La pensée stratégique française oscille volontiers entre inertie auto satisfaite, suivisme fataliste et alarmisme irraisonné. Que sont l’autonomie et la clairvoyance devenues qui permettaient aux Français de garder leur sang-froid, même par gros temps. Ainsi en va-t-il des défis terroristes, de la question nucléaire iranienne et des débats sur la question turque. Regardons la situation actuelle avec des lunettes stratégiques différentes (correctrices ou incorrectes ?) et tâchons de raison stratégique garder.
L'altérité comme facteur stratégique
Otherness as a strategic factor
French strategic thinking today swings readily from self-satisfied inertia through fatalistic conformity to irrational alarmism. What has happened to the clear-sighted self-sufficiency which allowed the French to maintain their sang-froid, even in difficult times? It is the same story with the terrorist challenge, the Iranian nuclear issue and the debate on the Turkish question. Let us look at the current situation through new strategic spectacles (with corrective, or politically ‘incorrect’ lenses?) and let us try to stay within sensible strategic limits.
Le terrorisme massif déconcerte, à juste titre. S’il avait été le fait d’une structure opérationnelle unique, un « néofascisme vert » organisé ayant un unique but de guerre, l’affaire aurait été réglée. Mais le 11 septembre 2001, peut-on déjà le dire, est au départ une affaire américano-saoudienne qui, par des répliques inattendues, a fini par occuper l’espace psychologique libéré par la disparition du monde soviétique. Nouvelle guerre mondiale ? À voir.
Le débat américain sur la pertinence de la Global war on terrorism révèle de fait une dramatique confusion. En réalité, la question que pose ce terrorisme diffus qui a marqué bien des sociétés avant les nôtres, est celle de l’altérité comme facteur stratégique, comme vecteur de violence. Celui qui ne trouve pas ou plus sa place dans la société finit par la revendiquer, par l’exiger. Celui qui veut imposer sa voie mais ne peut recourir à la guerre conventionnelle poursuit sa politique par d’autres moyens. Or, notre village planétaire abrite bien des marginaux du progrès, de la solidarité, de la dignité ; de plus, les réfractaires au moule unique qu’un nouveau « colonialisme démocratique et libéral » veut généraliser sont de plus en plus solidaires. On sait les articulations qui existent entre un islam intégriste à la recherche de débouchés modernes et une communauté de déracinés constituée au hasard d’un web qui offre en plus de leitmotive politiques et de tactiques de guérilla, la garantie d’une récompense dans l’au-delà. Face aux attentats aveugles dans le monde occidental, pas de guerre ni conventionnelle ni spéciale, mais une double politique : d’un côté, assainissement interne, économique, social et religieux, pour offrir plus d’espace à l’Autre ; de l’autre, coopération judiciaire externe sans faille pour mettre au pas ceux qui refusent de s’intégrer dans leur société occidentale d’accueil.
En 2005, les terroristes ne passent plus les frontières et les camps d’entraînement sont virtuels ; c’est donc nos sociétés qu’il faut protéger et non plus nos frontières. La sécurité des citoyens exige du « hors-piste » (1) : lutte coordonnée des forces spéciales, des policiers et des juges, engagement des travailleurs sociaux et réveil des sentiments de solidarité et de cohésion ; et tant pis pour les utopistes du « tous gentils » et les rêveurs de sociétés post-nationales. Il faut redevenir endurants et stoïques et accepter que nos sociétés soient affectées par cette épidémie terrible, mais somme toute supportable, qu’est cette forme de terrorisme « inspiré », moins destructeur que tsunamis, ouragans et tremblements de terre. Et tant pis pour les Cassandre qui font leurs choux gras de l’hyperterrorisme et de ses ramifications supposées.
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