Le cinquantenaire du Traité de Rome fait croire à celui de l’Europe. C’est que, sur la scène bruxelloise, le décor ni les costumes n’ont changé et qu’à l’enseigne du théâtre brille toujours le mot « Europe ». On en oublie simplement que c’est une autre pièce qui s’y joue.
Un cinquantenaire et les ruses de l'histoire
A fiftieth birthday and the quirks of history
The fiftieth anniversary of the Treaty of Rome and, we are led to believe, that of Europe. On the Brussels scene, neither the back drop nor the costumes have changed, and the sign shining outside the theatre still spells the word ‘Europe’. One simply forgets that it is a different production that is being staged.
Le Traité de Rome a cinquante ans, c’est un fait. De là à célébrer le cinquantenaire de l’Union européenne, il y a un pas à ne pas franchir sous peine de faire mentir l’histoire de l’Europe et de travestir sa réalité d’aujourd’hui, de faire injure au passé et de se tromper sur le présent.
Faire injure au passé
Il y a une histoire sainte de l’Europe composée et sans cesse enrichie par de zélés hagiographes. Elle a, comme l’autre, ses patriarches et ses prophètes, ses textes sacrés et ses Mers Rouges traversées à pied sec, ses errances au désert et sa Terre Promise ruisselante de lait et de miel ; comme l’autre, elle est l’accomplissement infaillible d’un immuable dessein. Cette histoire est belle, édifiante et remplie de merveilles ; son seul défaut est de n’avoir que de lointains rapports avec la réalité.
L’Europe d’aujourd’hui porte le même nom que l’Europe des origines, mais elle n’en est pas la fille ; elle n’achève ni même ne prolonge quelque chose qui aurait commencé par le Traité de Rome ; elle en a pris le contre-pied et elle en est la contrefaçon. Quiconque imagine le contraire n’a pas connu l’Europe du Marché commun ou bien doit en avoir perdu le souvenir. Cette Europe-là avait l’ardeur de la jeunesse, mais déjà aussi la sagesse de l’expérience. Pour avoir vu la Communauté européenne de défense (CED) exploser en vol, et laissé sur le pas de tir une Communauté politique européenne incapable de décoller, elle était guérie pour longtemps des tentations de l’utopie. Plutôt que de s’en remettre à nouveau à une haute autorité, les États avaient décidé de garder les choses en mains ; ils confièrent à une Commission de personnalités indépendantes la baguette du chef d’orchestre, mais seulement pour diriger la musique dont ils avaient pris soin d’écrire eux-mêmes la partition ; et dès qu’elle prétendit s’en écarter pour improviser un morceau de son cru, elle fut vertement remise à sa place.
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