L’amiral Marcel Duval complète son article sur la géopolitique de l’énergie, en appelant l’attention sur le poids qu’y prend depuis peu le Grand Nord : avec le gaz sibérien (Baltique), le gaz norvégien (mer de Barents) et le pétrole de l’Alaska.
La géopolitique de l'énergie fait mouvement dans le Grand Nord
Récemment, nous avons présenté aux lecteurs de cette revue les données de la géopolitique de l’énergie contemporaine, en mettant l’accent sur celle d’origine pétrolière, puisque c’est elle qui est le plus souvent la source des crises politiques de notre époque (1). Ici, nous voudrions appeler leur attention sur la constatation que cette géopolitique du pétrole est en train de faire mouvement vers le Grand Nord, et cela en raison du chaos qui se développe au Moyen-Orient, et aussi des problèmes politiques auxquels est confrontée la Russie, que ce soit en Tchétchénie et en Ossétie du Nord, et depuis peu dans ses relations avec l’Ukraine.
Méditerranée
Précédemment, nous avions déjà eu l’occasion, à propos de l’Iran, de noter que la géopolitique du pétrole avait tendance à faire mouvement en direction de la Méditerranée. En effet, alors qu’on venait d’y découvrir aux abords de la mer Caspienne des gisements très prometteurs de gaz naturel, dont la Chine et l’Inde auraient certainement été volontiers consommateurs, les dirigeants de la République islamique avaient décidé de prévoir son acheminement en direction d’un port turc de Méditerranée ; et cela en raison, pour la Chine, de la situation politique déjà troublée au Kirghizstan et qui s’est déplacée depuis en Ouzbékistan ; et, pour l’Inde, parce que le Pakistan s’y opposait.
Or, il se trouve que c’est aussi la solution du port turc de Méditerranée que vient d’adopter l’Azerbaïdjan (et à laquelle vont se rallier probablement aussi les autres États ex-soviétiques des abords de la mer Caspienne). En effet, au moment où nous écrivons ces lignes, on apprend l’inauguration dans le port turc de Ceyhan (dans le golfe d’Adana, en face de Chypre) du terminal d’un oléoduc long de 1 700 km et ayant coûté plus de 10 milliards de dollars, lequel a été financé par un consortium international présidé par British Petroleum, et avec l’appui officiel des États-Unis. On peut d’ailleurs penser que ce sont eux qui en seront le principal client, puisque les pays européens riverains de la Méditerranée sont déjà ravitaillés en pétrole et en gaz naturel, nous l’avons vu, à partir de la Libye et de l’Algérie. Cette hypothèse américaine est d’ailleurs renforcée par les constatations que sont en construction aux États-Unis des méthaniers géants dont on voit mal où ils pourraient être utilisés ailleurs, sinon aussi dans le Grand Nord.
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