Asie - Pakistan : retour difficile à la démocratie
Trois ans après son coup d’État, et conformément à ses engagements auprès de la Cour suprême, le général Pervez Musharraf a, le 10 octobre 2002, organisé des élections générales, après avoir procédé à plusieurs amendements de la constitution lui permettant de rester l’arbitre du pouvoir politique, et mis sur pied un parti politique chargé de le soutenir. Contrairement aux scrutins précédents, depuis le rétablissement de la démocratie en 1988, aucun parti n’a obtenu la majorité à la chambre basse.
Trois années difficiles
Le coup d’État du 12 octobre 1999, conduit sans effusion de sang, n’avait ému que la classe politique car le Parlement avait été suspendu et les activités politiques interdites. Le Premier ministre, Nawaz Sharif, était devenu très impopulaire, tant par la corruption de son régime que par sa dérive autoritaire. Il avait pris la décision de limoger son chef des armées en raison de la crise née de sa décision, en juillet, sous pression américaine, de faire abandonner les positions militaires occupées du côté indien de la ligne de démarcation entre les deux Cachemire. Le combat que le général Musharraf a entrepris pour lutter contre la corruption et la fraude fiscale n’a pas porté les fruits qu’il espérait. Son alignement obligé sur la politique américaine en Afghanistan, puis les mesures prises contre les mouvements extrémistes, lui ont aliéné les zones tribales, proches des taliban, et les mouvements islamistes qui opéraient au Cachemire indien et même parfois en Inde. Les partis traditionnels, en particulier les deux grands partis qui ont alterné au pouvoir après le rétablissement de la démocratie en 1988 : le Parti du peuple pakistanais (PPP) et la Ligue musulmane du Pakistan (LMP), dont les activités ont été suspendues après le coup d’État de 1999, ont formé une Alliance pour la restauration de la démocratie (ARD) s’opposant au pouvoir militaire.
La présidente du PPP, Benazir Bhutto, a été condamnée par contumace à cinq ans de prison le 15 avril 1999. Bien que la Cour suprême ait annulé le verdict et ordonné un nouveau procès, elle vit en exil volontaire en Grande-Bretagne. Son mari, Asif Zardani, condamné à la même peine est toujours incarcéré. Nawaz Sharif, accusé de tentative d’assassinat sur la personne du général Musharraf, a été condamné à la prison à vie le 6 avril 2000 pour piraterie aérienne, et pour terrorisme le 12 août suivant. Il a ensuite été autorisé à partir en exil en Arabie saoudite, accompagné des membres de sa famille et de quelques proches, avec interdiction de retour avant dix ans (1). Tout en luttant sur tous ces fronts à l’intérieur, le président du Conseil national de sécurité a dû gérer une grave crise militaire avec l’Inde, après que des terroristes venus du Pakistan y aient attaqué, le 15 décembre 2001, le Parlement de l’Union.
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