Le livre de Christian Malis, Raymond Aron et le débat stratégique français : 1930-1966, paru aux Éditions Économica en 2005, donne une lecture claire et didactique de l’œuvre de Raymond Aron dans le domaine des affaires militaires et stratégiques.
Parmi les livres - Aron et le débat stratégique français
Aron and the French strategic debate
Raymond Aron et le débat stratégique français: 1930-1966 (Raymond Aron and the French Strategic Debate 1930-1966) by Christian Malis, published by Editions Economica, 2005. The book gives a clear and edifying review of the works of Raymond Aron in the military and strategic fields.
Tout en étant inséparable de la réflexion fondamentale qui a accompagné les efforts de notre pays pour se doter d’une force de frappe crédible et autonome ainsi que de la pensée stratégique du XXe siècle, Raymond Aron a été écarté de l’action politique directe. Il l’a été naturellement pendant sa période d’apprentissage qui va des années 30 jusqu’au milieu de la guerre ; mais il l’a été aussi, d’une façon plus déterminée, lors de la mise sur pieds de la force de frappe, par un de Gaulle avant tout soucieux de doter la France d’un atout politique fort, quels que fussent les considérations techniques, les priorités accessoires et le poids des alliances.
Au fil d’une remarquable mise en perspective des travaux du spectateur engagé sur plus de 35 ans (1930-1966), l’auteur aborde tous les moments du débat stratégique français. De la dépression pacifiste des années 30, où Raymond Aron découvre « que les lois de la politique internationale étaient en grande partie régies par des rapports de forces », jusqu’au grand débat des années 60, qui clarifie et précise les éléments fondamentaux de la politique nucléaire nationale ; en passant bien sûr par une sérieuse réflexion sur les causes de la défaite, le statut de la France dans un environnement international profondément bouleversé au détriment de l’Europe, les relations complexes de la France avec les États-Unis et l’Alliance, les conditions de son redressement (la priorité reste à la prospérité par rapport au réarmement), comme l’implacable constat de l’abaissement du pays ininterrompu « depuis la défaite de 1870 » malgré le succès des « 30 glorieuses » et l’action déterminée du général de Gaulle pour rétablir « le rang ».
C’est aussi à une remarquable leçon d’intelligence des problèmes stratégiques d’aujourd’hui comme de demain, particulièrement dans le domaine nucléaire, que nous convie l’auteur. Arme d’emploi, ou de dissuasion du « faible au fort » jusqu’au suicide, mais aussi du « fort au fou » ou avant tout instrument éminemment politique, prolifération, miniaturisation, partage de la « clé » et construction européenne, leadership américain et indépendance nationale, autant de questions qui restent d’actualité. Sans oublier les forces conventionnelles et la lutte contre la guérilla « un des démiurges du siècle » en passant par les non-sens politiques de la guerre psychologique. Toute réflexion que Raymond Aron a menée à son terme avec une précision clinique au travers de nombreux ouvrages et des milliers d’articles dans la presse quotidienne, comme le Figaro, ou dans des périodiques spécialisés comme la revue Défense Nationale. Tout au long de son ouvrage C. Malis fait référence à cette énorme production avec la sérieuse minutie d’un thésard. Les futurs acteurs d’une inévitable relance de la réflexion sur la « force de frappe » et l’autonomie stratégique de la France ou de l’Europe, et pourquoi pas des deux, auront, en lisant les écrits de Raymond Aron, de remarquables références débarrassées des scories, des effets de mode et du prêt-à-penser du moment.
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