En juin 1993, l'auteur avait publié ici un article sur « La nouvelle bataille du renseignement » qui avait suscité une abondante littérature. Deux ans plus tard, il analyse l'évolution des concepts et les données nouvelles de cette fonction essentielle qui occupera une place capitale dans le prochain millénaire.
Le renseignement de l'an 2000
L’histoire s’est brusquement accélérée à partir de 1989, année qui a vu la chute du mur de Berlin et de six dictatures communistes en moins de six mois. En un temps record, l’URSS a ainsi été privée de son immense empire extérieur. L’année 1990 reste marquée par l’unification de l’Allemagne, corollaire logique de la disparition du symbole de la honte qui a servi de frontière entre l’Est et l’Ouest pendant plusieurs décennies. L’année 1991 est secouée par la guerre du Golfe, l’éclatement de la Fédération yougoslave à moins de deux heures d’avion de notre pays, et surtout la désintégration du bloc soviétique.
Ces « trois glorieuses » (1989, 1990, 1991) ont ainsi bouleversé l’architecture géopolitique de notre planète. Le monde est entré dans le XXIe siècle avec dix ans d’avance. Rarement dans le passé, autant de séismes ne se sont produits en une si courte période. La plupart des concepts de la guerre froide ont été balayés. L’extraordinaire mutation des grands équilibres politiques, militaires, sociaux et économiques, ainsi que l’apparition d’autres foyers de déstabilisation imposent plus que jamais, d’une part d’accorder une primauté à la fonction « renseignement », d’autre part d’adapter aux nouvelles donnes internationales les principes de perception des événements majeurs et de l’analyse prévisionnelle.
De la guerre froide à la paix chaude
La disparition de l’ordre de Yalta
Pendant près d’un demi-siècle, les relations internationales ont été essentiellement marquées par « l’agencement géopolitique de Yalta », qui s’est traduit par une opposition entre deux blocs possédant des valeurs fondamentales totalement dissemblables. La désintégration du Pacte de Varsovie, qui constituait le danger majeur pour les démocraties occidentales, et l’implosion du système soviétique ont fait sauter le verrou d’un monde bloqué et ouvert les portes sur de nouveaux espaces, donc des réflexions complètement différentes.
Il reste 94 % de l'article à lire
Plan de l'article