Extraits du discours de George W. Bush, président des États-Unis, à l’OCDE, le 13 juin 2008 (www.ocde.org).
Une nouvelle ère transatlantique
A new transatlantic era
Extracts from a speech by President George W. Bush to the Organisation for Economic Cooperation and Development, Paris, 13 June 2008; www.ocde.org
L’amitié qui lie l’Amérique à la France n’a jamais été ébranlée. L’histoire récente a montré qu’aucun désaccord ne peut affaiblir les liens profonds entre nos deux nations. La France est la première amie de l’Amérique.
Depuis des siècles, nos nations sont restées unies dans les épreuves, de la Marne au long hiver de la guerre froide en passant par Omaha Beach. Après le 11 septembre 2001, un grand quotidien français titrait « Nous sommes tous Américains » (1). L’Amérique ne l’oubliera jamais. Elle est reconnaissante envers le peuple français. Nous sommes fiers de vous appeler nos amis et notre alliance traversera l’épreuve du temps.
Plan Marshall
Nous sommes réunis pour commémorer un événement de l’histoire de cette alliance, le 60e anniversaire du lancement du Plan Marshall. En 1948, le dispositif législatif destiné à financer cet effort sans précédent fut approuvé par le Congrès des États-Unis et entériné par le président Truman. C’est ici même, au château de la Muette, que se trouvait le siège de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) qui mit en place le Plan Marshall afin de promouvoir les économies libérales et l’ouverture du marché dans toute l’Europe.
C’est en partie grâce à cette organisation et à l’assistance qu’elle offrait que l’esprit européen a pu être renouvelé. C’est en partie grâce aux fonds qu’elle distribuait que l’économie européenne a pu renaître. C’est ici que furent écrits les premiers chapitres de l’unité européenne, une histoire de coopération qui donna naissance à des institutions comme l’Otan et l’Union européenne, ainsi qu’à l’organisation qui porte aujourd’hui l’esprit du plan Marshall, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
Grâce au Plan Marshall, un rôle primordial a été donné aux Européens dans la reconstruction de leur continent. Ainsi a été transmis un message de partenariat et de respect. En offrant son aide à toutes les nations européennes, y compris les communistes, le Plan a agi comme un véritable révélateur de la lutte idéologique qui se dévoilait.
Présentant son plan, le secrétaire d’État George Marshall déclara officiellement qu’il « n’était pas dirigé contre un pays ni une doctrine mais contre la faim et la pauvreté, le désespoir et le chaos ». Avec ces mots, il montra que nous étions en faveur d’un avenir pour l’unité, la prospérité et la paix dans toute l’Europe. Pourtant, les dirigeants du Kremlin refusèrent l’aide du plan Marshall au peuple de l’Union soviétique et aux nations qui lui étaient captives. Presque un demi-siècle de répression et de peur s’ensuivit à l’Est, jusqu’à l’arrivée tant attendue de la paix. […]
L’Europe de la liberté
Dans les années qui suivirent la fin de la guerre froide, l’Europe s’est transformée en un véritable continent, libre et en paix. Nous avons vu, ces huit dernières années, les nations de la Baltique aux Balkans passer du bloc soviétique à l’Union européenne. Nous avons vu les anciens membres du Pacte de Varsovie signer fièrement le traité pour rejoindre l’Otan. Nous avons été témoins de la Révolution orange en Ukraine, de la Révolution des Roses en Géorgie, de la déclaration d’Indépendance au Kosovo et de l’émergence du mouvement démocratique au Belarus. L’Amérique admire ces courageuses positions en faveur de la liberté. Nous attendons avec impatience le jour où tous les peuples libres de ce continent prendront la place qui leur est due dans les institutions européennes.
La revitalisation de la relation entre l’Europe et les États-Unis a accompagné ces changements. Au lieu de nous concentrer sur les problèmes à l’intérieur de l’Europe, nous nous intéressons de plus en plus à des sujets ayant un écho global. Au lieu de nous focaliser sur nos différences, nous nous unissons autour de nos intérêts et de nos idéaux. Lors du premier voyage à l’étranger de mon deuxième mandat présidentiel, je me suis rendu à Bruxelles où j’ai lancé un appel pour « une nouvelle ère d’unité transatlantique ». Cette semaine, j’ai vu l’ébauche de cette nouvelle ère. J’aperçois chez des dirigeants comme Mme Merkel, MM. Berlusconi, Brown et Sarkozy, un engagement pour une Europe puissante et déterminée, une Europe qui promeut les valeurs de la liberté aussi bien à l’intérieur de ses frontières qu’au-delà. Lorsque j’accueillerai le nouveau Président américain en janvier prochain, je serai ravi de lui dire que la relation entre les États-Unis et l’Europe est plus importante et vibrante que jamais ; ce dont témoigne le nombre de nos rencontres cette semaine.
