James Howard Kunstler : La fin du pétrole, le vrai défi du XXIe siècle ; Plon, 2005. Robert Dautray : Quelles énergies pour demain ? ; Odile Jacob, 2005. Jean-Marc Jancovici, Alain Grandjean : Le plein s’il vous plaît ! La solution au problème de l’énergie ; Seuil, 2006.
Parmi les livres - Scénarios pour l'après-pétrole
Dans ses vœux pour l’année 2006 aux « forces vives de la nation », le chef de l’État indiquait : « L’après-pétrole est un des enjeux majeurs du siècle ». On ne peut manquer de faire le rapprochement entre cette expression et le titre du premier ouvrage cité, même s’il s’agit d’une pure coïncidence due à une traduction pusillanime du titre américain : The Long Emergency. Whats’s going to happen as we start running out of cheap gas to guzzle ?
Pour l’auteur, écrivain américain « grand public », la question du pétrole n’est pas un des enjeux du XXIe siècle mais bien le plus important sinon le seul. Pour lui, après un siècle et demi (1859) d’exploitation des ressources pétrolières, la production mondiale va atteindre son pic de production (le fameux pic de Hubbert) d’ici à 2010. À partir de là, cette production ne pourra que continuer à décliner et, si le tarissement final n’est pas pour demain, on conçoit en revanche que, compte tenu de la croissance continue et parallèle de la demande (la Chine — 2e importateur derrière les États-Unis —, l’Inde, le Brésil…), ce déséquilibre va très rapidement entraîner des problèmes de toute nature. Avec l’augmentation des prix d’abord, puis les ruptures d’approvisionnement et les pénuries, les troubles sociaux et les conflits internationaux vont se multiplier ; que font les troupes américaines au Moyen-Orient, sinon tenter de sécuriser les ressources ? reconnaît l’auteur. Dans tous les cas de figure, l’ère de l’énergie abondante et à bon marché est terminée et les habitants des États-Unis qui en sont les premiers dépendants, sinon intoxiqués, vont en souffrir le plus. Partout, il faudra trouver des boucs émissaires à cette situation parfaitement prévisible mais impensable et l’auteur anticipe le retour des régimes forts et totalitaires, sans parler des migrations de populations dues à la « redésertification » de certaines régions. Approchant la soixantaine et supposant qu’il vivra encore quelques années, il envisage qu’il lui faudra apprendre à vivre un peu à la façon des Amish (pas d’électricité, pas de voiture).
Il étudie, séparément et longuement, toutes les solutions alternatives connues mais, partout, il arrive à la conclusion qu’aucune ne peut remplacer le pétrole dans toutes ses fonctions actuelles, et en particulier permettre de maintenir la civilisation de l’automobile. Il insiste ainsi fortement sur le problème des « rendements décroissants » ; la production des combustibles de substitution (pétrole synthétique, production d’hydrogène, biomasse…) nécessite en effet un énorme investissement énergétique préalable, sans parler des conséquences sur l’effet de serre. Il rappelle ainsi qu’en 1930, il suffisait de consommer l’énergie équivalente à celle d’un baril de pétrole pour en extraire vingt. Aujourd’hui, si on mettait en chantier l’exploitation des énormes stocks de schistes bitumineux, le rapport, indépendamment des problèmes écologiques, ne serait plus de 20 pour 1, mais de 3 pour 2… Il rappelle par ailleurs que la réalisation de nombreux matériaux nécessaires à la mise en œuvre de procédés de substitution dépend largement du pétrole. Ainsi, sans pétrole, sera-t-on capable de fabriquer et entretenir les pales d’éoliennes, les panneaux solaires… ?
Il reste 74 % de l'article à lire






