L’intelligence économique est-elle devenue enfin un concept opérationnel ? Depuis son lancement en 1992, la démarche française d’intelligence économique a vécu des hauts et des bas sans pour autant suivre le cycle de vie d’un effet mode. Aujourd’hui, les signes d’un début de passage à l’acte sont perceptibles aussi bien du côté de l’État que dans le monde de l’entreprise. Il reste encore de nombreux obstacles à franchir pour que les centres de décision publics et privés optent pour une approche globale du management de l’information et du renseignement. Cet article n’est qu’une amorce de réflexion sur une problématique vitale pour préserver la sécurité du développement économique de notre pays.
Intelligence économique : le passage à l'acte
L’affirmation d’une intelligence économique (IE) « à la française » est née des mutations générées par la fin de la guerre froide et l’émergence de la société de l’information. Cette discipline, dans sa perspective historique, s’est développée dans des conditions particulières, tant les obstacles culturels qui prévalaient étaient élevés. Ainsi, il a d’abord fallu remettre en cause les dogmes et notamment invalider les théories de la valeur de l’information. Les décideurs institutionnels et les dirigeants d’entreprise français ont toujours considéré l’information « fermée » comme la plus utile car immédiatement appréhendables par les opérationnels. Cette focalisation sur l’accès aux secrets industriels a longtemps bloqué le débat sur l’évolution des modes de management de l’information. Ainsi, était-il nécessaire d’élaborer un modèle distinctif qui intègre les ruptures contextuelles et démontrant la pertinence de l’information dite « blanche » dans le développement global des organisations.
L’acte fondateur de l’IE (le rapport Martre) répondait moins à une volonté de redéfinir les objectifs de puissance de notre pays, qu’à la tentative de lutter contre l’érosion de la compétitivité économique de notre pays. Nous avons donc observé l’affirmation d’une pédagogie par la contrainte destinée à expliciter, voire justifier les enjeux du recours généralisé aux sources ouvertes. Dès lors, un clivage naturel s’est opéré entre la problématique du renseignement (le métier, ses pratiques et ses hommes) et celle de l’intelligence économique.
Cet article, fondé sur l’observation de ces deux univers pendant une quinzaine d’années, propose d’étudier les facteurs qui explicitent le clivage qui perdure entre ces deux approches. Il milite pour une convergence théorique et de fait pour que la stratégie l’emporte sur le cloisonnement et la pesanteur des procédures techniques ou administratives.
Il reste 88 % de l'article à lire
Plan de l'article






