Conflit des civilisations ou dialectique de la modernité ?
L’écho retentissant recueilli par les thèses de Samuel Huntington sur le conflit des civilisations comporte un double danger : celui d’occulter d’une part la complexité du problème soulevé, d’autre part la richesse de l’œuvre d’un des auteurs américains les plus féconds et les plus imaginatifs. Qui, par exemple, parmi les nouveaux disciples ou détracteurs de Huntington, connaît son grand livre Political order in changing societies, où il analyse magistralement les dilemmes de la mobilisation et de l’institutionnalisation, du changement social et de la légitimité politique, dans les pays en transition ? C’est pourquoi nous avons choisi, pour montrer les limites et les dangers du thème qui a fait sa gloire mondiale, d’avoir recours à d’autres qu’il a illustrés non moins brillamment.
On pourrait dire que Samuel Huntington a lancé dans le ciel de la discussion historique et prophétique trois fusées, que nous appellerons Sam I, Sam II et Sam III.
La première, Sam I, qui nous paraît répondre à son inspiration la plus permanente, concerne les dangers que l’évolution des sociétés — du Tiers-Monde à la société postindustrielle — comporte pour la démocratie, et la nécessité d’une certaine restauration de l’autorité menacée par les excès de la mobilité et de l’anarchie.
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