Gendarmerie et sécurité intérieure - Le territoire dans les politiques de sécurité
La diffusion des modes de vie et des valeurs de la société de consommation, ainsi que les progrès considérables dans le domaine des moyens de mobilité et de communication, ont singulièrement réduit les clivages pouvant exister entre les mondes urbain et rural. En voiture, avec le téléphone, voire le réseau Internet, il ne faut ainsi que quelques minutes, voire quelques fractions de seconde pour franchir les kilomètres séparant un important centre urbain d’un village de montagne. Ce phénomène a conduit à un obscurcissement de la frontière entre le rural et l’urbain, les comportements des villageois tendant à se rapprocher de ceux des citadins, notamment en matière de consommation ou de demande de services publics et d’équipements.
Le secteur de la sécurité représente une illustration saisissante de ce « continuum » entre ruralité et urbanité, la violence, la déviance et la peur ne connaissant guère les délimitations physiques et humaines, pas plus que les principes de répartition territoriale. Pour ne donner que quelques exemples, citons ainsi les problèmes posés par l’augmentation de la population de certaines communes rurales ou balnéaires liée à l’afflux de touristes ; ou encore, compte tenu de la mobilité de la délinquance, la recrudescence des cambriolages dans des zones rurales où abondent logements pavillonnaires et résidences secondaires appartenant à des citadins ; sans oublier la menace parfois évoquée de voir de paisibles villages être utilisés comme bases arrière par les malfaiteurs ou les terroristes.
Les (trois) territoires de l’insécurité
Ce constat conduit à poser la question de la pertinence du critère du territoire dans l’appréhension et la réponse à l’insécurité. Sur un plan plus général, l’importance de la mobilité sociale et physique, des déplacements dans la vie quotidienne des Français, qu’il s’agisse des trajets domicile-lieu de travail ou domicile-lieux de loisirs et de villégiature, suppose de concevoir le territoire dans une logique non de sédentarisation, mais de polarisation, d’attraction et de zones d’influence. Aussi, l’observation conduit-elle à relativiser toute approche purement sectorielle, qu’il s’agisse d’opérer des distinctions tranchées entre campagnes et villes ou entre les diverses composantes de l’environnement urbain. En effet, si les statistiques produites par les forces de Police et de Gendarmerie permettent d’établir une cartographie des infractions (uniquement) constatées, il n’en est pas de même s’agissant de leurs auteurs (sous réserve de ceux « mis en cause » pour les faits élucidés) et de leurs victimes.
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