La matinée du 25 juin 2002 était consacrée au constat et à la gestion de la crise post-11 septembre 2001.
Le général Dolo (DGGN-SC/Pers.) ayant rappelé l'organisation de la défense opérationnelle du territoire (DOT) suggère les adaptations nécessaires pour pouvoir répondre au risque terroriste. Le général Thouverez (CDAOA) traitait ensuite de la défense aérienne et des mesures prises ou à prendre pour relever le niveau de sécurité et protéger le coeur du pays. La protection de nos approches maritimes a été exposée ensuite par l'amiral Lagane (EMM/OPL) qui a présenté la posture permanente de sauvegarde maritime. M. Cousseran, alors directeur de la DGSE, expliquait les dysfonctionnements des services de renseignement, notamment américains, et présentait l'évolution de la menace terroriste et sa gestion par les services. Le général Ranson (DRM) nous a parlé des moyens humains et électromagnétiques de recueil du renseignement, et des méthodes d'étude de celui-ci, ainsi que de la coopération entre services. Le général Gaviard (EMA) a tiré les enseignements stratégiques et capacitaires de la crise et présenté les actions menées sur le territoire national et en Afghanistan. M. Tertrais (FRS) a proposé son analyse de notre engagement en Afghanistan, avant d'évoquer les perspectives stratégiques pour nos forces de projection. Enfin, le général Parayre (cabinet du ministre de l'Intérieur) a présenté l'histoire, l'organisation et la nouvelle conception de la sécurité intérieure de la France.
François Heisbourg, FRS
La journée d’études organisée conjointement par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et la revue Défense Nationale (RDN) le 25 juin dernier sur le thème des « conséquences stratégiques pour la France après les événements du 11 septembre » s’inscrit dans un cycle de réunions tenues à l’initiative de la FRS au premier semestre 2001 traitant des conséquences du 11 septembre sur la stratégie américaine, le Proche-Orient, et l’Europe.
Aujourd’hui est venu le moment de se focaliser sur les conséquences particulières pour notre pays, et l’affaire en est d’autant plus intéressante et pertinente que la période qui a suivi le 11 septembre (période de montée des « nouveaux défis ») coïncide avec la fin de la mise en place de la réforme de défense lancée par le président de la République en février 1996 : achèvement du passage à la professionnalisation, affirmation de la priorité donnée à la projection de force.
Il s’agit donc de voir dans quelles mesures nos choix stratégiques, la structure des forces et la doctrine sont éventuellement à corriger, à amender, ou à améliorer à la lumière du 11 septembre ; mais aussi, non pas tirer le bilan de la réforme, mais commencer à réfléchir à ce qui se passe dès lors que vient de s’achever la première phase de la professionnalisation intégrale des forces.
Premier thème examiné au cours de cette journée d’études : la dimension intérieure en matière de sécurité.
Dans les textes, nous avons toujours la défense opérationnelle du territoire (DOT), l’organisation préventive de la résistance après l’invasion du territoire français par l’URSS dès lors que la dissuasion n’aurait pas produit tous ses effets. Cette hypothèse ayant disparu, quel peut être le passage de cette logique particulière de la DOT à la réflexion sur la sécurité intérieure post-11 septembre ? Les Américains ont une expression particulière pour caractériser leur propre choix, la Homeland Defense.
Deuxième thème : peut-on qualifier le 11 septembre de surprise stratégique dans le sens où nous, Français, n’avions pas de préavis d’alerte stratégique ou tactique concernant cette attaque ? Et quelle gestion de la crise a été adoptée par la France après les attaques du 11 septembre ?
Troisième thème : dans quelle mesure faut-il adapter notre politique et notre structure de défense, les moyens militaires français, à la nouvelle donne ? Faut-il un nouveau Livre blanc, le nôtre datant de 1994 ?
Dernier thème : que faire quant à la structure des forces et à l’effort budgétaire, alors que nous sommes dans une période de fixation du budget 2003 et de la mise en chantier d’une loi de programmation ?
Général Christian QUESNOT, RDN
Je voulais rappeler quelques faits.
La France, qui est une puissance moyenne, a toujours des aspirations universalistes qui agacent nos partenaires européens et encore davantage notre partenaire américain.
Jusqu’en 1990, elle se distinguait des autres puissances moyennes sur deux points : c’était une puissance nucléaire indépendante, et elle avait des relations privilégiées avec l’Afrique. Depuis l’implosion du monde soviétique, l’arme nucléaire reste effectivement essentielle politiquement, mais est moins déterminante. L’Afrique, enjeu de la guerre froide, n’intéresse désormais plus grand monde.
Force est de constater, et je le regrette, que notre pays est en déclin, et que depuis la dernière décennie, la France est marginalisée diplomatiquement et militairement.
Force est également de constater que depuis 1990, il y a bien sûr eu le Livre blanc de 1994, mais pas de réexamen approfondi des conditions de sécurité de notre pays, toujours différé, l’évolution du contexte international n’ayant pas été véritablement prise en compte.
Les fonctions régaliennes, en particulier diplomatiques et militaires, ont fait l’objet d’un désinvestissement systématique au profit de l’État-providence.
Parallèlement, nous constatons un désengagement des forces américaines de l’Europe. L’Afghanistan ne peut être considéré que comme une étape d’un parcours car l’Europe, en tant qu’enjeu stratégique, est sortie de l’écran américain.
Les États-Unis déplacent leurs forces et leur centre d’intérêt vers la zone Asie-Pacifique. Je ne suis pas sûr, là non plus, qu’on en ait tiré toutes les conséquences. Nous sommes à un stade où nous avons une absence de vision commune européenne en matière de sécurité intérieure et extérieure.
Nous avons constaté également que, dans les débats politiques récents, l’absence de la politique extérieure et de la défense, et le manque de pédagogie politique (de la part des partis politiques ou autres…) contribuent également à la décomposition de l’État.
Que se passe-t-il par ailleurs pendant ce temps ?
Nous assistons au développement de « l’empire » américain : je fais ici allusion à l’Empire romain, car comme lui, l’empire américain fait les lois, les change, les impose, n’est pas tenu par des accords internationaux, même s’il les a paraphés, et envoie ses légions dans le monde, n’ayant besoin de personne militairement.
Politiquement, les citoyens français ont donné à un homme et à un parti tous les pouvoirs possibles de la Ve République. Par conséquent, l’équipe actuelle au pouvoir dispose de tous les moyens légaux de développer et d’imposer, du moins en France, sa vision stratégique. La question est aujourd’hui de savoir si la France a les moyens et la volonté de définir un couple « autonomie stratégique et engagement européen » qui a, de mon point de vue, vocation à remplacer celui formé par l’indépendance nationale et l’assurance (et la réassurance) transatlantique.
Sur ces problématiques, les différentes personnalités participant à cette journée d’études vont par leur intervention contribuer à notre réflexion. ♦