La situation dans la province géorgienne d'Ossétie du Sud s'est fortement dégradée l'été dernier. En suscitant la reprise des combats autour de la ville de Tskhinvali, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili n'a-t-il pas rouvert la boîte de Pandore ? Sa stratégie visant la remise au pas de la province sécessionniste est-elle tenable à l'heure où la situation caucasienne semble de plus en plus volatile ? Et que penser des rumeurs sur la présence de « cosaques » dans les rangs ossètes, illustrant par là même la complexité du jeu russe dans la région ?
Vers une nouvelle guerre dans le Caucase ?
Carte Ossétie
Si les Ossètes du Sud revendiquent leur indépendance, c’est qu’ils ne se considèrent pas comme des Géorgiens. Descendants des Alains originaires d’Asie centrale, les Ossètes ont été contraints de se replier sur les versants montagneux du Grand Caucase aux VIIe et VIIIe siècles de notre ère, sous les coups de butoir des mystérieux Khazars au Nord et des Turcs Seldjoukides au Sud. Au Nord, ils se convertissent à l’islam sous l’influence des tribus kabardes et tché-tchènes, tandis qu’au Sud, ils sont rapidement christianisés par les Géorgiens. Ils occupent depuis l’un des seuls passages praticables permettant de relier la Géorgie à la Russie par la chaîne montagneuse du Caucase. Deux siècles de présence russe, puis soviétique, n’ont pas suffi à les assimiler totalement. À l’inverse de nombreuses minorités ethniques déportées par Staline pendant la Seconde Guerre mondiale, les Ossètes n’ont pas été déplacés. Il est vrai que Staline, Géorgien, avait une mère ossète… Prudent, il avait toutefois entériné la scission du peuple en deux entités distinctes. Les Ossètes du Sud bénéficièrent ainsi d’un statut de région autonome au sein de la République socialiste soviétique de Géorgie. Les Géorgiens considèrent quant à eux que le territoire sur lequel vivent les Ossètes du Sud leur appartient, puisqu’ils s’y sont installés douze siècles avant eux. Ils tolèrent une certaine autonomie des Ossètes, mais ils se sont toujours opposés à l’idée même d’une scission d’une partie de leur territoire historique.
De l’indépendance géorgienne à la guerre civile
Dès 1989 et les premiers signes de l’effritement de l’Union soviétique, la population d’origine ossète vivant en Ossétie du Sud demande son rattachement à la région autonome d’Ossétie du Nord ; 175 000 personnes vivent alors en Ossétie du Sud, dont 50 000 Géorgiens de souche. Bien que minoritaires, les Géorgiens multiplient les démonstrations de force et les provocations pour convaincre les indépendantistes ossètes de rentrer dans le rang ; sans autre résultat que celui de susciter un cycle de violence durable alimenté par des vendettas incessantes.
Le 20 septembre 1990, alors que le monde a les yeux braqués sur le Koweït récemment envahi par l’armée de Saddam, le Soviet suprême d’Ossétie du Sud proclame son indépendance et son rattachement à l’Ossétie du Nord. La direction soviétique tergiverse, avant d’envoyer finalement sur place des troupes du ministère de l’Intérieur. La riposte des responsables géorgiens est quant à elle foudroyante. L’électricité est coupée, d’importants contingents militaires sont envoyés sur place et Torez Kolumbegov, le chef de file des milices ossètes, est emprisonné. Les accrochages se multiplient entre milices des deux bords, faisant 33 morts en un mois. Mikhaïl Gorbatchev demande aux autorités géorgiennes de faire preuve de modération, mais il est déjà trop tard. Surfant sur une puissante vague nationaliste, Zviad Gamsakhourdia est élu président de la république de Géorgie en mars 1991, après un référendum qui consacre l’indépendance officielle du pays. La rupture avec l’URSS moribonde est consommée. Le nouveau président, autoritaire et populiste, intensifie les combats en Ossétie du Sud pour tenter de ramener la province sécessionniste dans le giron géorgien. Ces combats durent plusieurs mois et font plus de 500 morts dans les deux camps, sans aboutir à un résultat décisif. 10 000 Ossètes quittent le pays pour se réfugier en Ossétie du Nord, tandis que 5 000 Géorgiens fuient la région pour se réfugier dans la banlieue de Tbilissi. Parallèlement, une véritable guerre civile se développe à travers le pays entre partisans et opposants du président Gamsakhourdia. Ce dernier est finalement chassé du pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire, en janvier 1992, qui permet le retour à Tbilissi d’Édouard Chevardnadze. Après l’échec de pourparlers avec Oleg Teziyev, le nouvel homme fort de Tskhinvali, Chevardnadze relance les opérations militaires, sans grands succès…
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