Armée de terre - Les vœux du Chef d'état-major de l'Armée de terre (Cemat) - La modernisation de la 7e Brigade mécanisée - Le Spartiate (Système polyvalent d'atterrissage, de recueil, de télécommunication et d'identification de l'Armée de terre) - La revalorisation du système d'armes Hawk
Les vœux du général Chef d’état-major de l’Armée de terre
Le général Chef d’état-major de l’Armée de terre, le général Alain de Boissieu, a adressé ses vœux aux cadres de l’Armée de terre dans un éditorial paru dans le bulletin mensuel de l’Armée de terre Terre Information sous le titre « Vœux, perspectives et objectifs pour 1975 ». Nous en reproduisons ci-après l’essentiel.
« En consacrant cet été une semaine de travail à la réflexion sur la Défense, le Chef de l’État a officiellement placé les problèmes militaires au premier plan de ses préoccupations et de celles du Gouvernement, signifiant ainsi clairement l’importance qu’il y attachait.
Nombreux sont ceux, hors des Armées, qui ont interprété l’intérêt marqué par le président de la République à sa fonction de Chef des armées comme le présage de modifications aussi rapides que spectaculaires.
C’était méconnaître que la politique de Défense menée jusqu’alors procède d’une démarche cohérente tenant compte de paramètres aussi multiples que contraignants et s’inscrivant à la fois dans le cadre de la politique extérieure et dans celui des réalités économiques nationales.
Il en résulte qu’il est parfois nécessaire de modifier certaines de ses orientations ou de marquer un effort particulier sur l’un ou l’autre de ses aspects. Mais elle ne saurait être bouleversée, donc entièrement reconsidérée dans ses objectifs fondamentaux, sans qu’au préalable se soit imposée une appréciation radicalement nouvelle des intérêts de notre pays et sans que soit pris en considération l’état de nos ressources humaines, financières et économiques.
Les positions prises par le Chef de l’État sont désormais connues et dissipent toute équivoque. Les missions des Armées sont confirmées, le principe de la conscription réaffirmé et la durée du service militaire maintenue. Il n’y a donc pas de remise en question de la politique de défense dans laquelle s’inscrit l’entraînement de nos forces. Cela ne signifie pas que le système actuel soit parfait. Aussi rien ne devra être négligé dans la recherche des voies et des solutions qui permettraient de l’améliorer.
Quelles sont les perspectives que nous offre 1975 dans ce domaine ?
Le budget de la nation est un budget d’austérité et la part qui revient aux Armées n’échappe pas à cette marque. Le rythme de nos activités motorisées en sera quelque peu affecté, de même que nos projets de revalorisation des casernements et de modernisation des équipements en matériels.
Le président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Défense ont toutefois nettement exprimé leur volonté d’améliorer au plus tôt la condition des militaires. Cette détermination se traduira en 1975 par la mise en vigueur de nouveaux statuts des officiers et des sous-officiers et par les effets d’importantes décisions budgétaires concernant les mesures catégorielles qui font partie d’un plan de trois ans de revalorisation des conditions de la vie militaire.
En ce qui concerne les statuts, vous connaissez désormais le calendrier de leur mise au point et vous savez que les décrets qui les régiront devraient être pris vers la fin du premier trimestre de 1975 de manière à permettre de leur donner un début d’application au cours de l’année qui va s’ouvrir, que ce soit pour le statut des officiers et sous-officiers des armes et pour les autres statuts particuliers.
La procédure qui conduit à cette étape ultime peut paraître longue à certains d’entre vous. De fait, elle est la marque autant que la garantie du sérieux et de la volonté de concertation qui président à l’établissement de textes dont l’importance est fondamentale pour chacun d’entre nous dans tous les aspects de notre carrière.
En ce qui concerne les mesures catégorielles, les progrès réalisés par rapport aux années précédentes seront sensibles pour chacun d’entre vous, ainsi que pour les appelés. Eu égard au retard pris par la condition militaire, ces améliorations ne seront sans doute pas aussi significatives que nous l’aurions souhaité. C’est pourquoi, sur décision du Premier ministre et du ministre de la Défense, elles seront poursuivies en 1976 et 1977 dans un ordre de grandeur comparable, concurremment avec les avantages provenant des nouveaux statuts.
Il est désormais reconnu qu’il serait inutile de posséder des matériels modernes en nombre important s’il ne se trouvait dans le même temps un personnel suffisant en nombre et en qualité pour encadrer et former ceux destinés à les servir.
J’ai profondément conscience que les incertitudes des derniers mois, la campagne de dénigrement à laquelle nous avons été soumis, le sous-encadrement et les difficultés de tous ordres liées aux limites de nos moyens n’ont pas toujours facilité l’exercice quotidien du commandement dans les unités. Cependant, votre discipline et votre rigueur dans la mise en application de mes directives sur un nouveau style de commandement commencent à porter leurs fruits, j’en ai la preuve par les rapports des Généraux Inspecteurs.
Car il s’agit bien là d’un domaine essentiel dans lequel doit se situer une action prioritaire pour 1975 et les années à venir. L’amélioration des conditions de la vie militaire courante est incontestablement liée aux moyens budgétaires qui nous sont alloués ; or nous n’en sommes pas toujours maîtres, même dans le processus des budgets de fonctionnement.
