Politique et diplomatie - Multiculturalisme et politique internationale
En cette veille du XXIe siècle, le multiculturalisme s’impose comme l’une des composantes de la mondialisation : à un premier niveau, les valeurs occidentales de liberté et d’égalité, parce qu’elles s’identifient à la modernité, deviennent planétaires ; qu’il s’agisse des individus, mais aussi de n’importe quelle collectivité — ethnique, religieuse, sexuelle… —, tous ont un droit égal au plein épanouissement. Cette revendication à la fois libertaire et égalitariste s’inscrit dans la vague de fond démocratique qui, mise en branle par la philosophie des Lumières, par les révolutions américaine et française, pénètre toute l’humanité : chacun doit pouvoir être lui-même, à la fois disposer des mêmes droits que les autres et être reconnu dans sa différence, dans sa spécificité. À un second niveau, la mondialisation, la démocratisation, bousculant toutes les structures établies (famille, école, armée, États, institutions, Églises, partis…), désacralisant les cadres d’autorité, dissolvent les repères de l’individu ; celui-ci, perdu dans une immensité confuse, celle d’agglomérations sans limites, « bricole » des solidarités, des identités, ce « bricolage » pouvant aussi bien engendrer des structures nouvelles (bandes, mafias, sectes…) que remodeler des réalités anciennes (ainsi les intégrismes, réactions identitaires typiques de cette fin de XXe siècle, préconisant la restauration d’un âge d’or parfaitement mythique).
Une nouvelle grande illusion
D’un côté, le multiculturalisme, parce qu’il affirme l’égale dignité, le droit au développement de toutes les cultures, est bien l’enfant de l’occidentalisation du monde. D’un autre côté, il constate et même exalte l’existence de différences irréductibles. Déjà, à la fin du XVIIIe siècle, alors que la France des Lumières, convaincue d’être le messager de l’humanité, ne voyait que l’homme, l’Allemand Herder ou le contre-révolutionnaire de Maistre, eux, ne rencontraient que des Allemands, des Français, des Anglais…
Qu’est-ce que la culture ? Cela fait bien longtemps que ce mot ne se conjugue plus au singulier, ne se borne plus aux plus hautes œuvres de l’humanité (celles-ci n’étant que celles que l’Occident triomphant élisait comme telles, rejetant comme « primitives » ou « barbares » des sculptures, des peintures, des architectures qui, aujourd’hui, multiculturalisme oblige, sont admises dans le grand musée de la culture universelle). Désormais la culture est au pluriel : cultures nationales, régionales, cultures de quartiers, d’entreprises… La culture, c’est ce que chacun produit, cette production établissant son irréductibilité face à l’autre. Ainsi la culture d’une entreprise — mais aussi de tout autre, individu ou groupe —, est à la fois le ciment de son unité et ce qui la distingue radicalement des autres, d’abord du même secteur. Il y a autant de cultures qu’il y a de réalités humaines, individuelles et collectives. Chacun se définit par sa culture : en même temps, il est fait d’une multitude de cultures (familiale, scolaire, nationale, philosophique…).
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