L'auteur, professeur de relations internationales à l’Université Paris X et secrétaire du Parti socialiste (PS) aux relations internationales, a fait part, lors de ce colloque, de son opinion sur la situation en France dans ce domaine.
L'esprit de défense en France
Il est tout d’abord nécessaire de dire quelques mots sur la façon dont, de France, on peut percevoir le pacifisme dans le reste de l’Europe. Il est vrai que les Français ont souvent réagi avec inquiétude aux mouvements, aux démonstrations et aux manifestations de cet ordre qui se sont produits dans différents pays, au nord essentiellement mais également au sud de l’Europe. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la France puisse échapper, par nature, à ce genre d’attitudes collectives. Il faut donc comprendre le mouvement pacifiste européen. Beaucoup de colloques, d’études et de débats ont eu lieu depuis six mois, à ce sujet, et ont fourni beaucoup d’éléments d’explication. Je pense notamment aux travaux de l’IFRI.
En la matière, il ne faut surtout pas faire une analyse manichéenne qui consisterait à dire que le pacifisme européen est le « mal », tandis que l’esprit de défense serait le « bien ». Je ne pense pas que ce soit une bonne façon de comprendre ce qui s’est passé et ce qui va continuer à se passer. Plutôt que de dénoncer abruptement le pacifisme européen, il faut chercher à le comprendre car il n’est pas sûr que le pacifisme européen ne comporte que des aspects négatifs, bien au contraire.
Tout d’abord, il ne faut pas complètement assimiler les manifestations pacifistes avec le pacifisme. Joseph Rovan vient de l’indiquer : il y a une diversité d’attitudes, de la part de ceux qui ont manifesté, qui inclut aussi bien un certain refus du nucléaire qu’un refus de la guerre nucléaire limitée. Or je serai le premier à manifester contre toute idée de guerre nucléaire limitée en Europe. Je serai le premier à réagir contre certaines déclarations de Reagan, au nom même de la dissuasion. Certaines des attitudes exprimées par les manifestants exprimaient non pas un pacifisme dément mais l’inquiétude sourde de nombreux Européens face à l’assimilation qui peut être faite entre l’implantation des fusées américaines et les nouveaux concepts stratégiques exprimés de façon maladroite par les déclarations de certains responsables américains. D’autre part, le pacifisme n’est pas, non plus, le neutralisme. Beaucoup de ceux qui ont manifesté, mais plus encore beaucoup des partis politiques qui soutiennent dans ces pays les manifestations, inscrivent leur action dans le cadre de l’Alliance atlantique et ne tiennent pas du tout à en sortir. L’ensemble des partis socialistes et sociaux-démocrates des pays membres de l’Alliance n’ont aucun état d’âme vis-à-vis de celle-ci en tant que telle. Ils ne veulent surtout pas voir surgir une Europe neutralisée, parce qu’ils savent bien que, pour eux, la seule sécurité repose, malgré tout, sur le maintien de l’Alliance atlantique. On ne peut cependant nier qu’il y ait des tendances neutralistes, qu’il y ait même des stratégies neutralistes derrière certains comportements, cela est sûr. Notamment, il faut s’interroger sur certaines analyses sur l’avenir des relations interallemandes ou des relations avec l’Est, qui peuvent être des visions neutralistes.
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