L’Amérique et l’Europe coopèrent…
L’Amérique et l’Europe coopèrent pour offrir de nouvelles opportunités au commerce et à l’investissement. Nous souhaitons ardemment que le cycle de Doha rencontre le succès cette année.
L’Amérique et l’Europe coopèrent pour aborder les défis de la sécurité énergétique et du changement climatique, tout en conservant des économies fortes. Nous continuerons à diversifier nos ressources énergétiques, en développant et finançant de nouvelles technologies énergétiques propres. Nous continuerons à travailler sur un accord international qui engagera les puissances économiques à ralentir, arrêter et même inverser l’augmentation des gaz à effets de serre.
L’Amérique et l’Europe coopèrent pour élargir le cercle du développement et de la prospérité. Nous faisons en sorte que le monde fournisse une aide alimentaire, améliore l’éducation des enfants et combatte la maladie. Par l’engagement historique des États-Unis et les autres pays du G8, nous tentons d’inverser la vague du Sida et de la malaria en Afrique. Pour accomplir ce noble objectif, toutes les nations doivent tenir leurs promesses d’offrir une aide urgente.
L’Amérique et l’Europe coopèrent pour protéger leurs citoyens, notre devoir le plus solennel. De New York à Washington, de Londres à Madrid, de Copenhague à Amsterdam, nous avons vu les terroristes et les extrémistes se réjouir du meurtre d’innocents. Ainsi, l’Amérique et l’Europe utilisent le renseignement, la finance, le maintien de l’ordre, la diplomatie et, s’il le faut, les armées pour briser les réseaux terroristes et leur refuser des zones où se cacher. Pour protéger le peuple européen d’attaques de missiles balistiques du Proche-Orient, nous développons un système commun de défense.
…Dans le combat des idées
Ces mesures sont essentielles pour le succès du combat contre la terreur. Pourtant, comme pendant la guerre froide, nous devons aussi avoir l’ascendance dans une lutte plus large. Il y a d’un côté ceux qui adoptent les principes fondamentaux de la civilisation, le droit inaliénable à la liberté, la liberté de conscience et d’opposition et l’obligation du plus fort à protéger le plus faible. Il y a de l’autre côté ceux qui ne donnent aucune valeur à la vie humaine, ne laissent aucune place pour l’opposition et utilisent la terreur pour imposer leur idéologie.
En fin de compte, le seul moyen de battre les partisans de cette idéologie est de vaincre leurs idées. Notre politique étrangère doit offrir une vision convaincante et emplie d’espoir. Il faut exposer, au Moyen-Orient en particulier, les idéaux de la liberté, de la justice, de la tolérance et de l’espoir. Ces idéaux constituent la base de la Déclaration des droits de l’homme française et de la Déclaration d’indépendance américaine. Cependant, ces idéaux n’appartiennent pas seulement à nos nations. Ce sont des idéaux universels. L’Histoire nous apprend que diffuser ces idéaux est, au-delà de tout impératif moral, le seul moyen faisable et réaliste de protéger les populations, d’offrir notre sécurité et d’étendre la paix.
…Au Grand Moyen-Orient
L’émergence de sociétés libres et prospères au « Grand Moyen-Orient » est essentielle à la paix du XXIe siècle, tout comme l’émergence d’une Europe libre et prospère était essentielle à la paix du XXe siècle. Ainsi, l’Europe et l’Amérique doivent soutenir les réformateurs, les dirigeants démocratiques et les millions de gens ordinaires du Moyen-Orient en quête d’un espoir, d’une liberté et d’une paix future.
En Afghanistan, nous devons soutenir une jeune démocratie courageuse, déterminée à battre Al-Qaïda et les taliban. L’Otan a accepté une mission historique en Afghanistan. Je loue l’initiative du président Nicolas Sarkozy qui a accueilli une conférence internationale de soutien et qui déploiera bientôt des forces supplémentaires en Afghanistan. Il a affirmé : « Ce qui est en jeu dans ce pays est le futur de nos valeurs et celles de l’Alliance Atlantique ». Il a raison. Nos nations doivent faire en sorte que l’Afghanistan ne soit plus jamais un sanctuaire de la terreur.
Au Liban, nous devons soutenir ceux qui luttent pour protéger leur souveraineté et leur indépendance. Nous devons contrer les dangers du terrorisme du Hezbollah, soutenu par l’Iran et la Syrie. C’est ensemble que nous devons montrer à cette population qu’elle trouvera un soutien durable dans le monde libre.
