Les événements du mois de novembre 2005 ont ravivé les débats autour du service national. Sachant qu’un même objet peut être approché sous des angles divers, cet article n’a d’autre prétention que de faire part d’une certaine expérience du service national et de montrer qu’il n’est pas forcément, dans la forme qu’il a revêtue, la solution la plus pertinente au problème actuellement posé.
Service national et crise des banlieues
National service and the crisis in the suburbs
The events of November 2005 have revived the debate about National Service. Given that the same issue can be addressed from different angles, this article makes no claims other than to share some experience of National Service, and to point out that it is not necessarily, in its new form, the most relevant solution to this current problem.
La crise des banlieues a constitué le révélateur d’un « mal-être », assez ancien au demeurant, de notre société. Dans la presse, le recours à des solutions connues, et notamment le rétablissement du service national, est très souvent plaidé. Pour autant, a-t-on analysé réellement le fond du problème ? A-t-on vérifié si le simple rétablissement du service national permet d’y faire face ? Et dans bien des cas, a-t-on examiné ce qu’était le service national, sous sa forme précédente et au quotidien ? Il semble qu’il ne faille pas confondre ce qui relève du domaine des moyens de ce qui relève de celui des objectifs. Il est peut-être plus sage de créer de toutes pièces les « voies et moyens » pour atteindre un objectif clairement identifié que d’appliquer des solutions connues pour leur capacité à répondre de façon parfaitement efficace à une finalité totalement différente.
Du service national
Il en va des États comme de toutes les organisations. Dès lors qu’il y a nécessité de répondre à un besoin, deux solutions s’offrent : externaliser (s’agissant de défense, les Suisses autrefois, les sociétés militaires privées en Irak actuellement) ou se doter, en propre, des structures et des ressources humaines et matérielles permettant d’y faire face (un outil de défense dans le cas évoqué). Lorsqu’un État fait ce dernier choix, il peut réaliser les ressources humaines nécessaires de deux manières : la contractualisation sur la base du volontariat ou le travail obligatoire (industrie de défense en cas de guerre par exemple). Le service national n’est donc, au fond, qu’un mode de réalisation des ressources humaines, et une forme légale du travail obligatoire, permettant de répondre à une finalité particulière : la défense de la Nation. Il n’était donc qu’un moyen au service d’un objectif. Poser les termes de sa finalité clarifie le débat, apporte des réponses à certaines interrogations et évite les erreurs d’appréciation.
Service militaire
Disposer, dès le temps de paix, d’une armée aux effectifs suffisants et à un coût supportable par la Nation pour faire face aux menaces pesant sur le pays constituait la raison d’être du service national ; par exemple dans le cadre de l’Otan, contre une éventuelle attaque de l’Europe de l’Ouest par le pacte de Varsovie. Il était donc essentiellement militaire même s’il permettait d’atteindre d’autres objectifs. Pour préserver l’égalité face à cette obligation tout en répondant à certains besoins de la nation (1), des formes alternatives de service ont été développées : coopération, service national en entreprise, service militaire adapté… Ces formes civiles de service ne concernaient qu’un nombre restreint d’individus, les besoins de la défense étant prioritaires (2).
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