L'évolution du paysage industriel français de l'armement
Depuis la chute du mur de Berlin en novembre 1989, le monde a beaucoup changé ; les industries d’armements aussi. D’une part, dans le domaine géopolitique, un contexte nouveau s’est établi et la mutation que nous vivons n’est sûrement pas achevée. Ce contexte se caractérise surtout par la disparition du bloc communiste de l’Europe centrale, orientale et balkanique, qui s’était constitué depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale autour de l’URSS et du Pacte de Varsovie. Ce bloc a fait place à une pluralité d’États, où chacun a tendance à vouloir jouer son propre jeu pour assurer sa sécurité et son avenir, alors que la Fédération de Russie, aux prises avec ses énormes difficultés intérieures, n’a que trop tendance à vouloir chercher à l’extérieur les preuves de son existence en tant que grande puissance héritière de l’ex-URSS et (en remontant plus loin dans le temps) de l’Empire des tsars.
Donc, même si l’effondrement du bloc communiste en Europe a, de fait, supprimé la menace militaire (et en particulier nucléaire) majeure pour notre continent, le nucléaire de l’ex-URSS étant en voie de regroupement sur le territoire de la seule Russie, il n’en demeure pas moins que l’effacement de l’autorité centrale de l’un des deux Grands dans le monde a favorisé la résurgence de conflits plus ou moins larvés, soit dans l’ancien bloc (Caucase), soit sur son pourtour immédiat (ex-Yougoslavie), soit dans les zones plus éloignées de la part d’anciens « protégés » (Proche-Orient). D’autres conflits, intérieurs ou extérieurs, peuvent survenir dans toutes les autres zones instables du monde, pour des raisons qui tiennent à la démographie, au niveau de vie, à la religion, aux problèmes ethniques. Les foyers de tension ne manquent pas, comme on l’a vu en Somalie, au Rwanda, en Haïti… Enfin, la menace d’une crise Nord-Sud sous les couleurs de la religion ne peut être exclue pour le continent européen. D’ores et déjà d’ailleurs, cette menace peut prendre des formes insidieuses telles que le terrorisme.
D’autre part, économiquement, le domaine de l’armement se trouve confronté à un nouveau contexte. En effet, la disparition de la menace militaire majeure en Europe et, plus généralement, de l’affrontement idéologique Est-Ouest, a entraîné, en dépit de la résurgence des conflits locaux évoqués précédemment, une baisse généralisée des dépenses militaires, y compris des budgets d’équipement, dans la plupart des pays, en particulier dans ceux à fort pouvoir d’achat. Il est vrai que le sentiment très répandu dans l’opinion qu’il fallait toucher les « dividendes de la paix » s’est conjugué avec un cycle récessif de l’économie mondiale. Celui-ci s’est installé progressivement à partir de la guerre du Golfe, et coïncide avec la chute des revenus pétroliers, qui affecte maintenant le pouvoir d’achat de cette région traditionnellement très demandeuse d’armements.
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