En Terre Sainte, nous devons soutenir les Palestiniens, les Israéliens et tous ceux qui s’engagent pour une paix permanente, fondée sur deux États démocratiques, Israël et la Palestine, coexistant pacifiquement. Je crois fermement qu’un accord peut être trouvé avec du courage et de l’initiative.
En Iran et en Syrie, nous devons soutenir l’honnête peuple de ces deux nations qui mérite d’avoir une vie meilleure. Nous devons nous opposer à l’appui que ces pays apportent à la terreur. Pour la sécurité de l’Europe et la paix dans le monde, nous ne pouvons laisser l’Iran posséder une force nucléaire.
En Irak, nous devons aider la population qui, par son courage, a réussi à faire reculer Al-Qaïda et les extrémistes. Des Irakiens de tous milieux ont rejeté l’extrémisme et la violence, de la province d’Anbar à Bassorah et Mossoul, en passant par les quartiers multi-confessionnels de Bagdad. Aujourd’hui, la violence en Irak a atteint son niveau le plus bas depuis 2004. Le taux de civils tués a baissé. Les violences sectaires ont diminué. La sécurité s’est améliorée et la vie économique a repris. Les communautés du pays vivent une véritable réconciliation. Le gouvernement de Bagdad fait preuve d’une grande initiative et progresse vers la mise en place d’une société libre. La fuite des terroristes et l’émergence de la liberté conduisent l’ensemble des nations européennes à soutenir un régime stable et démocratique en Irak.
Depuis 2001, le mouvement pour la liberté au Moyen-Orient a gagné en importance. Le Koweït a tenu des élections où les femmes pouvaient participer et exercer une fonction. L’Algérie a tenu sa première élection présidentielle à laquelle plusieurs candidats se présentaient. Les citoyens ont voté lors d’élections multipartites : municipales en Arabie saoudite, législatives en Jordanie, au Maroc et à Bahreïn, et présidentielle au Yémen.
La liberté s’impose de différentes manières un peu partout. Nous devons continuer à nous adapter et à trouver des moyens innovants pour encourager ces mouvements pour la liberté. C’est dans cette perspective que nous devons soutenir les associations de la société civile, les organisations pour la défense des droits de l’Homme, les journalistes et les « blogueurs » indépendants de l’opposition et tous les autres acteurs importants pour la réforme. Nous avons fait de gros progrès dans ce domaine, comme le montrent l’Initiative pour le Grand Moyen-Orient et l’Afrique du Nord menée par les États-Unis ; le Forum du Futur menée par le G8 ; et le Partenariat pour une Gouvernance démocratique menée par l’OCDE.
Notre vraie mission aujourd’hui est de diffuser l’espoir de la liberté. Nous devons être guidés par quatre principes fondamentaux en prévision de cette tâche : l’unité, la confiance, un projet clair et la détermination.
Principes fondamentaux
Nous devons avancer avec une véritable unité. Pendant la guerre froide, l’Alliance transatlantique a fait face à de sérieuses tensions, de la crise du Canal de Suez dans les années 50 à l’implantation de missiles en Europe dans les années 80. Pourtant, avec le recul, nous pouvons voir que ces différences cachaient seulement des désaccords fugaces entre amis. Nous connaîtrons encore des désaccords dans les décennies à venir, mais jamais ne les laisserons nous ébranler nos objectifs communs. Diviser les démocraties est l’un des buts de nos ennemis, nous ne pouvons les laisser y parvenir.
Nous devons avancer avec confiance. Notre projet d’un Moyen-Orient libre et en paix est ambitieux. Des doutes seront certainement soulevés, c’est naturel et ça n’est pas nouveau. Il semblait parfois impossible que la France et la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, ou l’Allemagne et la Pologne puissent être en paix. Pourtant ces nations coexistent pacifiquement aujourd’hui. Il est impossible d’imaginer une guerre en Europe. La diffusion de la liberté humaine a contredit les plus sceptiques et les leçons des siècles précédents.
En vérité, il est difficile aujourd’hui de douter du pouvoir de la liberté. Durant les trente dernières années, le nombre de démocraties est passé de 45 à plus de 120. Il s’agit de la progression la plus rapide de la liberté de toute l’histoire. En tant que vieilles démocraties, nous devrions ne jamais être surpris de l’attrait de la liberté, et lutter contre tout relativisme moral selon lequel toutes les formes de gouvernement sont acceptables. Nous devrions surtout être confiants qu’un jour la même détermination et le même désir qui ont amené la liberté à Paris, Berlin et Riga, l’apporteront à Gaza, Damas et Téhéran.
