Sur cette guerre annoncée, conduite et commentée in vitro, tout est déjà dit, en temps réel, à moins que tout ne reste encore à dire, si suffisamment de temps nous est donné pour décortiquer un épisode déjà en passe d’être chassé par le suivant, le remodelage stratégique du Proche-Orient ou plus prosaïquement, par le Tour de France et autres divertissements d’été bien gaulois…
En prenant un peu de recul, et pour combattre quelques idées reçues, on peut avancer que cette guerre inévitable, inégale est restée incertaine, qu’elle est passée à côté d’un optimum stratégique et qu’il faut se garder d’en tirer trop de leçons en matière de technologie, de coalition et d’emploi de la force au XXIe siècle.
La guerre était annoncée depuis dix ans ; justifiée par des critères moraux, stratégiques et économiques, elle a toutefois été déclenchée sur des considérants militaires.
Légitimité
Déjà différée au moins deux fois, cette guerre entre les États-Unis et l’Irak était prévisible et somme toute inévitable, entre deux systèmes, « deux pays, qui ont des griefs et qui avaient tendance ou le goût d’en découdre », en paraphrasant Raymond Aron (1). En 1991 et par deux fois en 1998, la volonté américaine de mettre fin au régime dictatorial de Bagdad a été contrariée par l’action conjuguée d’acteurs extérieurs (le monde arabe et singulièrement la dynastie saoudienne d’abord, la communauté internationale ensuite). Seulement différée, cette entreprise a finalement puisé une nouvelle légitimité morale et politique dans la juste cause de la lutte contre le terrorisme qu’a déclenchée le défi du 11 septembre 2001. Nombre d’auteurs ont déjà montré le rôle décisif joué depuis quelques années par les promoteurs d’une utilisation résolue de la suprématie militaire américaine, éclairée par une vision messianique du rôle précurseur des États-Unis, et qui bénéficient depuis ces attentats de l’audience présidentielle. Voilà pour le fondement idéologique, désormais bien connu, de cette guerre ; mais il y avait également des éléments d’opportunité militaire.
Arguments militaires
La transformation méthodique du système des forces armées américaines entreprise depuis plusieurs années, notamment celle du corps des Marines progressivement modelé pour faire face aux combats asymétriques, l’arrivée à maturation d’instruments légers couplant directement et en temps réel information et frappe sélective, la présence résiduelle dans le théâtre arabique d’importants moyens militaires (commandement, soutien, renseignement) mis en place pour l’opération contre les taliban en Afghanistan, tout ceci militait pour une relance sans délai de l’action militaire au Proche-Orient.
Une guerre annoncée
Légitimité
Arguments militaires
Le déclenchement
Une guerre inégale
Un adversaire connu et surveillé
Un rapport de forces favorable
Des contraintes lourdes
Une guerre classique
Un état final recherché incertain
Une nouvelle combinaison stratégique
De nouveaux modèles
Contraindre à coopérer
Des leçons à ne pas tirer
Le poids de la technologie ?
Révolution ou évolution d’un art périmé ?
Vers un vrai concept de sécurité collective
Alliances ou coalitions ?
Preemptive action ou prévention des conflits ?