prévisibles des peuples arabes et musulmans. Il leur est cependant utile d’en tenir compte dans la mesure où cette réaction, pour autant qu’on puisse la prévoir, constitue l’une des données essentielles des problèmes dans un monde dont l’intégration est manifeste. Cette réaction pourrait certes être tenue pour négligeable si le destin, au moins économique et à court terme, de l’Occident n’était associé à celui des pays exportateurs de pétrole, et particulièrement au groupe arabo-musulman de ces pays. Ce souci des réactions arabes et musulmanes, au niveau des opinions comme des gouvernements, préoccupe au premier chef, dans l’administration américaine, ceux qui, faisant en professionnels l’analyse de la situation internationale et des situations régionales, identifient les vrais problèmes et recherchent les solutions appropriées. Tel était le cas du secrétaire d’État Cyrus Vance et avec lui d’une partie des spécialistes du Département d’État.
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