Au moment où une nouvelle programmation militaire est à l'étude, l'auteur appelle à nouveau notre attention sur les coûts des matériels militaires (« Progrès matériel et politique militaire », novembre 1977) qui, en raison en particulier d'améliorations constantes et rapides, font l'objet d'une augmentation spécifique s'ajoutant à l'inflation. Il en déduit que l'effort financier demandé à la France pour tenir son rang sera de plus en plus important ; que deviendra alors le consensus Armée-Nation dont on parle tant actuellement ?
Consensus et programmation
La revue Défense Nationale a présenté en novembre 1985 et avril 1986 deux appréciations de l’effort de défense en cours dans notre pays. Par-delà les arguments développés ressortissant au débat électoral, il est intéressant de noter que pour la première fois un homme politique, M. Mesmin, député de Paris, retient dans son développement (2) une notion qui n’avait pas, jusqu’à présent, droit de cité : l’augmentation spécifique, hors inflation, du coût des matériels militaires.
Reconnue par certains, comme en témoignent les articles parus ces dix dernières années dans cette même revue, cette particularité n’est pas admise par d’autres. En bref, deux thèses sont en présence. La première pose que le coût des matériels militaires croît plus vite que la richesse nationale et qu’il convient de tenir compte de ce facteur important dans l’élaboration des programmations militaires. La deuxième nie l’augmentation spécifique du coût de ces matériels et affirme qu’il connaît, à l’instar de celui des équipements du secteur civil, une croissance égale à celle de la production intérieure brute.
Force est de reconnaître que la deuxième hypothèse l’a toujours emporté : le coût des matériels militaires a fait implicitement jusqu’à présent l’objet d’une prévision officielle de croissance égale à l’augmentation de la richesse nationale. C’est sur cette base qu’ont été établies les lois de programmations quinquennales ; avec les résultats que l’on sait : aucune d’entre elles n’a été réalisée en volume dans les délais impartis. Selon les observateurs, c’est dix-huit mois, voire deux années supplémentaires, qu’il aura fallu. Il y va d’une sous-estimation générale des besoins financiers de l’ordre de 30 à 40 %. Certes des contraintes budgétaires fortuites y sont pour une part. Ce sont elles qui, avec l’inflation, justifiaient les décalages constatés ; jusqu’à ce que M. Mesmin donne à l’augmentation spécifique des coûts des matériels un droit d’entrée dans le débat.
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