En revanche, c’est bien de nous, les cadres, à tous les niveaux, que dépend en grande partie la qualité de l’atmosphère dans laquelle se déroule l’exercice journalier de notre métier. Pour qu’elle soit bonne, il faut que ceux qui à chaque échelon du commandement – aussi élevé ou aussi modeste soit-il – exercent des responsabilités, y associent largement leurs subordonnés, les informent et encouragent l’initiative. La confiance des jeunes subordonnés est à la mesure de celle qui leur est accordée.
Le démenti le plus formel a été apporté à ceux qui espéraient que le pays se désintéresserait de sa Défense et que, par la même occasion, l’Armée se couperait de la Nation. Nous n’avons pas à faire de complexes face à ceux qui nous dénigrent ou qui se proposent de « réformer » notre institution à l’aide de solutions peu étudiées ou inapplicables.
Certes, nos structures et certaines mentalités devront encore évoluer pendant l’année à venir, de même que la facilité de certaines vieilles habitudes devra être bousculée à tous les niveaux au plus grand profit de l’efficacité. « La France n’a jamais été aussi puissamment armée qu’aujourd’hui » écrivait récemment un chroniqueur du quotidien allemand Die Welt et aucune des grandes puissances mondiales ne met en doute la valeur de notre système de Défense qui ne laisse personne indifférent à travers le monde. Il serait dommage que cette conviction ne soit pas partagée dans notre pays. Il importera donc désormais plus que jamais de bien faire, mais aussi de le faire savoir ».
La modernisation de la 7e Brigade mécanisée
Les forces de manœuvre poursuivent la modernisation entamée avec la 10e Brigade mécanisée en 1973 et 1974. Le but essentiel de cette opération est de transformer les brigades motorisées existant encore, en brigades mécanisées, afin que toutes les brigades soient de ce type et, parallèlement, de remplacer les AMX-13 par des AMX-30 et les Véhicules de transport de troupe (VTT) AMX par des AMX-10.
En 1975, la 7e Brigade mécanisée recevra les chars AMX-30 qui équiperont le 1er Régiment de dragons : en 1976, le 35e Régiment d’infanterie sera doté d’AMX-10.
Ce régiment disposera en outre d’une section de Milan en 1975 et de deux sections de mortiers de 120 mm en 1976. Le 1er Régiment de dragons aura dès 1975 quatre pelotons portés à deux groupes. Enfin, la CEB recevra, en 1975, six Milan en remplacement des 106 SR.
Comme pour la 10e Brigade mécanisée et pour les mêmes raisons de vie en temps de paix, les matériels seront regroupés de façon homogène dans chacun des régiments mécanisés. Cette organisation ne remet nullement en cause le concept d’emploi des mécanisés.
Les expérimentations dont est chargée la 7e Brigade dans le domaine de l’emploi des mortiers de 120 mm et des Milan viendront compléter les enseignements recueillis par la 10e Brigade. Elles permettront de définir l’organisation définitive à donner aux autres brigades qui seront modernisées à partir de 1980.
Le Spartiate
Les moyens aériens de l’Aviation légère de l’Armée de terre (Alat) ne peuvent intervenir actuellement que dans la mesure où les conditions de visibilité sont suffisantes. La mise en œuvre de techniques permettant de s’affranchir de cette exigence augmente la disponibilité opérationnelle des aéronefs et avec elle l’efficacité des troupes au sol. La mise en service du Spartiate (Système polyvalent d’atterrissage, de recueil, de télécommunication et d’identification de l’Armée de terre), système radar capable de résoudre les problèmes de sécurité, de navigation et d’atterrissage par mauvaise visibilité, sans équipements spécifiques à bord des aéronefs, apporte une des solutions possibles.
Il faut remarquer que c’est la première fois en Europe que les fonctions de surveillance et d’atterrissage sont assumées par une station unique. Elle comprend le radar proprement dit, un cadre d’exploitation, un groupe électrogène et des accessoires. Le tout est transporté sur deux camions Berliet GBC 8KT et deux remorques.
Le développement du Spartiate n’a duré que trois ans, ce qui constitue un record, les délais habituels étant généralement de l’ordre de six à huit ans.
L’originalité de ce matériel et sa nouveauté donnent une importance particulière à l’expérimentation tactique qui commencera cette année.
Le Spartiate équipera les Gal.CA et les Gal.Div (Groupes d’aviation légère de corps d’armée et de division).
Revalorisation du système d’armes Hawk
Le système d’armes Hawk, en service dans les armées européennes depuis plus de dix ans, assure la défense antiaérienne de la basse à la moyenne altitude. Les caractéristiques de ce matériel ne sont plus exactement adaptées à la menace actuelle. Il a été décidé de le rénover en lui appliquant un certain nombre de modifications déjà réalisées dans l’US Army sous la dénomination de programme HIP (Hawk Improved Program). Ces modifications, de niveau industriel, seront réalisées, comme le fut le système de base, avec une participation importante de firmes européennes groupées au sein d’une organisation chargée de gérer l’ensemble du programme.
Les améliorations retenues incorporent les progrès technologiques réalisés depuis 10 ans et mettent particulièrement l’accent sur la capacité de résister aux mesures de guerre électronique adverses. Elles accroissent également de façon notable les performances intrinsèques du système : portée, temps de réaction, fiabilité…
Les trois régiments français bénéficieront de ces modifications au cours des prochaines années dans le cadre d’un calendrier international échelonnant les transformations de 1976 à 1979. ♦