L'auteure avait déjà participé à la constitution d'un dossier sur les questions africaines dans notre livraison de mai 1992. Depuis, la mise sur pied d'un mécanisme chargé de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits en Afrique avait été décrite par Emad Awwad. En fait, apparaissait à l'évidence la nécessité de créer une force interafricalne d'intervention, en tenant compte de toutes les difficultés que pouvait présenter une telle initiative. L'auteure nous brosse un tableau très complet des possibilités envisagées.
Une force interafricaine d'intervention
Il est intéressant de noter qu’un courant de pensée s’était développé simultanément, en 1992, au sein du secrétariat général de l’OUA et de celui des Nations unies quant à la question de la sécurité collective. Préoccupé par le fléau des conflits internes et interétatiques en Afrique, M. Salim Ahmed Salim avait soumis, lors de la 56e session ordinaire du Conseil des ministres de l’OUA réunie à Dakar en juin 1992, un rapport préconisant la création d’un mécanisme chargé de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits (1). Par ailleurs, il proposait que chaque État membre mette à la disposition de l’Organisation un contingent en temps de crise. Outre leurs fonctions nationales, ces troupes seraient prêtes pour les opérations de maintien de la paix chaque fois qu’elles seraient sollicitées. Pour sa part, le nouveau secrétaire général des Nations unies, M. Boutros Boutros-Ghali, présentait son Agenda pour la paix, où il était question du renforcement des capacités de l’Onu dans les domaines de la sauvegarde et du maintien de la paix ainsi que de la sécurité dans le monde.
L’initiative du secrétaire général de l’OUA a été sanctionnée par l’adoption au Caire, en juin 1993, d’une déclaration créant au sein de l’Organisation un mécanisme pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. Ce faisant, les chefs d’État et de gouvernement africains ont affirmé leur « détermination à œuvrer de concert à la recherche d’une solution pacifique et rapide à tous les conflits sur le continent ». Ils ont mis l’accent sur les mesures d’anticipation et de prévention afin d’éviter « d’avoir recours à des opérations de maintien de la paix complexes et onéreuses » que les États africains auraient des difficultés à financer. Quant aux questions relatives aux opérations de maintien de la paix, la déclaration s’en remettait aux services des Nations unies. Du côté de cette institution, ce type d’opérations allait se multiplier. Sur les 34 opérations de paix lancées depuis 1945, 20 l’ont été entre 1987 et 1994 ; et sur ces 20, 16 étaient encore en cours au début de 1995, mobilisant près de 75 000 casques bleus dans le monde (2). En effet, la fin de la guerre froide a donné au Conseil de sécurité la liberté d’utiliser les possibilités offertes par la Charte pour tenter de mettre fin aux conflits. Or, il est impossible pour les Nations unies d’être partout à la fois (3).
Avec l’expansion quantitative des opérations de maintien de la paix ainsi que l’augmentation des dangers encourus, il est devenu de plus en plus difficile de réunir aussi rapidement qu’il serait nécessaire les troupes requises pour une opération quelconque. Tout le monde a en mémoire ce qui s’est passé au Rwanda en 1994 : tandis que le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait le 17 mai la résolution 918 autorisant l’envoi de 5 500 casques bleus, au mois de juillet personne n’était sur le terrain et les premières troupes n’étaient annoncées que pour la mi-août ! Cette situation avait poussé la France à prendre la décision de procéder à l’opération « Turquoise ». Le mandat de celle-ci, approuvé par le Conseil de sécurité, était de sauver des hommes, des femmes, des enfants, jusqu’à ce que la force des Nations unies arrive au Rwanda.
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