Les critiques diplomatiques françaises autour d’une Otan tendant à devenir une organisation « attrape tout », sinon « le gendarme du monde », vont de pair avec le refus répété de revenir dans les organes intégrés de l’Alliance. Aujourd’hui, la France refuse d’être repliée sur elle-même, tant sur le plan militaire, opérationnel, doctrinal et technologique. Il existe bien des niches de rapprochement, des jeux d’influences, des tentatives de partages, des interactions doctrinales. Il s’agit de poser ses marques au sein même de l’Otan. Le « jeu » français de la concurrence entre organisations Otan-UE, puis la stratégie du balancier ont fait place à une plasticité diplomatico-militaire imposant de « travailler » dans l’esprit d’une complémentarité entre l’Alliance et l’Union européenne, de s’assurer d’une place dans le commandement de coalitions de circonstance et d’acquérir un savoir-faire aux côtés des Américains si nécessaire lors d’opérations particulières.
La France et l'Otan : entre méfiance politique et rapprochement doctrinal
France and NATO: between political distrust and doctrinal rapprochement
French diplomatic criticism of a NATO which is tending to become a sort of catch-all organisation, if not the ‘world policeman’, is consistent with France’s repeated refusals to rejoin NATO’s integrated military structure. But these days France declines to turn in on itself, whether in the military, operational, doctrinal or technological fields. There exist points of consensus, areas of influence, attempts to share, doctrinal interactions. It is a question of marking out its territory inside NATO itself. The French ‘game’ of competition between NATO and the EU, and then the strategy of swinging towards one and then the other, have been succeeded by the military and diplomatic flexibility of working in a spirit of complementarity between the Alliance and the European Union, of making sure of command appointments on an opportunity basis, and if necessary of acquiring experience from the Americans in specific operations.
Mars 1966. Il y a quarante ans, le général de Gaulle annonçait officiellement l’intention de la France de se retirer de la structure militaire intégrée de l’Otan. Anniversaire aujourd’hui des plus discrets dès l’instant où Paris a engagé, parallèlement à la « montée en force » de la PESD, un rapprochement vis-à-vis de l’organisation atlantique. La crise franco-atlantique est bien loin et le nouveau paysage post-11 septembre a imposé davantage de flexibilité dans les perceptions.
Reste que les interrogations sont toujours bien présentes même si parfois les débats sont plus des querelles de mots que des querelles de fond, et bien des déclarations françaises tournent autour de l’idée que la complémentarité doit être de mise. Le ministre délégué aux Affaires étrangères, Catherine Colonna, balisait néanmoins les frontières de compétence, estimant que « l’Alliance doit rester fidèle à sa vocation originelle, essentiellement militaire, et ne peut donc devenir le lieu exclusif des débats transatlantiques », et ne pas se disperser alors que d’autres organisations disposent de l’excellence dans les domaines concernés. De son côté, lors de la Wehrkunde le 4 février 2006, le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, souhaitait clarifier les particularités respectives des actions de l’Otan et de l’Europe de la Défense, en lançant l’idée d’une sorte de partage des tâches : la première organisation pour les actions lourdes et longues avec participation américaine ; la seconde pour les opérations « coup de poing » qui demandent moins de moyens mais davantage de souplesse, y compris les actions civilo-militaires.
Les interrogations
D’autres divergences entre la France et l’Otan apparaissent au fil des crises.
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