Souveraineté et système européen de défense
Dans tous les pays européens, une réflexion a été conduite ces dernières années sur l’adaptation des dispositifs de défense à une situation radicalement nouvelle, marquée à la fois par une incertitude devant les risques et une réduction des ressources budgétaires disponibles. La France elle-même a, sous l’impulsion du président de la République, engagé une réforme très profonde de sa politique de défense qui s’inscrit dans une perspective résolument européenne.
La nécessité de bâtir un système européen de sécurité et de défense apparaît en effet comme un objectif prioritaire pour faire face, demain, aux défis qui nous attendent ; pour au moins quatre raisons qui plaident toutes dans le même sens.
Il s’agit fondamentalement d’une volonté politique : d’abord parce que, malgré les timidités des traités de Maastricht et d’Amsterdam en la matière, c’est l’objectif naturel d’une construction européenne déjà très avancée dans les domaines économique et monétaire ; ensuite et surtout parce que, si l’engagement américain en Europe demeure essentiel, les Européens savent aujourd’hui — le conflit yougoslave l’a longtemps illustré — qu’ils ne pourront plus compter sur leur allié d’outre-Atlantique que dans des cas déterminés. Il s’agit ensuite d’une exigence opérationnelle : chacun sait qu’aucune nation européenne n’est aujourd’hui en mesure de se doter, seule, de l’ensemble des moyens indispensables à la gestion d’une ou, a fortiori, de plusieurs crises de longue durée qui nécessitent le recours à des forces multinationales interopérables. Existe de plus un impératif financier évident : les contraintes budgétaires actuelles ne s’effaceront pas de sitôt, et il est clair qu’un pays comme la France ne peut plus produire et acquérir par ses propres moyens l’intégralité de la panoplie militaire, de la balle de fusil jusqu’au missile balistique et au SNLE de nouvelle génération. Il s’agit enfin, bien sûr, d’une nécessité industrielle pour permettre aux pays européens de s’affirmer, dans un contexte de concurrence internationale exacerbée, grâce à une véritable industrie européenne de défense.
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