Le 11 septembre 2001 a propulsé le reste du monde sur la scène politique américaine. Cette date a représenté ce que Paul Johnson de la Hoover Institution a qualifié de « grand réveil des États-Unis » qui, pour la première fois, réalisaient que leur globalité n’était limitée par aucune frontière. Au lendemain du 11 septembre, l’Amérique bénéficiait d’un capital mondial de sympathie sans précédent. Le journal Le Monde titrait avec raison « Nous sommes tous Américains ». Près de trois années plus tard, l’Amérique est l’objet d’une contestation mondiale sans équivalent. Comment comprendre un tel phénomène sans expliquer que les néo conservateurs ont instrumentalisé la peur et tenté de transformer toute contestation interne en antipatriotisme et toute critique externe en antiaméricanisme.
Au moment où le monde se faisait hostile, l’école néo conservatrice a eu pour stratégie d’utiliser cette fenêtre d’opportunité pour passer de la posture hégémonique classique à celle de « benevolent empire » prétendant instaurer un nouvel ordre mondial. Avec l’élection présidentielle du 2 novembre, l’Irak risque toutefois d’être le champ d’expérimentation susceptible de remettre en cause la prétendue cohérence de cette nouvelle stratégie de puissance.
« Aucun peuple plus que celui des États-Unis n’est tenu de remercier et d’adorer la main invisible qui les a fait avancer » écrivait George Washington. Concrètement, depuis 1918, la diplomatie américaine a fluctué entre le « wilsonisme » de la quasi-totalité des administrations démocrates, qui souhaitent une Amérique dominante mais préservant un certain multilatéralisme, et le « jacksonisme », expression d’une longue tradition isolationniste.
En 1990, alors que se dessinait ce que Jean-Jacques Roche (1) appelait à juste titre « un empire sans rival », les États-Unis semblèrent hésiter à asseoir leur puissance et à engranger tous les bénéfices de l’effondrement de l’Union soviétique. L’observateur put alors penser que l’on assistait à un déplacement de l’affrontement entre États — hard power — vers la soft power, la domination par les valeurs.
Avec l’arrivée au pouvoir des néoconservateurs, la théorie de l’hégémonisme allait toutefois être revue. Hier, la doctrine de la primauté des États-Unis était le double produit du « hamiltonisme » et du « rooseveltisme ». Tenants du premier, Kissinger et Brzezinski ont toujours considéré les guerres comme inéluctables et l’existence d’un hégémon comme le moyen de maîtriser la violence internationale. Directement influencés par le rooseveltisme, les néoconservateurs se réfèrent à la fois à l’idéal de la morale et à l’anarchie internationale pour justifier la vision d’un monde sauvé par l’Amérique. Renforcer le primat des États-Unis, leur permettre d’exercer leur « destinée manifeste » théorisée dès 1845 par John L. O’Sullivan et faciliter l’émergence d’un impérialisme éclairé face à l’axe du mal constituent dès lors les fondements intellectuels des think tanks néo-conservateurs, de l’Heritage Foundation à l’American Entreprise Institute en passant par la Hoover Institution et la Rand Corporation. Le 11 septembre, authentique traumatisme pour l’Amérique, a été le fait légitimateur, dix ans après la bipolarité, permettant à l’Amérique de se vivre et de se projeter en « empire bienveillant ».
Le syndrome de la « destinée manifeste »
Une relation atypique à la volonté de puissance
Le 11 septembre au service de « l’empire du monde »
La Pax Americana des néoconservateurs
L’unilatéralisme comme tactique
L’imperium militaire comme moyen
L’hyperpuissance comme finalité
Le test de l’Irak : situation et paradoxes
Un mensonge « nietzschéen »
Un machiavélisme fourvoyé
La « sphère de la démocratie »
Entropie et néguentropie
L’avenir du « project for a new american century »
Vers un nouvel ordre mondial ?
L’alternative Kerry ?