Depuis quarante ans, la Turquie est dans l’expectative d’une adhésion communautaire qui lui permettrait de relancer la modernisation initiée par Atatürk. L’Europe ne peut cependant répondre que partiellement aux attentes d’Ankara et éprouverait des difficultés majeures à intégrer cette nouvelle composante. Il convient donc de mesurer les aspirations des différentes parties à l’aune de leurs capacités d’adaptation pour dessiner, au terme d’un processus imaginatif, un avenir susceptible de répondre aux identités et intérêts de chacun.
Quel avenir pour la Turquie ?
What does the future hold for Turkey?
For forty years Turkey has been hoping to join the European Community, which would allow it to renew the modernisation initiated by Kemal Atatürk. Europe, however, can only partially provide the means to fulfil these hopes and would experience major difficulties in accepting this new member. It is therefore necessary to define the aspirations of the different parties by the yardstick of their abilities to adapt, and to be imaginative in trying to work out a possible way ahead which would meet the needs and interests of everyone involved.
Les débats électoraux ne permettent pas toujours de se faire une idée exacte de certains enjeux. L’adhésion éventuelle de la Turquie à l’Union européenne en est un exemple : ce pays est mal connu et la forte communauté immigrée en Europe suscite des interrogations et même quelquefois des jugements à l’emporte-pièce. Le cadre est alors planté pour une récupération politique, voire populiste, s’appuyant sur la méconnaissance et les fantasmes.
Pour élaborer un jugement fondé, il convient de naviguer à travers la Turquie, de découvrir sa capitale politique, d’explorer son cœur économique et culturel, puis de parcourir les contrées anatoliennes pour percevoir la richesse et la complexité du patrimoine turc, source de positions aussi variées que radicales en Europe. C’est à l’aune de ces réalités que, dans un deuxième temps, peuvent être évalués le processus d’intégration communautaire et ses chances de succès. Il faut alors laisser toute sa place à l’imagination.
Ankara, d’abord. Ville jeune à l’américaine, composée de buildings et de voies rapides, avec des quartiers comprenant autant d’immeubles en construction qu’occupés, repoussant vers de nouvelles périphéries les masses issues de l’exode rural. Tout est carré, propre, organisé… sévère. Pas de centre historique, mais un mausolée d’Atatürk néoclassique imposant, avec des gardes parfaitement immobiles pendant des heures. Au cœur de l’Anatolie asiatique, il s’agit bien d’une ville européenne, sous contrôle serré. Peu de femmes voilées, mais un Atatürk omniprésent dans les rues (statues, effigies, bustes, photos) comme dans les esprits (références permanentes à l’héritage kémaliste), qui rappelle que ce jeune pays, fondé en 1923, a décidé une fois pour toutes de rompre avec son passé ottoman et d’adopter les valeurs occidentales, l’alphabet occidental, le calendrier occidental, le costume occidental. Cette entrée dans la modernité tient au génie d’Atatürk et force l’admiration, mais laisse aujourd’hui peu de place à la nuance. Le courant réformiste n’arrive pas à percer.
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