Nous devons avancer avec un projet clair. Nous avons présenté pendant la guerre froide une vision de la liberté avec la conviction qu’elle pourrait transformer les sociétés. Cette transformation s’imposa de manière presque imprévisible. Par exemple, à la fin des années 70, beaucoup pensaient à l’Ouest que nous étions en passe d’être vaincus. Puis, un signe apparut un après-midi d’octobre, aussi clair que la fumée au-dessus de la Chapelle Sixtine. Le premier Pape polonais de l’histoire est sorti sur le balcon de la Basilique Saint-Pierre et a inspiré des millions de personnes derrière le Rideau de Fer en leur disant « N’ayez pas peur ». L’élection de Jean Paul II a été suivie par celle de Margaret Thatcher et Ronald Reagan ; ils ont participé à la restauration de la confiance dans le pouvoir de la liberté et ont poursuivi une politique de la paix par la force. Rapidement d’autres événements remarquables se sont déroulés : les dockers de Gdansk ont renversé un gouvernement, un dramaturge emprisonné à Prague a mené la Révolution de Velours, les Berlinois ont trouvé la force de faire tomber le mur par leur seule volonté.
Aujourd’hui, nous présentons de nouveau une vision claire de la liberté qui transformera la vie au Moyen-Orient. Certaines sources de changement y sont déjà visibles : 60 % de la population du Moyen-Orient a moins de trente ans ; avec le temps ces jeunes gens qui surfent sur l’Internet, regardent la télévision satellite et étudient à l’étranger vont exiger de leurs sociétés qu’elles rejoignent le monde libre. Le mouvement des femmes dans la région gagne en importance, qui, avec le temps, donnera naissance à des réformes. Les mères et les filles montrent clairement qu’il est coûteux et imprudent d’empêcher la moitié de la population de contribuer pleinement à la vie d’une nation. Les immigrants originaires du Moyen-Orient en Europe voient directement les bénéfices de la liberté ; avec le temps, ils insisteront pour que leur terre d’origine profite de la liberté dont ils bénéficient dans leur pays d’adoption. Le futur de cette région est entre les mains du peuple. Nous qui vivons dans des sociétés libres devons continuer à encourager ces ébauches de réforme.
Pour conclure, nous devons avancer avec détermination. Des périodes difficiles vont suivre. Cependant, l’histoire a montré que la liberté peut endurer les épreuves les plus rudes. Figurons-nous le futur imaginé par les dirigeants européens, ici même, il y a soixante ans alors que Moscou occupait une grande partie de l’Europe centrale et de l’Est depuis la Seconde Guerre mondiale ; les partis communistes menaçaient les gouvernements italien et français ; la Grèce et la Turquie étaient exposées à la menace soviétique ; un coup d’État communiste avait renversé le gouvernement élu de Tchécoslovaquie ; Staline avait ordonné le blocus de Berlin.
Pourtant, Washington et les capitales libres de l’Europe étaient déterminés à triompher. Nous avons lancé le Plan Marshall et le pont aérien de Berlin. Puis sont survenues la signature du Traité de l’Alliance atlantique et la formation de l’Allemagne de l’Ouest. En nous penchant sur ces décennies, il est évident que ces décisions nous ont menés vers la victoire de la guerre froide.
La situation au Moyen-Orient aujourd’hui peut parfois nous paraître aussi effrayante qu’en Europe il y a soixante ans. Cependant, nous pouvons avoir confiance dans le futur triomphe de la liberté. Nous pouvons avoir confiance car la liberté est convoitée par toutes les âmes ; l’histoire marche dans sa direction. Nous pouvons avoir confiance car les hommes et les femmes au Moyen-Orient sont déterminés à revendiquer leur liberté comme le peuple européen au siècle dernier.
Alors que sa vie touchait à sa fin, George Marshall fit un dernier voyage en Europe. Il ne venait pas pour une rencontre militaire ou un sommet diplomatique, mais pour accepter le Prix Nobel de la Paix. Dans son discours, il offrit une prédiction audacieuse : « La tyrannie doit inévitablement reculer devant la force morale de la doctrine de la liberté ». Il y a soixante ans, la foi dans la liberté permit à cette doctrine de retentir dans des nations ravagées par la guerre. Aujourd’hui, la liberté retentit à travers ce continent. Et un jour, la liberté retentira à travers le monde.
[…]
Traduction : Claire Boudet
(1) Article publié le 13 septembre 2001 par Jean-Marie Colombani dans Le Monde.