La victoire de M. Kadima aux dernières élections israéliennes traduit une tendance dont participent la barrière de sécurité et l’évacuation de la Bande de Gaza, décidées par les gouvernements successifs d’Ariel Sharon. Au-delà de ce choix politique, les citoyens israéliens ont ainsi décidé de vivre séparément de leur voisin palestinien ; ce qui va modeler pour les décennies à venir l’atlas géostratégique du Proche-Orient. Cet infléchissement politique, conséquence directe de l’augmentation de la violence depuis le début de l’Intifada Al-Aqsa, conduit à s’interroger sur la validité du modèle stratégique israélien qui s’est constitué empiriquement au fil des victoires sur les armées arabes.
Obsolescence ou actualité du modèle stratégique israélien ?
Obsolescence or relevance of the Israeli strategic model?
The victory of Kadima in Israel’s recent elections illustrates a tendency, elements of which are the security barrier and the evacuation of the Gaza Strip, decided by successive governments led by Ariel Sharon. Going beyond this political choice, the citizens of Israel have thus decided to live separately from their Palestinian neighbour–a fact which will influence the strategic atlas of the Middle East for decades to come. This political reorientation, a direct consequence of the increase in violence since the beginning of the Al-Aqsa intifada, leads us to question the validity of the Israeli strategic model, which has been fashioned empirically following successive victories over Arab armies.
« Qu’Israël se considère comme le David du Moyen-Orient en lutte contre le Goliath arabe, voilà la réalité vécue que nous devons intégrer à notre analyse si nous voulons serrer au plus près la stratégie israélienne dans les territoires occupés, et surtout la saisir de l’intérieur. » Alain DIECKHOFF
En l’espace de quelques décennies, l’État hébreu a su forger un outil militaire capable de faire face à des menaces de type conventionnel. Un outil dont la composante armée est constitutive de la nation israélienne, participant de son identité, et dont le pôle industriel est devenu un des fleurons de l’économie nationale. Parallèlement à la construction de cet appareil militaro-industriel, qui hisse Israël au rang de première puissance du Proche-Orient, se dégagent les axiomes d’un paradigme stratégique guidant les concepts d’emploi des forces armées et constituant un modèle à part entière ; largement consubstantiel à l’environnement hautement belligène dans lequel évolue l’État hébreu depuis sa création en 1948. Si pendant une première période de conquête et de consolidation (de 1948 à la première Intifada), le modèle stratégique israélien fonde son efficience sur la guerre conventionnelle, il peine aujourd’hui à trouver une pertinence dans un environnement fait de guerre urbaine, d’attentats terroristes et dans lequel la menace est diffuse. Après avoir pris la mesure des principes directeurs de ce modèle stratégique, il convient de s’interroger sur son évolution actuelle.
Les constantes de l’environnement géostratégique de l’État hébreu
Un environnement hostile
Il existe une disparité démographique structurelle entre l’État d’Israël et ses adversaires ; faiblesse qu’il tente de compenser avec un apport migratoire (3 millions de personnes environ, phénomène de l’Aliya). A contrario, les États voisins n’ont pas accompli leur transition démographique, et cette situation est poussée à l’extrême dans les territoires palestiniens — Bande de Gaza et Cisjordanie — où l’on rencontre un taux de natalité près de quatre fois supérieur à celui d’Israël (1). Le déséquilibre démographique est patent au regard de la Syrie et de l’Égypte, mais plus favorable par rapport au Liban et à la Jordanie, dont les démographies sont plus hétérogènes, de dimension équivalente, mais au potentiel de mobilisation et d’équipement militaire moindre (2).
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