Plus d'un an après les attentats terroristes, force est de constater que l'Amérique « a perdu le capital de sympathie » dont elle a bénéficié au lendemain du 11 septembre. L'« antiaméricanisme » progresse dans le monde, et le pouvoir politique outre-Atlantique serait bien inspiré de ne pas y voir un prétexte commode pour éviter toute introspection. L'Amérique est notre amie, qu'elle ne nous en veuille pas de notre franchise : manichéisme expéditif, dénonciation unilatérale de traités, rapprochement étrangement rapide avec la Russie, relance de la course aux armements, mépris de la communauté internationale et de sa représentation universelle, désir féroce d'en finir avec l'Irak, la CPI, la Palestine, la récente marginalisation de l'Otan… Entre les deux sommets de l'Alliance atlantique à Prague et de l'Union européenne à Copenhague, il est légitime de se demander si on nous prépare un monde meilleur ; rien n'est moins sûr !
USA ! USA ! USA !
Incorrigible Amérique ! Ce pays exerce sur le monde un réel pouvoir de fascination. On souhaiterait l’aimer, surtout depuis les événements tragiques de l’an dernier, mais nous ne pouvons l’absoudre et oublier la responsabilité, souvent écrasante, de ce pays aux réflexes furieusement égocentriques. Aujourd’hui, l’« hyperpuissance » américaine domine outrageusement la planète et exerce sur tous les pays du monde, directement ou par le biais d’organisations qu’elle contrôle (elle est la seule à bénéficier d’un droit de veto au FMI par exemple), une pression péniblement supportée. « Aucun autre État ne pourra au cours des trente prochaines années disputer aux États-Unis la suprématie dans les quatre dimensions de la puissance : militaire, économique, technologique et culturelle » (1).
Un ami n’est-il pas celui à qui l’on peut dire ce que sa conduite nous inspire ? Que ses décisions sont au moins aussi graves pour l’humanité que les menaces annoncées ? Que sa propension à céder à la tentation d’un manichéisme expéditif pour décréter une fois pour toutes qui fait le Bien et qui est le Mal, puis abuser de sa puissance colossale pour imposer ses vues, indispose ? Que son unilatéralisme heurte le monde entier ? À côté de la force, dont l’emploi est parfois nécessaire, ne convient-il pas également de faire preuve de psychologie et de finesse ?
Observons les dérapages consécutifs au 11 septembre, et même antérieurs à cette date, avec le risque de jeter un éclairage plutôt cru sur l’exploitation de la lutte contre le terrorisme et de montrer une certaine préméditation…
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